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Rached Ghannouchi et Seïf Makhlouf à la solde d'Oussama Ben Salem et Nabil Karoui
Publié dans Business News le 13 - 05 - 2020

Ce qui est bien avec les célèbres mafias d'antan, celles de la Sicile, de la Corse et de Chicago, c'est qu'elles ont un certain sens de l'honneur, de la parole et de la dignité. Ça vole, ça assassine, ça truande, mais ça se fait discrètement. Tout le monde sait, mais personne ne parle. Le plus emblématique des mafieux, Al Capone, n'a pas été arrêté pour ses actes mafieux, mais pour une fraude fiscale.
Mais ça, c'était avant. Ou, plutôt, ça c'est ailleurs où les mots « honneur » et « dignité », ont un sens. Chez nous, en Tunisie de 2020 de l'après-révolution, nous n'avons ni ce sens de l'honneur, ni ce sens de la dignité. L'Etat, on le vole ; les lois on se torche le derrière avec ; les magistrats, on s'en branle.
De tous temps, il y avait des voleurs et des mafieux en Tunisie, comme partout dans le monde. Ce qui a fait tomber Ben Ali et son régime n'est pas le vol en lui-même, mais l'indécence de sa famille qui ne respectait plus l'Etat, les magistrats et la population. Quand on commet des actes mafieux, la décence exige de se voiler la face et d'éviter la provocation. Les Trabelsi ne connaissaient pas cette subtilité.
L'Histoire bégaie, voilà qu'on recommence la même chose avec de nouveaux personnages, devenus personnalités par la grâce des urnes, qui méprisent les lois et les magistrats. Et quand ils rencontrent des obstacles, et à défaut de pouvoir les ôter, ils changent les lois pour les tordre selon leur bon vouloir de telle sorte qu'elles puissent servir leurs intérêts et les intérêts de leurs bienfaiteurs.

L'histoire est celle de trois médias tunisiens qui sont interdits d'antenne, mais qui exercent depuis des années en toute illégalité, sans autorisation, malgré les sommations de l'autorité de tutelle, la Haute autorité indépendante pour la communication audiovisuelle. Une autorité constitutionnelle supérieure, dans ses prérogatives, au CSA français.
Les trois médias en question sont Nessma TV, Zitouna TV et Radio du Coran et les trois ont réussi à faire changer les résultats des élections en assurant la propagande de certains partis politiques et coalitions électorales. Tout cela est connu par les Tunisiens avisés et moins avisés et par les observateurs internationaux.
Sans Nessma TV, Nabil Karoui n'aurait jamais pu accéder au second tour de la présidentielle et son parti Qalb Tounes n'aurait jamais pu devenir deuxième au parlement.
Sans Zitouna TV, Ennahdha n'aurait jamais pu devenir premier aux législatives et la coalition Al Karama n'aurait pas pu emporter 21 sièges au parlement.
Sans la Radio du Coran, le parfait inconnu Errahma n'aurait jamais accédé au Parlement avec quatre sièges.
La propagande des médias au profit de partis ou parties politiques est strictement interdite en Tunisie, mais là n'est pas le plus grave délit de ces différentes entités. Après tout, les médias aux Etats-Unis vendent ouvertement leurs espaces et annoncent en toute transparence leurs penchants pour tel parti ou telle personnalité… En Italie et sans son empire médiatique, Silvio Berlusconi n'aurait jamais pu accéder au pouvoir. Ces délits, bien qu'ils soient des délits, demeurent « acceptables » moralement. Le souci est que certaines de ces personnalités trainent des casseroles en justice et ont utilisé la politique pour obtenir une certaine immunité judiciaire.
Là, ces mêmes personnalités utilisent la politique et le Parlement pour se blanchir et se légaliser.

