Boulakbèche bat le record et décroche l'argent à Luxembourg    Comment et où regarder en direct le match Simba SC – Espérance de Tunis aujourd'hui ?    CUPRA Leon 2025 en Tunisie : prix dès 146 980 DT, performances sportives et équipements premium    SUV électrique Volvo EX90 – Automobile en Tunisie : caractéristiques, performances et tarifs officiels    Les Volvo ES90 et EX90 débarquent en Tunisie pour révolutionner la mobilité électrique    Instabilité météo : pluies, vent fort et mer agitée    Pluies intenses dans le nord-ouest : cumuls records jusqu'à 74 mm !    Décès de l'actrice de'' Home Alone''    Lait infantile tunisien : aucun lien avec les lots retirés à l'étranger    Match Tunisie vs Egypte : où regarder la finale de la CAN Handball 2026 ce 31 janvier?    Interpellation de Sani Sener, l'ancien patron de TAV à cause de l'aéroport d'Enfidha    Virus Nipah : l'OMS rassure mais appelle à la vigilance mondiale    La selle et le cavalier de Mohamed Laroussi El Métoui: Une nouvelle traduite par Tahar Bekri    Mohamed Ali ben Hafsia – Ooredoo Tunisie : Avec Jendoubi, Ooredoo soutient la Tunisie vers l'or et la fierté olympique    L'Université de Sfax et l'Université algérienne Abbes Laghrour Khenchela signent une convention de coopération    Nouvelair lance une offre exclusive dédiée à son programme de fidélité Jasmin    Ooredoo Tunisie Sponsor Officiel du Champion du monde Mohamed Khalil Jendoubi    Dry January : un mois sans alcool face au déni tunisien    The Aviator Institute rejoint le réseau Airbus et positionne la Tunisie comme hub de formation aéronautique    Météo en Tunisie : Des vents forts à très forts attendus dans la plupart des régions    Mahindra Tunisie lance le nouveau 3XO: Une nouvelle référence dans le segment des SUV compacts    70 ans de relations Tunisie–Allemagne : Elisabeth Wolbers trace les perspectives d'une coopération renforcée    La Tunisie au Conseil de Sécurité : Rien n'a changé dans les territoires palestiniens occupés, le cessez-le-feu reste violé par la puissance occupante (Vidéo)    Maledh Marrakchi - IA en 2026: D'après Stanford, l'heure des comptes a sonné    Match Tunisie vs Algérie : où regarder la demi-finale de la CAN Handball 2026    Constituants sans constitutionnalisme, thème des Journées Abdelfettah Amor    Météo en Tunisie : temps pluvieux au nord    Le Forum Chokri Belaid des Arts se déroule dans sa 9ème édition du 1er au 7 février 2026    Rapport entre monde de la recherche et monde de la pratique: La recherche collaborative    Le cirque Paparouni s'installe à Carthage durant les vacances scolaires et présente Jungle Book    D'où vient un trésor historique découvert à Houaria ?    Forum Chawki Gaddes pour les droits numériques - Journée d'étude sur la protection des données personnelles : Mercredi 28 janvier 2026, faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis    Décès d'une star du football, Mahfoudh Benzarti : une carrière singulière    Inondations : Kaïs Saïed appelle à des mesures concrètes et à une mobilisation nationale    Vagues géantes à Nabeul : des vestiges antiques dévoilés après les tempêtes    Baker Ben Fredj revient avec l'exposition 'Le Reste' à la galerie Archivart après 20 ans d'absence    Kais Saied reçoit l'ambassadrice de Pologne à l'occasion de la fin de sa mission en Tunisie    Justice : trois ans et demi de prison pour Borhan Bsaies et Mourad Zeghidi    Document – Le discours-évènement du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : privilégier les valeurs, face à la domination    Tahar Bekri: Saule majeur    Penser le futur par le passé: Carthage antique et le boomerang colonial dans la géopolitique du Groenland    Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux en souvenir    Professeur Amor Toumi: Père de la pharmacie et du médicament en Tunisie    Programme Ceinture Verte en Tunisie : reboisement pour lutter contre la dégradation des sols et la désertification    Dernière minute – Qatar : dispositifs renforcés autour de la base d'Al-Udeid face aux tensions    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    L'Université de Sousse et le Centre Universitaire de Maghnia (Algérie) scellent un partenariat stratégique    Tunisie–Mali (1-1, tab. 2-3): Une élimination frustrante    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Chemins de l'herméneutique : Le tournant heideggerien
