Liberta Voyages réalise un succès complet dans l'exécution des programmes de Omra du Ramadan avec un taux de 100 %    Tunisian Water Days 2026 : La Tunisie célèbre la 1ère édition des journées de l'eau du 22 au 26 mars    Désertif'actions: un sommet important à Djerba    Trump reporte les frappes sur l'Iran : un répit diplomatique qui apaise les tensions    Bizerte : pont mobile en travaux, anticipez vos déplacements !    Guerre en Iran et impact sur l'économie tunisienne: l'analyse et les recommandations de l'IACE    Chilly-Mazarin réélit Rafika Rezgui, mairesse d'origine tunisienne    Météo en Tunisie : temps nuageux sur l'ensemble du pays    Lionel Jospin, ancien Premier ministre socialiste de France, est décédé    Tunisie : 30 % d'accidents en moins en 2026, la vigilance reste de mise    Ali Gaaya: Un nouveau choc pétrolier mondial en perspective? Quel impact sur la Tunisie?    Ministère des Finances clarifie les refus d'assurance pour véhicules de plus de 20 ans    Temps instable ce dimanche : pluies et fraîcheur au rendez-vous    Le fenugrec ou helba: Une graine ancestrale aux vertus multiples    Mahmoud El May - Choc énergétique global : l'entrée dans une stagflation durable    Lors d'un échange avec Emmanuel Macron: Kaïs Saïed appelle à réviser l'accord de partenariat avec Union européenne et à récupérer les fonds détournés    Deuxième jour de l'Aïd : pluies attendues sur plusieurs régions de la Tunisie    Mondher Mami: Le métronome du protocole    Aïd El Fitr: Leaders vous souhaite une fête de joie, de partage et d'espérance    Festival International de Cerfs-Volants en Tunisie : Tout savoir sur l'édition 2026 portée par les vents de la mer et le Sahara    Le Galaxy S26 Ultra intègre le premier 'Privacy Display' de Samsung, directement intégré à l'écran    Zakat al Fitr 2026 : la présidence du gouvernement autorise le versement de la Zakat par SMS à l'Association tunisienne des villages d'enfants SOS    Météo en Tunisie : temps nuageux sur tout le pays    Tunisie – Grâce présidentielle : libération de 1473 détenus à l'occasion de Aid El Fitr et la fête de l'indépendance    CAN 2025 : Sénégal privé du titre, le Maroc champion    Saison Méditerranée 2026 : une place de choix à la Tunisie en France avec plusieurs programmes    Le paradoxe de la « qualité » académique : standardiser l'enseignement supérieur, à quel prix ?    Comprendre le Moyen-Orient, ce foyer de crises    Marie Curie: Une figure scientifique emblématique et un modèle pour toutes les femmes    Décès du journaliste Jamal Rayyan, figure historique d'Al Jazeera Arabic    Arbitrage tunisien : 16 arbitres sanctionnés par la Fédération    "Monsieur Day", In memoriam    Al Ahly – EST : Quand et comment regarder le match ?    Ramadan 2026 : les génériques des feuilletons tunisiens Hayat et Bab LeBnet signés Karim Thlibi séduisent les téléspectateurs    Abdelkader Mâalej: L'angliciste des services de l'information    Le poulpe: Un plat raffiné et une ressource sous pression    Abdelaziz Kacem, en préface du livre d'Omar S'habou: Gabriem ou la tentation de l'Absolu    Citoyens tunisiens aux Emirats : voici comment obtenir un visa de transit d'urgence    62 cellules terroristes démantelées et des milliers d'éléments arrêtés en 2025 !    Secousse tellurique en Tunisie, au gouvernorat de Gabès ressentie par les habitants    L'avocat Ahmed Souab libre, après plusieurs mois de détention provisoire    De Tunis aux plus hautes sphères : le parcours exceptionnel de Rachid Azizi dans son livre « Un sur un million »    Ahmed Jaouadi et Ahmed Hafnaoui brillent aux Championnats SEC : la natation tunisienne au sommet aux USA    Festival Gabès Cinéma : Afef Ben Mahmoud à la direction    La sélection tunisienne de judo senior remporte 11 médailles au tournoi international Tunis African Open    Le tennisman tunisien Moez Echargui se qualifie pour les quarts de finale du Challenger de Pau    Sabri Lamouchi : Une bonne nouvelle impression (Album photos)    Mondher Msakni: L'orfèvre    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



‘'2084, la fin du monde''... Des questions, un peu de Winston Smith et beaucoup de Socrate
Lu pour vous
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 02 - 2016

