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Néjib Karoui, ses mécènes et ses millions de dinars
Publié dans Business News le 30 - 06 - 2015

La polémique déclenchée après le limogeage de Néjib Karoui, directeur du Samu 03 par le ministre de la Santé ne désenfle pas. Elle s'est bien politisée et on a même vu une réaction de l'ancien Chef du gouvernement Hamadi Jebali qui se montrait scandalisé qu'on limoge son ami.
Aux dernières nouvelles, Néjib Karoui va porter l'affaire devant le Tribunal administratif qui ne manquera pas de prononcer son verdict à propos de la légalité du limogeage ordonné par le ministre et ce suite au refus de M. Karoui de fournir des ambulances du Samu pour transporter les cadavres des touristes assassinés lors de l'attentat de Sousse du vendredi 26 juin. Le directeur du Samu évoque la loi, la déontologie et la nécessité de garder ces ambulances au cas où il y aurait une autre catastrophe, alors que le ministre évoque une décision exceptionnelle pour une situation exceptionnelle. Le tribunal tranchera qui, des deux parties, a raison.
En attendant, la polémique bat son plein entre les défenseurs de Néjib Karoui et ceux de Saïd Aïdi, ministre de la Santé. Une polémique qui s'accompagne, comme de coutume, par son lot d'intox.
Pour répondre à ses détracteurs et se blanchir, Néjib Karoui a publié un long texte sur sa page Facebook dans lequel il s'explique sur le Samu, son entreprise privée d'ambulances et son historique. Une entreprise, qu'il fait fonctionner en parallèle de ses activités de fonctionnaire public à la tête du Samu 03, et qui possède plusieurs contrats avec un grand nombre d'opérateurs touristiques et para-touristiques, notamment dans les assurances des touristes. Les accusations ont notamment porté sur les conflits d'intérêt du directeur du Samu 03 et sur les millions de dinars qu'il brasse à travers son entreprise privée.

Néjib Karoui déclare que « la grande partie du financement de la mise en place du SAMU et de son bâtiment au CHU Sahloul a été réalisée grâce à des dons de mécènes à une association que j'ai créée dans ce but en août 1993 ».
Quant à son entreprise, elle s'appelle société d'assistance médicale et de transport sanitaire, Medic' Multiservices, créée à Sousse en 1997. Cette société possède 2 ambulances de type A, 2 de type B et 1 ambulance 4x4 (B). En tant que médecin employé à la santé publique, Néjib Karoui a, personnellement, avec cette société 2 conventions visées par le conseil de l'ordre des médecins et le ministère de la santé : Une d'accompagnement médical et une de contrôle médical. Parmi ses clients, on retrouve des noms des plus prestigieux du secteur, dont Allianz Mondial Assistance, Mutuaide Assistance, Axa Assistance, International SOS.
Pourquoi la société privée de Néjib Karoui n'a pas assisté le ministère dans le transport des cadavres des victimes de l'attentat, quand Saïd Aidi lui a demandé en toute urgence de fournir des ambulances Samu ?
D'après M. Karoui, "les sociétés d'ambulances privées ne jouent pas ce rôle et sont destinées au transport sanitaire des malades à la demande des familles, des sociétés d'assurance voyage au profit de leurs abonnés etc . Elle ne fait pas de transport de cadavres, ce n'est pas une société de transport mortuaire et elle n'a pas de véhicule pour ça". Pourtant, force est de constater que ses ambulances ne sont pas équipées comme celles des Samu et auraient pu jouer ce rôle.
Néjib Karoui n'aborde pas l'argument et propose à ce que l'on transporte « les cadavres dans des camions frigorifiques ou dans des camions de l'armée qui peuvent transporter dans un seul gros camion ».

La proposition de Néjib Karoui évoque une scène où l'on aurait transporté les corps des touristes morts sur notre sol, comme du bétail ! On voit d'ici le scandale d'une telle horreur dans les médias internationaux, mais M. Karoui fait l'impasse sur ce point relatif à l'éthique et à la communication. M. Karoui a également fait l'impasse sur le fait qu'il ait monté une entreprise et une association, au moment où son père Hamed Karoui était Premier ministre. Tout comme le fait qu'il ait été activiste de la mouvance islamiste à l'époque ou encore sur le point essentiel du financement de tout un service de Samu par des mécènes qui versent de grosses sommes à travers une association qu'il a lui-même créée en 1993.
Ce n'est pas la seule association créée par Néjib Karoui qui a des mécènes dont on ne connait pas le nom et qui brasse des millions de dinars d'une manière qui suscite des interrogations.