Publié dans La Presse de Tunisie le 21 - 02 - 2020

Dans son acception habituelle et traditionnelle, l'herméneutique est une discipline qui nous aide à dégager le sens véritable d'un texte ou d'un discours. Elle nous fournit les outils à même de nous acquitter de pareille tâche. Mais nous avons vu qu'en accédant à sa «modernité», cette discipline a subi des élargissements au niveau de son terrain d'application. Elle est sortie progressivement de sa zone réservée en tant que discipline spécialisée. Or ce mouvement d'élargissement, qui a connu plusieurs étapes, se présente dans le même temps comme un processus d'entrée en crise. Dans le sens où, une fois engagé, chaque fois que ce mouvement accomplit la conquête d'un nouveau territoire, une conception plus critique vient invoquer la nécessité d'un fondement encore plus radical…
Disons de façon schématique qu'avec Friedrich Schleiermacher on assiste au moment psychologisant de l'herméneutique et que, avec Wilhelm Dilthey, c'est l'épistémologie qui prend la relève en corrigeant le tir, avec cette volonté de conférer un socle scientifique à l'aire du comprendre (par opposition à l'aire du connaître), dont l'étendue touche désormais l'ensemble des «sciences de l'esprit».
Or les choses ne s'arrêtent pas là : après ce second moment, épistémologique, en arrive un troisième, qu'on appelle ontologique, et qui va bouleverser les deux précédents. Ce troisième moment, nous le devons à Martin Heidegger. Dans l'œuvre par laquelle il se fait connaître au début du siècle dernier —Sein und Zeit— il en vient à développer l'idée d'un «sens de l'être». L'herméneutique atteint ainsi un palier nouveau en tant qu'approche fondamentale, puisque l'être lui-même est désormais ce qui est sondé quant à sa capacité à livrer du sens. On parle de «significativité».
Nature-esprit : une distinction abolie
D'aucuns pourrait considérer que la tournure que prend ainsi l'herméneutique fait que cette dernière cesse de nous intéresser. Dans la mesure où, au lieu de nous apporter une aide dans l'intelligence des textes, il semble qu'elle nous entraîne indéfiniment dans des questionnements portant sur sa propre définition. Et que cela intéresse surtout l'histoire de l'herméneutique, et sans doute aussi la philosophie, mais guère l'usage commun du lecteur lambda que nous sommes, quand nous nous trouvons face à des textes anciens ou étrangers, et que nous cherchons la manière d'y retrouver la profondeur et l'authenticité d'un sens dans le chaos des voies possibles. D'autant que cela paraît renvoyer de plus en plus à des querelles académiques qu'on pourrait en outre qualifier d'occidentalo-occidentales.
Notre parti dans cette chronique est cependant d'explorer le chemin que prend l'herméneutique là où la réflexion sur son essence et sur sa vocation apporte des éléments nouveaux, et cela de telle sorte d'abord que nous puissions satisfaire une saine curiosité dans ce domaine et, ensuite, que nous envisagions l'usage qu'il est possible de faire d'une herméneutique ainsi largement remodelée – fût-elle en crise -, quand on l'applique à nos propres traditions et à ses textes. Les querelles intellectuelles dont fait l'objet l'herméneutique ne changent rien au fait que ses transformations ont toujours quelque chose à nous dire. Et l'on ne saurait d'ailleurs interrompre de façon brutale un mouvement d'exploration qui a été engagé, et qui a pour ainsi dire besoin d'aller à son terme. C'est à ce prix que peut être préservé l'espoir que soit instauré bientôt un dialogue naturel de tradition à tradition.
Revenons donc à Heidegger et au «tournant ontologique» qu'il fait subir à l'herméneutique, qu'il appelle «herméneutique de la facticité». Il faut signaler d'emblée que, bien que porteur d'un bouleversement décisif dans l'histoire des modifications qu'a connues l'herméneutique, ce tournant va connaître chez Heidegger un… tournant. Il y aura un tournant du tournant ! Ce qui signifie que l'on va passer d'une herméneutique qui, étant attentive au sens de l'être, relègue le langage au second plan, à une herméneutique qui confère au contraire au langage le pouvoir de révéler l'être.
