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Un soutien sans faille aux femmes victimes de violence
Centre d'écoute et d'orientation des Femmes victimes de violence (Ceofv)
Publié dans La Presse de Tunisie le 29 - 12 - 2017

L'Association tunisienne des femmes démocrates (Atfd) a organisé récemment une conférence de presse pour présenter une étude sur les données du Centre d'écoute et d'orientation des femmes victimes de violence (Ceofv).
Cette étude, qui se base sur le fruit d'une expérience de plus de vingt ans de prise en charge des femmes victimes de violence par le Ceofv, a été réalisée à partir de l'analyse des données de 2.561 dossiers.
C'est à la faveur des profonds changements induits par la révolution de 2010 –2011 que les données de l'enquête nationale sur les violences à l'égard des femmes en Tunisie dans l'espace privé (2010) ont pu voir le jour. Elles sont désormais connues et ont été publiquement diffusées. 47,6% des femmes, soit une femme sur deux, âgées entre 18 et 64 ans, ont été victimes au moins une fois dans leur vie d'une des multiples formes de violence exercée à l'encontre du genre féminin. Elle peut être physique, psychologique, sexuelle ou économique. Selon l'enquête, 53,5% l'ont subie dans l'espace public. Ces statistiques, encore peu connues du grand public et même des professionnels de première ligne, corroborent hélas ce sur quoi les féministes ont alerté de longue date et sur lequel elles ont tenté d'agir des années durant malgré l'isolement, le dénigrement, voire la répression.
Sociologie des violences
Les violences contre les femmes sont le résultat des rapports de pouvoir millénaires entre les sexes et constituent un fait social relevant du culturel, de l'économique, du politique, et de l'institutionnel. La place des femmes dans l'espace public comme dans l'espace privé est conditionnée en termes de rôles et de fonctions.
A partir de représentations stéréotypées, divisant les rôles et les statuts sociaux, les femmes sont considérées comme des personnes vulnérables et inférieures à l'homme et la violence continue d'être considérée comme une composante de la virilité à la fois dans sa face positive et valorisante (l'homme viril et puissant) et dans sa face répressive(le macho brutal et dominateur). Les traditions sociales et culturelles réduisent les libertés des femmes, contrôlent leur corps, marginalisent et stigmatisent celles qui transgressent les codes sociaux liés à l'espace privé/public.
Il n'y a pas si longtemps, les femmes, elles-mêmes, intériorisaient les rapports de pouvoir inégalitaires avec les hommes et avaient intégré les règles sociales du système patriarcal. L'impunité régnait, les différents types de violence étaient vécus dans le silence du pouvoir public, de la société et, celui des victimes elles-mêmes. Les agressions qu'elles subissaient et qui étaient normalisées par la société les rendaient inaptes à prendre des décisions d'une manière autonome.
Prévalence des
violences dans le couple
Les récents résultats de l'étude sur les archives du Centre d'écoute et d'orientation des femmes victimes de violence ont révélé que 70% des femmes victimes de violence qui se sont adressées au centre d'écoute sont des femmes mariées. Les célibataires représentent 14,5% des victimes fréquentant le centre d'écoute, 12,9% sont des femmes divorcées et les veuves sont classées en quatrième position avec un taux de 2,1%. Le taux de femmes «fiancées» est faible et inférieur à 1%. Le partenaire intime (époux) est le principal auteur des violences. Les célibataires, victimes de leurs partenaires, sont moins nombreuses pour plusieurs raisons. Si elles ne parlent pas, c'est souvent en raison de la culpabilisation qu'elles subissent.
Les violences morales ou psychologiques sont définies comme étant des insultes, des menaces et des humiliations. Selon l'étude, elles représentent la principale forme de violence subie par les femmes qui se sont adressées au centre d'écoute (75,2%).
La catégorie d'âge la plus touchée par les violences psychologique est celle des 30-39 ans. Les moins affectées par les agressions psychologiques sont les femmes qui ont dépassé les 50 ans. 99,5% des femmes mariées déclarent avoir subi une forme de violence psychologique avec une moyenne de fréquence qui atteint 83,5%. Les femmes célibataires et les femmes divorcées viennent en deuxième position avec un taux d'environ 60%.