En 2010, toujours sous le régime « dictatorial » de Zine El Abidine Ben Ali, M. Karoui a créé l'association Attaaouen. Ses comptes ? Ils sont en théorie publics, comme l'intéressé l'a dit à plusieurs reprises, ce qui dénote théoriquement, d'une certaine transparence qui coupe net avec l'opacité régnante des associations proches des mouvances islamistes. Mais quand on se penche de plus près sur ces comptes, on constate qu'il n'y a de transparence que le nom.
En 2011, par exemple, l'association a eu des recettes de quelque 5 millions de dinars provenant de Libye sans que l'on sache qui est derrière. Dans le rapport du CAC relatif à l'exercice 2011, on lit que le total des recettes nettes est de 6,033 millions de dinars, sans indication aucune sur les origines de ces recettes, ni sur l'identité des donateurs. A ce total net, on lit qu'il y a eu des virements internes faisant monter le total des recettes à 8,407 millions de dinars (cliquer ici pour lire le rapport du commissaire 2011).
Dans le rapport 2012, le même commissaire aux comptes indique que le total des revenus de cette année 2012 a chuté à 1,66 millions de dinars et que celui de 2011 est de 5,53 MDT (cliquer ici pour lire le rapport 2012). Comment expliquer la chute des revenus et comment expliquer que le chiffre de 2011 a changé entre le rapport de 2012 et celui de 2011 ? Mystère, car la partie où le commissaire met son rapport spécial et ses explications a tout simplement disparu des documents qu'a mis Néjib Karoui à la disposition du public.
Même constat de « disparition » pour le rapport de l'année 2013 où les chiffres semblent « corrects ». Aucune différence entre les revenus 2012, tels qu'ils ont été inscrits dans les rapports de 2012, puis de 2013 et le montant total des revenus n'a pas connu de hausse ou de baisse significative. N'empêche, l'absence des notes du CAC demeure étrange et suscite des interrogations, car ce sont ces notes qui intéressent les observateurs et les analystes (cliquer ici pour lire le rapport 2013).

Dans le rapport de 2014, nous trouvons enfin les notes du commissaire aux comptes et celles-ci méritent davantage d'attention. Côté chiffres, il n'y a pas quelque chose qui attire l'attention puisque les revenus étaient de 1,88 MDT en 2014 contre 1,62 MDT en 2013.
Mais dans les notes du CAC, que Néjib Karoui n'a pas caché cette fois-ci, on peut lire trois réserves. Ce sont généralement ces réserves qui attirent l'attention des actionnaires et des donateurs. La première des réserves du CAC est que certains virements et versements en espèces aux comptes de l'association sont constatés en l'absence de l'identité des déposants.
La deuxième réserve est liée au fait que le CAC n'a pas pu assister aux travaux d'inventaire physique des immobilisations et des caisses des différentes agences de l'association. Il fait remarquer que certains comptes ont été régularisés, ce qui laisse entendre qu'il y avait des problèmes dans ces comptes. Mais nous ne pouvons pas savoir quels étaient ces problèmes, puisque les rapports du CAC ont été cachés par l'association.
La troisième réserve du CAC est liée au compte débiteurs de l'agence de Zarzis et la situation de ce compte est irrégulière, puisque le CAC suggère : « il y a lieu d'accélérer les procédures de régularisation de cette opération et de procéder aux imputations comptables nécessaires ».
Mais la remarque la plus importante dans les notes du commissaire aux comptes ne se trouve pas dans les réserves, mais plutôt dans la rubrique « vérifications et informations spécifiques » du rapport spécial. Rubrique préférée des journalistes puisqu'on y trouve toutes les opérations liant l'entreprise à ses cadres dirigeants. C'est dans cette rubrique qu'on retrouve les rémunérations des dirigeants et les différentes opérations établies avec d'autres entreprises gérées par ces mêmes dirigeants. En clair, c'est la rubrique des « conflits d'intérêt ».
Que dit le CAC dans son rapport 2014 dans cette rubrique ? « Nous avons l'honneur de vous informer que votre organe de direction ne nous a pas informé d'aucune opération réalisée dans le cadre de l'article 200 et suivant du code des sociétés commerciales » (cliquer ici pour lire le rapport 2014). En clair, l'association Attaaouen a caché au public les notes du CAC des années précédentes, mais elle a aussi caché au commissaire aux comptes les opérations entre l'association et ses dirigeants. Transparence dites-vous ?

En conclusion, le directeur du service public Samu 03, Néjib Karoui, est un fonctionnaire public d'un côté, qui touche son salaire du service public et occupe une place qu'aurait pu occuper un médecin au chômage, tout en dirigeant une entreprise qui a des conventions avec son ministère de tutelle, sans que l'on puisse parler de conflit d'intérêt. Ces conventions ont été signées avant la révolution, peut-être quand son père était Premier ministre ou vice-président du RCD. Le même Néjib Karoui qui préside une association brassant des millions de dinars de revenus sans que l'on sache qui sont ces « mécènes » très généreux et réguliers.
On rappelle que ce n'est pas la première fois que Néjib Karoui a un différend avec son ministre de tutelle. Sous la troïka, il y a eu plusieurs polémiques avec le nahdhaoui Abdellatif Mekki, qu'on disait à l'époque adversaire de Hamadi Jebali, ami de… M. Karoui.


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