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Le destin de 11 millions de Tunisiens, otage du majlis de la choura d'Ennahdha
Publié dans Business News le 21 - 02 - 2013

Mais qui gouverne en Tunisie ? Certains, à la vision courte, nous diront que c'est la Troïka. Mais les Tunisiens, dans leur majorité, sont désormais avertis et bien avertis. Ils savent, ainsi, que c'est le parti islamiste qui dirige le pays d'une main de fer. Plus encore, c'est ce fameux majlis de la choura qui commande.
On l'a vu, en effet, à l'occasion de la dernière crise gouvernementale. Tout se décide lors des réunions de ce majlis. C'est dire que le destin de plus de onze million de Tunisiens se trouve entre les mains de quelque 15 personnes, pour la plupart des gens qui n'ont aucun sens de l'Etat et de l'intérêt de la Nation.
Pour eux, seuls les intérêts du parti islamiste qui comptent. Comment peut-il en être autrement avec les membres de cet appareil dominé par des faucons tels les Sadok Chourou, Habib Ellouze, Mohamed Ben Salem et obéissant à leur guide qui a pour nom, Rached Ghannouchi ?

C'est le majlis de la choura qui donne son aval à un tel ministre ou un autre. C'est le majlis de la choura qui décide si Ennahdha doit « céder » tel département ou tel autre. Comme si le gouvernement était la propriété privée de ce parti, une sorte de gâteau, comme diraient les Moncef Marzouki et Sihem Badi, à répartir selon les desiderata d'Ennahdha.
Et dire que tous les Tunisiens semblent condamnés à subir cette nouvelle dictature. Du moins, ils l'ont subie jusqu'à présent. Mais force est de reconnaître que si on en est là à être sous la coupe d'Ennahdha, c'est aussi et surtout par la faute du CPR et d'Ettakatol, deux partis qu'on croyait démocrates et modernistes.
En effet, l'Histoire ne pardonnera jamais à ces deux formations politiques, désintégrées depuis, d'avoir hypothéqué les chances de la Tunisie de réussir l'étape transitoire vers une véritable démocratie en acceptant d'être partenaires d'un parti qui ne croit pas à la démocratie.
Le CPR et Ettakatol voulaient croire au subterfuge d'un gouvernement dit d'intérêt national pour avoir les deux autres présidences de la République et de l'Assemblée nationale constituante et quelques autres miettes au sein du gouvernement.
Ces deux partis évoqueraient, probablement, leur bonne foi et leur préjugé favorable quant aux bonnes intentions du parti du guide Ghannouchi. Mais, avec le temps, ils ont dû, sûrement, s'apercevoir du contraire et qu'Ennahdha se servait d'eux pour embellir son image à l'étranger et pour s'assurer de la majorité au sein de la Constituante.
Le CPR et Ettakatol pouvaient, donc, quitter le bateau, mais le gâteau est tellement appétissant et délicieux qu'ils ne pouvaient délaisser les privilèges que leur octroyaient ces portefeuilles ministériels !
Et jusqu'à présent et en dépit de la crise, si Ettakatol semble avoir pris ses distances avec le mastodonte d'Ennahdha, le CPR continue à être plus royaliste que le roi s'agrippant, bec, ongles et dents, aux chaises.
Le résultat est là : le parti islamiste dicte, plus que jamais, sa loi, celle du plus fort ou de ce qu'il croit être comme tel. On les a vus, ces dirigeants d'Ennahdha se pavaner sur les différents plateaux des chaînes de télévision, pour nous débiter leurs discours et leurs visions.
Le Majlis de la choura, actuellement en réunion à La Marsa, est en train de décider pour les onze millions de Tunisiens après avoir éjecté Hamadi Jebali parce qu'il n'a pas obéi aux ordres qu'il lui a dictés.
Mais il faut dire que M. Jebali, qui vient de faire une sorte d'adieu au peuple tunisien, a prêté le flanc en tempérant et en hésitant, ce qui a donné le temps à son parti, visiblement déstabilisé après l'assassinat de Chokri Belaïd, de se ressaisir, de se réorganiser et de mettre au point sa riposte.
Pourtant, nombreux étaient les conseillers et les juristes de renommée qui l'ont exhorté de procéder au remaniement parce qu'il pouvait légalement le faire et que, de ce fait, il mettait ses détracteurs et devant le fait accompli et devant leurs responsabilités historiques.
Ennahdha se serait trouvé devant un dilemme : soit il obtempérait, et M. Jebali aurait été, dans ce cas, le sauveur du pays ; soit Ennahdha déposait une motion de censure pour faire chuter le gouvernement et, dans ce cas, ce parti aurait été, aux yeux de l'opinion publique nationale et internationale, comme étant la partie qui, par son esprit hégémonique, faisait caboter le plan de sauvetage.
Or, Hamadi Jebali n'est pas allé jusqu'au bout et le résultat ne s'est pas fait attendre, à savoir le blocage, la démission et un parti islamiste qui reprend du poil de la bête pour faire, désormais, cavalier seul sur la scène politique.
Et maintenant, M. Jebali est sorti pour réitérer l'annonce du flop de son gouvernement et de s'excuser auprès du peuple tunisien. Il tient tout le monde pour responsable de cet échec : gouvernement, partis au pouvoir, formations politiques, organisations nationales (UGTT et UTICA), peuple et médias.
Une remarque à ce propos. Pourquoi cette énième pique contre les médias qui n'avaient rien faire d'autre que leur devoir d'attirer l'attention sur les dérives de la classe gouvernementale et de crier à l'échec, ce qui vient d'être confirmé. Ces médias, qu'on accuse, à tort, a prouvé qu'il savait être positif lorsqu'il le faut. Pour preuve, le soutien inconditionnel ou presque qu'ils ont apporté à l'initiative du chef du gouvernement démissionnaire

Mais ces excuses et ces aveux, après quoi ? Après avoir remis, directement ou indirectement, les rênes du pays carrément entre les mains de Ghannouchi et son majlis choura.
Ce majlis qui se réunit et décide tout seul. En effet, depuis le 6 février 2013, on n'a pas entendu parler de concertations entre Ennahdha et ses deux partenaires, désormais, traités avec dédain et mépris.
Il est impératif de rappeler au parti islamiste qu'il doit voir en face sa véritable stature dans le sens où il ne peut parler que de légitimité relative. Car depuis quant se targue t-on d'être légitime avec 1,5 million de voix sur 11 millions citoyens tunisiens ?! Depuis quand prétend-on gouverner alors qu'on est élu, avant tout, pour élaborer la constitution et gérer les affaires courantes pour une période transitoire limitée dans le temps à un an ?!
Or, aux dernières nouvelles, ce sont Noureddine Bhiri et Mohamed Ben Salem qui sont les seuls candidats pour succéder à Hamadi Jebali. Or, le premier ne fait même pas le consensus autour de lui au département de la Justice, et le second passe pour être un des faucons façonnés par le guide Rached Ghannouchi.
Et l'opposition dans tout cela ? Peut-on la blâmer parce qu'elle a cru en l'initiative de M. Jebali et de l'avoir soutenu ? Certes non, mais on peut lui reprocher son manque de fermeté et l'absence d'un bloc solidaire lorsque le parti islamiste a fait ressortir ses griffes.

Quelles perspectives ? Au risque de paraître pessimiste, nombreux qui s'attendent aux pires des scénarios que tout le monde prévoit, car franchement, il est inadmissible qu'un majlis de la choura d'un seul parti, qui n'a obtenu que 1,5 million de voix, tienne en otage le destin de 11 millions de Tunisiens !


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