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Rached Ghannouchi, ce chef qui n'a pas su rassembler !
Publié dans Business News le 03 - 11 - 2019

Les concertations autour de la formation du gouvernement se poursuivent entre Ennahdha, 1er parti au parlement, et certains partis politiques en vue d'établir un consensus quant au programme et à la composition. Ces négociations semblent occulter la personnalité qui occupera le poste de chef de gouvernement auquel Ennahdha ne nie pas son attachement. Sauf que c'est le nom de ce dernier qui ne fait pas l'unanimité parmi les dirigeants nahdhaouis, créant des remous au sein du parti islamiste...
Nous sommes à la 3ème semaine des négociations conduites par Ennahdha, parti vainqueur aux législatives avec 52 sièges au parlement, avec les différents partis politiques autour de la formation du gouvernement et de la mise en place de son programme conçu par Ennahdha sous forme de contrat. Un contrat de gouvernement de coalition qui exprime le projet d'Ennahdha mais celui d'autres partis politiques ayant contribué à sa conception.
Il repose, par ailleurs, sur 5 axes à savoir : la lutte contre la corruption, le développement de la gouvernance et le renforcement de la sécurité. Mais aussi l'éradication de la pauvreté, l'aide aux catégories démunies et nécessiteuses, le développement des secteurs vitaux à l'instar de l'enseignement, de la santé et des services publics qu font également partie de ce contrat.
Il prône, de surcroît, la propulsion de l'investissement, de la croissance et de l'emploi ainsi que le parachèvement des institutions de l'Etat, de l'instauration de la gouvernance locale et la décentralisation.

Khalil Amiri a, finalement, assuré qu'il ne s'agit pas d'une version définitive de ce contrat mais uniquement d'un point de départ des concertations autour de la formation du gouvernement.
Si les partis politiques prenant part au nouveau gouvernement se mettent d'accord sur ce projet, un programme bien plus détaillé sera publié par le gouvernement et signé par les partis en question.

Ainsi, Ennahdha vise à appliquer ce contrat de gouvernement de coalition qui servira de point de départ aux concertations autour de la formation du gouvernement. La version définitive et détaillée de ce contrat sera signée par les partis prenant part au nouveau gouvernement avec lesquels les négociations se déroulent jusqu'à présent. Des négociations qui excluent le parti Qalb Tounes de Nabil Karoui, en 2ème position au Parlement avec 38 sièges, ainsi que le Parti destourien libre (PDL) de Abir Moussi, avec 17 sièges. Ces partis avaient, auparavant, nié toute intention de gouverner avec le parti islamiste se positionnant dans les rangs de l'opposition et rejoignant ainsi Tahya Tounes de Youssef Chahed aui a récolté 14 sièges au nouveau parlement.
Les négociations établies par Ennahdha n'étaient pas des plus constructives non plus avec Attayar ainsi qu'avec le mouvement Echaâb. A l'exception de la Coalition Al Karama, avec 21 sièges au parlement, aucun autre parti n'a exprimé sa disposition à coopérer avec le parti islamiste, qu'il s'agisse d'un refus catégorique ou d'une collaboration conditionnée. Même la Coalition Al Karama a assuré qu'elle n'était pas prête à coopérer avec certains partis politiques représentés au parlement à l'instar de Qalb Tounes et du PDL.
Concernant Attayar, ayant récolté 22 sièges, son secrétaire général Mohamed Abbou a clairement expliqué que son parti ne participera pas au gouvernement que lorsque les ministères de l'Intérieur, de la Justice et de la Réforme administrative relèveront de ses prérogatives. Une condition qu'Ennahdha refusera indubitablement, d'après M. Abbou.
Mohamed Abbou a, ainsi, déclaré qu'Attayar n'avait rien en commun avec Ennahdha et aucun moyen d'entente n'était possible entre eux soulignant qu'il sera, de ce fait, dans une opposition intègre et responsable, selon ses dires.