Sans entrer dans les dossiers encore devant la justice et où la présomption d'innocence l'emporte à nos yeux, la violation de la loi par Nabil Karoui est évidente. Ce monsieur avait une autorisation pour sa chaîne Nessma, mais il devait la renouveler pour rester en conformité avec la nouvelle législation. Il a refusé catégoriquement de se soumettre à l'autorité de la Haica en dépit des multiples avertissements et mises en demeure. Ce n'est qu'après s'être assuré une confortable victoire aux élections présidentielle et législatives, et bien après les délais, qu'il a daigné se conformer.
Le cas de ZitounaTV, fondée par Oussama Ben Salem, membre du majlis choura d'Ennahdha et hypothétique futur conseiller du chef du gouvernement (à moins qu'il ait déjà été nommé sans publication dans le Jort), est encore plus problématique. On a carrément déchiré sur antenne le cahier des charges de la Haica et on a consacré des heures d'antenne pour critiquer la Haica et injurier ses membres. On ne sait pas comment et par quoi elle est financée et on ne sait pas comment sont payés en devises, ses droits de retransmission satellite.
Les suspicions touchant les personnalités soutenues par cette chaîne sont nombreuses, mais au nom de la présomption d'innocence, taisons les suspicions de blanchiment d'argent et de financement occulte et arrêtons-nous sur les cas flagrants de Rached Khiari et Seïfeddine Makhlouf condamnés par la justice. Le premier pour avoir propagé de fausses informations, le second après avoir injurié un procureur de la République. S'ajoute, pour le second, un délit fiscal avec un redressement de quelque 260 mille dinars. Toutes ces affaires sont « oubliées ».
Le dernier cas, celui de Saïd Jaziri est plus emblématique, mais plus énigmatique aussi. On ignore l'origine de sa fortune, on sait qu'il a utilisé très longuement sa radio pour injurier et insulter des membres de la Haica, on sait qu'il a été à un moment condamné aux Etats-Unis et/ou au Canada et on sait qu'il a fait l'objet de plusieurs plaintes en justice, en Tunisie, toutes en suspens.

Alors voilà, non seulement ces personnalités ont réussi à obtenir des sièges au parlement et/ou au gouvernement grâce à des procédés immoraux et/ou illégaux, non seulement elles violent la loi devant tout le monde, sans avoir froid aux yeux, mais voilà que l'on essaie maintenant de régulariser leur situation au vu et au su de tous !
La proposition de loi soumise par Al Karama pour réformer l'audiovisuel entre pleinement dans cette optique. Elle n'a pas été discutée avec les professionnels, elle n'a pas fait l'objet d'un débat public et ne sert nullement la profession, à l'exception des trois médias cités. Pire, elle est très dangereuse pour la Tunisie puisqu'elle va ouvrir la voie à n'importe qui de créer sa station de radio ou sa chaîne de télévision sans autorisation préalable de l'Etat. En clair, Al Karama veut « clochardiser » l'Etat. Demain, au regard de cette proposition de loi, n'importe quelle chaîne étrangère peut s'installer en Tunisie à tout moment et faire ce que bon lui semble dans le paysage. Chaînes daéchiennes et chaînes porno, vous serez les bienvenues en Tunisie !
On aurait pu en rigoler et dire qu'un tel projet n'atteindrait même pas la commission, sauf que c'était sans compter la complicité de Rached Ghannouchi et Seïfeddine Makhlouf pressés de servir Nabil Karoui et Oussama Ben Salem. Le projet a été soumis en urgence au bureau de l'assemblée et il vient d'être transmis en commission, classé sous le sceau de la priorité. Quelle urgence ? Cela fait des années qu'un projet proposé par la Haica et les professionnels a été soumis. Quelle urgence y a-t-il, en cette période, de débattre d'une telle loi, loin d'être prioritaire au vu des dizaines de lois économiques qui trainent dans les tiroirs du bureau de l'assemblée. S'il y a une urgence, elle est uniquement pour ceux qui ont intérêt à ce que cette loi passe et ils sont au moins trois : Nabil Karoui, Oussama Ben Salem et Saïd Jaziri. Peut-être des médias étrangers qui ont promis des largesses, à qui l'on sait, si jamais cette loi passe.

Il est vrai que depuis les élections, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et Al Karama et Qalb Tounes sont devenus amis-amis, le tout sous le regard bienveillant d'Ennahdha. Rached Ghannouchi propose et Nabil Karoui et Seïfeddine Makhlouf disposent. C'est comme hier quand ce dernier a lancé un « dernier avertissement » au président de la République. Juste quelque temps après le haut dignitaire nahdhaoui, Saïd Ferjani, comme pour faire de la surenchère à qui mieux dénigre le président.
La Haica a publié hier un communiqué pour attirer l'attention sur le danger sur le pays d'une telle loi. Deux valeureux députés, membres du bureau du parlement, Nesrine Laâmari et Nabil Hajji, ont refusé de cautionner un tel scandale. Si jamais une telle loi passe, les plus conservateurs d'entre nous seront à regretter l'épisode le plus osé de « Ouled moufida ».
On ne peut même pas dire que ce scandale et cette tentative de passage en force sont une pratique mafieuse, car les mafias sont bien plus dignes et bien moins déshonorables que cela.


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