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Finances : De Sihem Nemsia à Mechket Slama, de mal en pis ?
Publié dans Business News le 06 - 02 - 2025

Après une visite inopinée au ministère des Finances, le président de la République a décidé, tard la nuit, de limoger Sihem Nemsia pour la remplacer par Mechket Slama. En remplaçant une ministre qui a atteint ses objectifs par une autre néophyte qui n'a pas rempli les siens, il est à craindre que la situation du ministère des Finances et des finances tunisiennes aille de mal en pis.


La ministre des Finances Sihem Nemsia détient, avec son homologue de la Justice Leïla Jaffel, le record de longévité à la tête d'un ministère. Elle a fini par être limogée, à son tour, comme des dizaines d'autres ministres avant elle qui se sont donnés à fond pour satisfaire un Kaïs Saïed jamais satisfait.
Depuis la nomination de Mme Nemsia en octobre 2021, la situation du ministère des Finances et des finances tunisiennes en général s'est bien détériorée. Le climat au sein du département est des plus nauséabonds et plusieurs directeurs ont perdu toute envie de travailler et d'être promus. On ne compte plus le nombre de fois où les directeurs refusent des nominations insidieuses à des postes de responsabilité supérieurs, de crainte d'être exposés à des poursuites judiciaires injustes. Le choc de l'arrestation en février 2024 de Moncef Akremi est encore dans les mémoires. Ce directeur de la Direction des grandes entreprises bénéficie d'une excellente réputation auprès des agents du ministère et est reconnu pour sa grande efficacité, et on ne comprend pas comment il a pu être traîné si injustement, alors qu'il n'a fait que son travail coutumier.

Sihem Nemsia a asphyxié les finances et alourdi la dette
Au-delà de l'ambiance au ministère, ce sont les finances publiques qui ont le plus pâti durant la période de Sihem Nemsia. L'endettement s'est envolé, atteignant des niveaux record, la fiscalité est devenue si lourde que le climat d'investissement est devenu délétère, n'encourageant plus les chefs d'entreprise et les promoteurs à investir. Les banques tunisiennes ont été asséchées par les emprunts de l'Etat et ne peuvent plus, du coup, financer l'économie, les budgets d'investissement sont au plus bas dans l'ensemble des ministères.
Sous Sihem Nemsia, la Tunisie s'est retrouvée dégradée à plusieurs reprises par les agences de notation internationales, atteignant des niveaux quasi spéculatifs. Conséquence directe de cela, la ministre s'est retrouvée dans l'obligation d'emprunter à des taux d'intérêts élevés, auprès de banques internationales usurières, le tout pour financer le budget et les dépenses faramineuses de l'Etat. Mme Nemsia a hypothéqué l'avenir de nos enfants, en leur mettant sur le dos des milliards de dinars de dettes, juste pour financer ce train de vie de cigale.

Kaïs Saïed : un chef d'orchestre sans partition économique
Pour l'Histoire, Sihem Nemsia est comptable de tous ces résultats négatifs et de la dégradation des principaux indicateurs du pays. Entièrement responsable de la situation, Mme Nemsia n'est cependant pas coupable. À sa décharge, les objectifs fixés par sa hiérarchie, ou plutôt par le président de la République.
La ministre a conduit les finances du pays avec des œillères n'ayant que deux, et uniquement deux, objectifs, à savoir : payer les salaires des fonctionnaires et honorer les échéances des crédits internationaux. En se limitant à ces deux objectifs, Sihem Nemsia a indéniablement bien réussi sa mission. Kaïs Saïed ne lui a pas demandé autre chose et, comme une soldate disciplinée, elle s'est attelée à satisfaire son chef.
Elle ne peut rien faire quand ce chef mène une politique de cigale qui consomme bien davantage de ce qu'il produit. Le dernier mauvais coup de Kaïs Saïed (ou plutôt l'avant-dernier), c'est lorsqu'il a ordonné d'intégrer d'une traite, en janvier dernier, 14.266 enseignants suppléants, dont le dossier traîne depuis 17 ans.

Un frein aux réformes
Dans sa politique sociale, presque communiste, Kaïs Saïed est à la gauche de la gauche. Il refuse la privatisation des entreprises publiques, il refuse d'entendre parler de licenciement des fonctionnaires, il crée de nouvelles institutions publiques, il refuse l'économie ouverte et le libéralisme, il insuffle un climat de terreur dans le milieu des affaires et il ne cesse d'alourdir la fonction publique par de nouveaux recrutements et les finances publiques par de nouvelles dépenses.

