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Une progression fulgurante
Opinions - Enseignement supérieur privé en Tunisie
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 09 - 2015


Par Zoubeida Kebaili BARGAOUI (*)
Les statistiques publiées par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique sur son site http://www.mes.tn en témoignent : le secteur de l'enseignement supérieur privé a connu un essor remarquable entre 2009-2010 et 2013-2014. Un seul chiffre : le nombre d'inscrits a augmenté de 107 % sur cette période de 5 ans (passant de 12.586 à 26.019 étudiants). Au cours de la même période, le nombre d'étudiants inscrits dans le secteur public a régressé de 15 %. Plus, sur la même période, le nombre de diplômés du secteur public s'est réduit de 28%, passant de 75.393 diplômés à 54.583 diplômés (toutes spécialités confondues).
Ainsi, la contribution du secteur privé dans la formation (en termes de nombre d'inscrits) a fortement progressé depuis la promulgation de la loi du 4 août 2008, venue modifier et compléter la loi du 25 juillet 2000 relative à l'enseignement supérieur privé. De 3 % en 2009-2010, la contribution du secteur privé dans la formation atteint 8 % en 2013-2014. Sur les trois dernières années (2011-2012 à 2013-2014) présentées dans le document de synthèse file:///C:/Users/packard%20bell/Downloads/recap_univ_fr.pdf, la progression du secteur privé pour les inscriptions en Licences a été de 47% (de 8299 inscrits à 12.198). L'évolution la plus spectaculaire en nombre d'inscrits porte sur le diplôme de Master (+ 71%) passant de 1500 inscrits en 2011-2012 à 2562 inscrits en 2013-2014. Pour le diplôme d'ingénieur, il y a eu une augmentation de 47% du nombre d'inscrits sur ces trois ans.
A l'échelle nationale, le nombre d'inscrits en formation d'ingénieurs dans le système public était de 16.283 en 2013-2014 ; en comparaison, ils étaient 1859 inscrits dans le secteur privé (soit un pourcentage de 89,8% de formation par le système public). En France, sur les formations d'ingénieurs on trouve 27,9% des ingénieurs formés dans le privé, 14,7% formés dans les écoles sous tutelle d'un autre ministère que le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche (Mesr) ou d'une collectivité locale et le reste (57.3%) formés dans les écoles publiques sous tutelle du Mesr. Ainsi en tout, 72% des ingénieurs sont formés par le secteur public en France. Ces chiffres sont publiés dans http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2015/90/7/rers_2015_457907.pdf qui donne les dernières statistiques sur l'Education en France.
La répartition régionale de la formation universitaire (public/privé) est inégale sur le territoire national. Les établissements d'enseignement supérieur privé se concentrent géographiquement, tous secteurs confondus en 2013-2014, surtout sur le gouvernorat de Tunis avec 24 établissements, le gouvernorat de Sousse avec 10 établissements, le gouvernorat de Sfax avec 5 établissements et celui de l'Ariana avec 3 établissements. Dans la région de Tunis, le nombre de diplômés du secteur privé est passé de 940 en 2009-2010 à 4.167 en 2013-2014 (augmentation de 4,4 fois en 5 ans). Le pourcentage de diplômés en provenance du Secteur Privé dans le cursus d'Ingéniorat par exemple, est passé de 0,24 à 1,07 fois. En d'autres termes, le nombre de diplômés du secteur privé pour l'ingéniorat a dépassé celui du secteur public en région de Tunis.
La formation en école d'ingénieurs est très sélective partout dans le monde. La France compte 2470 mille étudiants dont 138,600 en école d'ingénieurs (page 162) soit 5,6 %. En Tunisie, nous étions à un taux de 3.6% en 2009-2010 et avons atteint 5,4 % en 2013-2014, et cela rien que pour le secteur public. Pour le taux national (secteurs public et privé confondus), nous avons atteint 5,5% en 2013-2014. Ainsi, même si le pourcentage de formation en ingéniorat dans le secteur privé est plus faible que celui de la France (27,9 % des ingénieurs formés dans le privé contre 10.2 % en Tunisie), le critère de sélection de 5,5% ou 5,6% devrait pouvoir constituer une norme pour la régulation des flux d'entrants. Les investisseurs privés crient au scandale parce que le Mesrs cherche à émettre des quotas pour la formation. On voit que garder un niveau de sélection conforme à l'expérience internationale permettrait de rationaliser les interventions des uns et des autres.
En France, Il y a une commission des titres d'ingénieurs CTI, qui est la seule structure habilitée à donner la reconnaissance des diplômes d'ingénieurs délivrés (dans les deux secteurs, public et privé). L'inexistence d'une telle structure, qui aurait permis de contrôler la qualité de formation et de réguler les flux, est à déplorer en Tunisie. Le ministère devrait se pencher sur cette question autrement qu'en termes de gestion de crise.