Boualem Sansal nous propose en apparence un pendant au ‘'1984'' de Georges Orwell mais les revirements de son roman, qui naissent quand le personnage principal commence à se poser des questions, nous renvoient au Socrate condamné pour ‘'ne pas reconnaître les mêmes dieux que l'Etat, introduire des divinités nouvelles et corrompre la jeunesse.''
Tout s'ébranle lentement mais sûrement quand Ati, le personnage principal de l'ouvrage, commence à se poser des questions. ‘'Il s'agissait pour lui de briser la chaîne qui amarre la foi à la folie et la vérité à la peur, pour se sauver de l'anéantissement'' car si l'humain était écrasé sous le poids du totalitarisme politique dans le ‘'1984'' de George Orwell (ouvrage auquel Boualem Sansal a voulu ‘'2084'' comme pendant), il est ici asservi à un totalitarisme pseudo-religieux où il est totalement question de pouvoir et non de salut spirituel.
L'action se passe donc d'abord dans les pensées d'Ati avant de devenir physique avec de longs voyages aux quatre coins du pays-continent. Des questions qui déferlent un jour dans sa tête sans crier gare et qui le taraudent, aussi bien par leurs ambitions de saisir le sens de ce monde corrompu, que par l'angoisse lancinante d'être découvert. Car l'autocratie religieuse qui gouverne le pays ne tolère aucun esprit libre susceptible d'enflammer les autres et de menacer le statu quo.
Des mots pour subjuguer, pour développer une troupe gagnée à un même argument
Pourtant, le processus de questionnement grandit dans l'esprit d'Ati et devient réflexion, méditation, fragment de philosophie, quand il eut soudain l'intuition que le Système ne voulait pas, en vérité, que les gens croient. Le but intime est là, quand on croit à une idée, on peut croire à une autre, son opposé par exemple. Et, dans son infinie connaissance de l'artifice, le Système a tôt compris que c'était l'hypocrisie qui fait le parfait croyant !
Les ‘'découvertes'' d'Ati se suivent comme les rapides d'un torrent impétueux. Il décèle au centre de la trame que la langue agit comme moteur sensoriel ; des mots pour subjuguer, pour tenir sous le sens unique, pour développer une troupe gagnée à un même argument. Il découvre que les ghettos, anti-thèses de Qodsabad et des autres villes de l'Abistan, ont certes l'apparence de la désolation, mais quand il s'y est introduit avec son ami Kao après moult péripéties, il a vu la liberté au milieu du dénuement, là où ‘'même les femmes'' circulent sans se cacher derrière des niqabs.
Le Système si parfaitement ficelé est truffé de failles et certaines sont même préservées au sein du Pouvoir. Taz, le frère d'un très haut dignitaire et donc intouchable, vit ainsi selon les ‘'termes anciens'', c'est-à-dire la civilisation d'avant la double catastrophe (une guerre nucléaire et un chamboulement climatique), et parle à Ati et Kao de livres et leur montre du mobilier, des ustensiles !
‘'Ne pas reconnaître les mêmes dieux que l'Etat''
Une rencontre qui n'est pas du tout fortuite car le Système est rusé. Le but est de faire d'Ati ‘'le cobaye d'une extraordinaire expérience de laboratoire'' où il s'intéresse en apparence à ‘'l'esprit de jugement et de révolte'' qui anime Ati, mais où il en use, en vérité, pour ourdir un complot dont le but est de détruire le clan au pouvoir et d'en amener un nouveau.
C'est là qu'Ati découvre que le Système est divisé en clans et que, peut-être paradoxalement, les hautes sphères ne manquent pas de libres-penseurs qui méprisent l'ordre établi mais dont l'intérêt est la continuité, qui entretiennent l'idée d'un ennemi mortel auquel il faut faire face mais se fournissent chez ce même ennemi en toutes sortes de technologies, dont des avions, des véhicules de toutes sortes, des centrales électriques présentes dans les seuls périmètres des nantis... C'est vers cet inconnu que les pensées d'Ati le portent en définitive.
Un ouvrage prenant, même si l'action est aux antipodes de sa conception actuelle (elle se passe en grande partie dans les esprits). Et s'il est clair que Boualem Sansal s'inspire largement du ‘'1984'' de George Orwell, c'est la nature du personnage principal qui laisse interrogateur. De fait, Ati semble aux antipodes de Winston Smith, le personnage principal de ‘'1984'' qui est devenu la métaphore de la victime innocente de la machination politique. Winston, employé du Ministère de la Vérité, dont le travail est de réécrire les documents historiques de telle manière qu'ils correspondent à la ligne du Parti qui change de jour en jour, finit comme un criminel par la pensée, mais surtout un ‘'malade'' que le Système se propose de guérir, et cette guérison passe par une complète rééducation. Car le crime de Winston est d'avoir une mémoire !
Ati ne peut donc être totalement Winston Smith alors qu'il nous rappelle avec insistance une figure emblématique universelle du questionnement ; Socrate lui-même.
Hoplite (fantassin grec) durant 3 campagnes militaires dans la guerre du Péloponnèse, son courage n'est pas uniquement militaire mais surtout politique. Prytane (sorte de consultant des institutions) dans la démocratie athénienne, enseignait ou, plus exactement, questionnait... en dérangeant tout le monde ! Résultat, 5 ans après la fin de la guerre du Péloponnèse, un procès pour impiété lui est intenté avec de bizarres chefs d'accusation : «ne pas reconnaître les mêmes dieux que l'Etat, [...] introduire des divinités nouvelles et [...] corrompre la jeunesse.''
Ati ne connut pas la même fin que Socrate mais s'est posé les mêmes questions.
L'ouvrage
‘'2084, la fin du monde'', 274p., mouture française
par Boualem Sansal
Editions Gallimard, 2015
Disponible à la Librairie al Kitab


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.