Sihem Nemsia a beau dire que les caisses sont vides et que l'Etat ne peut plus supporter autant de dépenses, Kaïs Saïed reste droit dans ses bottes, refusant toute réforme profonde et douloureuse de la machine. Diplômée du cycle supérieur de l'ENA depuis 1991, Mme Nemsia, de son nom complet Sihem Nemsia Boughdiri, a passé plus de 32 ans au ministère des Finances. C'est dire qu'elle connaît très bien son département et son sujet. Elle a beau être qualifiée pour le poste, elle se trouve pieds et mains liés face à un président anachronique qui comprend très peu de choses aux finances et à l'économie. Dès lors, elle ne pouvait que se fixer sur l'essentiel de l'essentiel : payer les salaires et honorer les dettes.
En la limogeant sans ménagement, Kaïs Saïed perd une soldate disciplinée et loyale qui a atteint les objectifs qu'il lui a fixés. Le président a choisi d'humilier sa soldate en s'introduisant dans son bureau avec un caméra qui filme et en mettant en scène sa déroute. La vidéo a été partagée sur la page de la présidence de la République après l'annonce de son limogeage, appuyant encore plus l'aspect humiliant.

Mechket Slama : un pari risqué pour les finances tunisiennes
La situation du ministère des Finances et des finances tunisiennes connaîtrait-elle un souffle nouveau avec sa successeure Mechket Slama, de son nom complet Mechket Slama Khaldi ? Le doute est permis au vu de sa biographie et de sa dernière mission.
Mme Slama est magistrate de troisième grade (le plus élevé) avec une formation littéraire et de droit. Son parcours académique n'a abordé, à aucun moment, les finances et l'économie. C'est un monde qui lui est totalement inconnu et, logiquement, on ne peut d'aucune manière diriger brillamment un département si complexe et si technique. De par sa nature, le poste exige un technocrate et non un politique.
La dernière mission de Mme Slama était de diriger la Commission nationale de conciliation pénale. Poste où elle a été nommée en janvier 2024 et, depuis, cette commission a brillé par son échec. Un an après, la commission (comme sa précédente d'ailleurs) n'a rien ramené à l'Etat. Pire, les hommes d'affaires supposés trouver un terrain d'entente avec cette commission sont soit en prison, soit en attente.
Sur quelle base et pourquoi Kaïs Saïed nomme-t-il une néophyte qui a échoué ? Seul lui a la réponse.

Finances publiques : un horizon assombri par des choix discutables
Quand il l'a créée en 2022, le président de la République tablait sur quelque 13,5 milliards de dinars de recettes de cette commission. Près de trois ans après, il n'a obtenu que des pacotilles.
Durant sa visite hier au ministère des Finances, au ministère des Domaines de l'Etat et à la présidence du gouvernement, Kaïs Saïed semblait encore convaincu que le rapport d'Abdelfattah Amor représente la vérité absolue et qu'il est possible d'obtenir encore les milliards de dinars, prétendument dérobés par de méchants voleurs. Il était remonté que les dossiers de confiscation traînent depuis quatorze ans.
Or le rapport sur lequel il s'est basé pour estimer les 13,5 milliards est truffé d'intox, d'approximations et de raccourcis. Kaïs Saïed, hier, était également remonté que les hommes d'affaires concernés par la conciliation ne lui ont proposé que des milliers de dinars, alors qu'il s'attendait (et exigeait) des milliards. Il refuse de comprendre que ces gens sont convaincus de leur bon droit et qu'ils ont prouvé, devant les juges, qu'ils n'ont pas volé tout cet argent dont parle Kaïs Saïed.

Un pari périlleux pour l'avenir
En nommant Mechket Slama aux Finances, Kaïs Saïed croit qu'il va résoudre le problème de confiscation et de restitution de biens prétendument dérobés. Il est convaincu que le droit peut résoudre le problème des finances.
Il n'en sera rien, disons-le tout de suite. En bonne magistrate (CQFD), la nouvelle ministre peut réussir une seule et unique chose : dire au président de la République que les montants dont il parle sont des chimères, que les hommes d'affaires prétendument voleurs ne pèsent pas autant d'argent. Au mieux, elle réussira à le convaincre de réduire les dépenses publiques et de produire plus pour gagner plus.
En termes de finances, faute de formation et d'expérience préalable, Mechket Slama n'apportera aucun souffle nouveau. Elle ne connaît tout simplement pas son sujet.
Outre ce déficit académique et professionnel, la nouvelle ministre va devoir composer avec un département très technique composé de professionnels de la finance publique. Les directeurs du ministère sont hautement qualifiés et ils auront du mal à travailler avec quelqu'un qui ne comprend pas leur travail, leur jargon et leurs équilibres. Idem en ce qui concerne la douane, encore plus complexe.

Kaïs Saïed a plombé les finances publiques, déjà plombées par la décennie des islamistes. Avec cette nomination, la situation risque de s'empirer davantage. Parions dès maintenant que la nouvelle ministre sera appelée à d'autres fonctions dans pas longtemps. C'est toujours sur le tard que Kaïs Saïed s'aperçoit de ses mauvais castings. À une exception près, celle de Mme Jaffel, tous les ministres qu'il a nommés depuis 2021 ont été limogés en de courts délais. Il lui est même arrivé de ne garder un chef de gouvernement que douze mois.


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