En France, il y a une nette différence dans la structure des entrées en école d'ingénieurs: si 17,5% seulement proviennent du Bac dans le secteur public sous tutelle du Mesr ce chiffre s'élève à 31.2% dans le secteur privé. Il représente seulement 3.9% lorsqu'il s'agit du secteur public sous tutelle d'autres ministères. Ces derniers sont plus preneurs dans les classes prépa (CPGE Classes préparatoires aux grandes écoles (68%) contre 43.6% et 37.6 % respectivement pour les secteurs public sous tutelle ESR et le secteur privé. Les conditions d'accès aux écoles d'ingénieurs constituent un point de véhémentes discussions entre le Mers et les représentants du secteur privé en Tunisie. Là aussi, l'existence d'une structure de régulation, telle que la CTI, permettrait d'établir des normes en faisant référence aux expériences à l'étranger et éviterait des distorsions ayant des impacts négatifs sur la qualité de la formation et le niveau de l'embauche des diplômés.
On note avec une pointe de déception que dans la synthèse présentée par le Mesrs, il n'y a pas de chiffres sur les formations d'Ingénieurs (ni effectifs d'inscrits, ni nombre de diplômes délivrés ni origine des étudiants en ingénierie). Il aurait fallu présenter ces chiffres au public, en plus de ceux relatifs aux Licences, Masters et Doctorats. Le lecteur est alors invité à consulter tous les rapports présentés gouvernorat par gouvernorat avant de se faire une idée synthétique en ce qui concerne la formation d'ingénieurs.
Heureusement, le rapport du Mesrs fournit les effectifs d'enseignants pour le secteur public. En 2013-2014, nous sommes 22.818 enseignants à plein temps de différentes catégories professionnelles à enseigner et encadrer dans les 24 gouvernorats pour servir 305.271 étudiants du secteur public. Paradoxalement, aucun chiffre n'est fourni du personnel enseignant à plein temps dans l'enseignement supérieur privé. C'est d'ailleurs un autre point de discorde entre le Mesrs et le secteur privé car l'équipe actuelle du Mesrs souhaite faire respecter les normes existantes sur les taux minimaux d'enseignants permanents du secteur privé prévu par la loi en vigueur (et qui sont loin de l'être).
Beaucoup de personnes attaquent l'Enseignement universitaire public en Tunisie en alléguant que le taux d'encadrement y est insuffisant. En France, il y a 91.700 enseignants dans les formations du supérieur pour 2470.677 étudiants inscrits (2.86 enseignants pour 100 étudiants). On peut remarquer qu'il y a 7 fois plus d'étudiants en France comparativement à la Tunisie et seulement 4 fois plus d'enseignants. Le taux d'encadrement n'est donc pas si mauvais en Tunisie. Cependant, il y a une nette différence dans le niveau de qualification des enseignants. Les professeurs d'université sont au nombre de 20.509 en France pour 36.836 maîtres de conférence qui représentent ainsi 64%. En Tunisie, le nombre de professeurs est de 1.339 et le nombre de maîtres de conférences est de 942 en 2013-2014. Il y a ainsi 15 fois plus de professeurs en France qu'en Tunisie pour seulement 7 fois plus d'étudiants. Le corps des maîtres assistants (personnel titulaire d'une thèse de doctorat mais n'ayant pas encore d'habilitation à diriger des recherches) représente 5.507 personnes en 2013-2014, soit 70% du corps professoral titulaire d'une thèse. Mais en plus, le pourcentage de 46% représentant les enseignants universitaires permanents non titulaires d'une thèse de doctorat (les assistants) est excessivement élevé. Ces faits mettent en évidence la nécessité pour le Mesrs de promouvoir la recherche, seul moyen d'améliorer la qualification des enseignants. Des mesures telles que l'octroi de bourses de recherche post-doctorale, l'appui pour des projets personnels de recherche chez les MA et les A, l'appui pour la publication d'articles et pour l'obtention de congés d'études permettraient le développement des carrières et l'amélioration de la qualification du corps professoral.
Si j'insiste sur cet aspect des ressources humaines et de sa relation avec la recherche, c'est aussi pour pointer du doigt le très faible engagement du secteur privé pour l'essor de l'Enseignement supérieur et de la recherche en Tunisie. Saviez-vous qu'en France, 60% du personnel rémunéré pour les activités de recherche et développement l'est directement par les entreprises ? Il s'agit de très loin de la plus grande différence de gouvernance entre l'ESR en Tunisie et en France.
Tous les autres indicateurs sont comparables à une échelle près. La dépense intérieure de recherche et développement (Dird) est définie comme la somme de la masse salariale, des dépenses de fonctionnement et des dépenses en capital telles qu'acquisition de matériel. Le ratio Dird/PIB mesure la proportion du PIB qui est consacrée à la recherche. Ce ratio est de 2.12% en 2012 en France contre 1.68 en Tunisie pour la même date, encore des taux comparables. Pour la rémunération du personnel dédié aux activités de recherche et développement (comme les doctorants) le verdict est sans appel : l'implication de l'entreprise tunisienne dans la recherche, composante essentielle de l'Université, fait cruellement défaut. Voilà la vraie piste à creuser pour obtenir un changement significatif, même si nous n'avons pas en Tunisie le tissu des très grandes compagnies françaises. Malheureusement, il me semble que les discours des « patrons » des entreprises et, notamment leurs représentants de l'Utica restent plutôt rétrogrades quant au rôle de l'Université dans le soutien au monde de l'entreprise et vice versa. Les ponts sont loin d'être jetés. Il faudrait un changement de mentalités.
*(Professeur à l'Enit, Université Tunis El Manar)


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