Mais attachons-nous ici, dans un premier temps, à expliciter le sens du premier tournant. Car il s'agit bien d'un tournant, et non d'une tentative concurrente et parallèle. Ce qui signifie qu'elle s'inscrit, comme nous le signalions, à la fois dans le prolongement et dans une relation critique avec ce qui a été pensé auparavant. Or ce qui a été pensé auparavant renvoie à une herméneutique qui prétend se doter d'une scientificité sur la base d'une distinction entre sciences de la nature et sciences de l'esprit : l'herméneutique diltheyenne laisse en effet aux sciences de la nature le soin d'être régies par les règles en vigueur en matière de sciences positives depuis Descartes et sa méthode et, dans le même temps, s'attelle à la tâche de transformer l'herméneutique de telle sorte qu'elle garantisse par sa propre méthode la scientificité des sciences de l'esprit et des seules sciences de l'esprit. Ce qui passe par la délimitation d'une démarche objective censée rendre possible cette scientificité.
Heidegger récuse la validité de la séparation entre nature et esprit. Il y a un sens qui se trouve en tout cas en amont de cette distinction. C'est celui de l'être. Autrement dit, de tout ce qui est. Mais Heidegger attire ici l'attention sur une différence qui sépare l'être de l'étant. Ce qui se prête à une herméneutique, ce qui appelle une interprétation, ce n'est pas l'étant, ou le subsistant, c'est l'être, en tant que possibilité arrachée au néant.
Une approche dépsychologisée
Pour mieux se figurer le propos de notre penseur, il faut peut-être se souvenir qu'il a été lecteur à la fois de Nietzsche et de Kierkegaard : Nietzsche pour qui la métaphysique ne cesse, depuis sa naissance platonicienne, de tourner le dos à la réalité tragique de l'homme telle qu'elle a pu être au contraire envisagée et affrontée par les penseurs présocratiques. Et Kierkegaard, qui dénonce dans le projet philosophique de totalisation du réel une façon de se dérober au fait de sa propre existence, du vertige qu'elle constitue et du désespoir qu'elle suscite- tant du moins qu'elle se maintient dans un état de rupture avec Dieu.
L'attention au sens de l'être est le fait du Dasein, c'est-à-dire de cet existant que nous sommes en tant qu'il s'est dépris de l'obnubilation par l'objet et qui prend acte à la fois de son être pour la mort et du fait qu'il y a de l'être.
Cette remontée vers l'être ainsi entendu, en amont de la distinction nature-esprit, permet en même temps de résoudre une difficulté à laquelle Dilthey avait tenté d'apporter une solution, sans parvenir à convaincre de façon décisive. Car l'herméneutique de Heidegger ne prétend plus comprendre la psychologie de l'autre homme. Dilthey pensait qu'en associant autrui à une intentionnalité, et en dégageant ainsi une structure à caractère téléologique, l'appréhension de l'intériorité de l'autre ne donnait pas lieu à un égarement dans le subjectivisme, mais permettait au contraire de se donner une prise objective. Nous avons vu la semaine dernière de quelle façon, et avec quel scepticisme, cette solution a été perçue par des penseurs comme Gadamer. L'intentionnalité, d'autre part, révèle-t-elle l'intériorité d'un sujet dans sa dimension objective ou ne joue-t-elle pas plutôt le rôle de voile, de moyen de travestissement de soi. Nietzsche dénoncerait volontiers, dans cette lecture de la psychologie de notre prochain, une approche bien naïve. Contre Dilthey, il rappelle que l'autre nous est infiniment plus étranger que ne peut l'être la chose… et qu'il produit des simulacres autour de sa personne.
En axant l'herméneutique sur l'événement de l'être, Heidegger la «dépsychologise» donc. Il la détache aussi, cependant, de l'exégèse. Ou disons que la question du sens des textes et, avant cela, de tout discours humain que véhicule le langage, devient seconde, car elle s'inscrit sur le fond de cette herméneutique fondamentale, qui est une herméneutique existentiale, en tant qu'elle se rend attentive à l'être.
Il ne fait pas de doute que cette voie empruntée par Heidegger mène vers une sorte de religiosité, bien que la relation à un Dieu en soit absente. D'où l'idée, défendue par Sartre, que l'existentialisme selon Heidegger serait un humanisme. Ce qui rime ici avec «athéisme». On sait que la réponse de Heidegger à cette interprétation de sa pensée a été riche de nuances. Ou de mises au point. Mais le second tournant va réserver du nouveau dans ce domaine…


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.