Aussi dans les rangs de l'opposition, le mouvement Echaâb dirigé par Zouheir Maghzaoui. Ce dernier a souligne à plusieurs reprises qu'il n'était pas prêt à faire partie d'un gouvernement présidé ou dirigé par Ennahdha vu les profondes et fondamentales divergences entre le mouvement, ayant obtenu 16 sièges, et le parti islamiste qu'il juge responsable de la situation catastrophique du pays.
Dans ces récentes interventions médiatiques, M. Maghzaoui s'est montré certain de l'échec d'Ennahdha à former le prochain gouvernement rejetant même lors de sa dernière rencontre avec le chef du parti islamiste, Rached Ghannouchi et son-vice président, Ali Laârayedh toute participation au prochain gouvernement.
Si la 2ème condition d'Attayar pour gouverner avec Ennahdha était de désigner un chef de gouvernement indépendant, intègre, ferme, qui dispose d'une forte personnalité et qui n'a aucun lien avec l'ancien régime, Zouheir Maghzaoui a, quant à lui, suggéré la nomination d'une personnalité nationale indépendante compétente capable de rassembler les différentes forces politiques dans le cadre d'un « gouvernement du président » qui dispose de « plus de légitimité qu'Ennahdha ».
Ce gouvernement, selon M. Maghzaoui « serait mieux pour le pays » incitant à « exploiter cette sorte d'unanimité populaire dont bénéficie Kaïs Saïed pour qu'il joue un rôle efficient dans la formation du gouvernement ».

Visiblement, le choix d'un chef de gouvernement nahdhaoui n'était pas l'idéal pour certains partis politiques. La probabilité de désigner un chef de gouvernement indépendant, évoquée par Rached Ghannouchi, a initialement été appréciée avant de finir par être rapidement abandonnée.
Rached Ghannouchi est le candidat naturel d'Ennahdha, ainsi était la position de plusieurs dirigeants nahdhaouis à l'instar du président du Conseil de la Choura, Abdelkarim Harouni et de l'élue Yamina Zoghlami, conformément au règlement intérieur du parti.
Le dirigeant d'Ennahdha et ancien ministre de la Justice, Noureddine Bhiri a, pour sa part, rappelé que son parti s'attache à son droit constitutionnel de désigner un chef de gouvernement nahdhaoui.
M. Bhiri est même allé jusqu'à considérer que refuser d'être à la tête du gouvernement était une décision irresponsable aussi bien qu'une trahison des électeurs qui nuira à l'image du pays à l'étranger mais aussi au processus de transition démocratique en Tunisie. La promesse du parti islamiste à ses électeurs étant que Kaïs Saïed, soutenu par Ennahdha, sera à Carthage et qu'Ennahdha sera à la Kasbah.
Toutefois, cette position n'était pas partagée par le dirigeant nahdhaoui et ancien ministre de l'Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Mohamed Ben Salem qui a jugé que le nom de Rached Ghannouchi à la tête du gouvernement n'était pas « rassembleur » et qu'Ennahdha voulait l'imposer à tout prix sans faire des concessions qui étaient nécessaires pour le parti islamiste.
M. Ben Salem a, ainsi, exhorté les parties impliquées à revenir à la raison et à former un gouvernement issu d'une coalition en toute « sagesse et responsabilité ».
Une position qui renvoie à celle adoptée auparavant par M. Ben Salem lors de la désignation des têtes de liste d'Ennahdha pour les élections législatives de 2019. Mohamed Ben Salem était, en effet, mécontent des dépassements du bureau exécutif d'Ennahdha appelant à tenir une réunion exceptionnelle afin d'examiner ces infractions.
M. Ben Salem a, également, contesté la position de la direction d'Ennahdha qui avait outrepassé ses prérogatives en modifiant ses listes électorales. Il a ainsi dénoncé l'éviction de certaines personnalités du parti élues têtes de liste puis remplacées unilatéralement par Rached Ghannouchi, qualifiant cette exclusion d'éthiquement inadmissible.
M. Ghannouchi ayant modifié 30 parmi 33 têtes de liste alors que le règlement intérieur d'Ennahdha accorde à son président la prérogative d'en modifier seulement 10%, et ayant essentiellement porté préjudice, à l'époque, à Abdellatif Mekki, Samir Dilou ainsi qu'à Abdelhamid Jelassi.

En tout état de cause, les dissidences au sein d'Ennahdha ne peuvent profiter à personne. Certes, elles ne feront que bloquer le processus de la formation du gouvernement, un processus que tous les partis politiques, les organisations nationales et même le chef de l'Etat appellent à accélérer. Néanmoins et indépendamment de la personnalité qui sera désignée à la tête du gouvernement et de ses futurs membres, la concrétisation d'un programme gouvernemental primant l'intérêt du pays et améliorant les conditions de vie des Tunisiens devra, primordialement, constituer la priorité du prochain gouvernement.


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