Dépendance économique des femmes
Toujours selon les résultats de l'étude, 58,5% des femmes ont subi une ou plusieurs formes de violence économique. Les variables les plus significatives en ce qui concerne la violence économique sont le niveau d'instruction limité et l'activité économique. Les aides-familiales et les ouvrières sont les plus touchées par cette violence avec un taux qui dépasse les 65% pour les ouvrières. Ces dernières sont souvent contraintes de donner tout ce qu'elles gagnent à la fin du mois, soit à leur famille soit à leurs conjoints qui les y obligent par la menace. La situation vulnérable de cette catégorie est caractéristique.
La dépendance économique des femmes au foyer fait d'elles la deuxième catégorie ciblée par la violence économique. Le niveau d'instruction des victimes constitue une variable significative aussi. Moins les femmes sont instruites, plus elles sont victimes de violence économique. La victime se trouve piégée entre souffrances physique et morale, déstabilisations opérées par l'auteur qui souffle le chaud et le froid, culpabilisation, honte, promesses non tenues de ne plus être violentée. L'espace privé, intime, est ainsi le premier théâtre des scènes de violence multiformes. Les taux les plus élevés de toutes formes de violence (psychologique, physique, économique et sexuelle) sont subis par les victimes dans l'espace privé. Les récits des victimes de violence conjugale révèlent une véritable torture au quotidien et un taux élevé d'impunité.
La privation de l'héritage représente 4% des violences économiques. Elles ne sont généralement pas le fait du partenaire intime, mais des frères et/ou des enfants pour le cas des veuves. Il s'agit donc plus d'une violence familiale que d'une violence dans le couple.
Les conséquences de ces diverses formes d'agression (harcèlement sexuel au travail, violence exercée par le partenaire ou l'entourage familial...) peuvent générer des problèmes de santé physique et psychologique et détériorer la qualité de vie. Au niveau mondial, jusqu'à 38% des meurtres de femmes sont le fait de leur partenaire intime. Ces violences entraînent des problèmes de santé physique, mentale, sexuelle, reproductive chez les femmes victimes. Les violences contre les femmes sont considérées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un problème majeur de santé publique et de respect des droits humains fondamentaux.
Les conséquences des violences subies par les femmes prennent plusieurs formes et affectent la qualité de la vie sociale et économique ainsi que le bien-être et l'état de santé. Plus de 32% de femmes avouent subir des répercussions psychologiques qui sont la conséquence de la violence dont elles font l'objet au quotidien. Les effets économiques des violences subies viennent en troisième position avec un taux de 5,7%.
Impact sur la santé physique, mentale et reproductive
Ces violences ont un tel impact sur leur santé physique et psychique, qu'elles amènent les femmes qui ont un emploi à l'abandonner. Elles ne peuvent plus faire face à leur travail. C'est congé de maladie sur congé de maladie, jusqu'au congé sans soldes, jusqu'à l'abandon total du travail. «Moi je construis, lui il démolit», diront plusieurs femmes. Les femmes, qui décident de se séparer de leurs conjoints sont fragilisées sur les plans psychologique, physique et financier.
Leur premier recours est généralement les parents ou les personnes proches. Certaines familles tentent de protéger leurs filles, surtout celles victimes de violence conjugale, après avoir dans une première étape défendu l'auteur de violence et convaincu la fille de reprendre sa vie conjugale malgré les violences subies. Hanan dit à ce propos : «Mon père s'occupe des affaires juridiques... Ma mère essaye de me réconforter et de prendre soin de moi... D'ailleurs, ce sont eux qui m'ont encouragée pour venir ici et suivre des séances de thérapie».
Quant au cas de Samah (qui poursuit des soins médicaux depuis plus d'un an, après avoir être brûlée par son mari), elle est toujours escortée par un membre de sa famille, pour la protéger et l'aider à suivre l'état d'avancement de sa plainte. Traumatisée, elle est devenue dépendante de sa famille sur tous les plans. «...Grâce à ma famille et mes sœurs, j'essaye de dépasser la tragédie... Mon père est quelqu'un de très intègre et tolérant... il n'a jamais cru que je pouvais subir tout ça ! Il m'accompagne à chaque fois à l'hôpital... De plus, il assume les frais de l'avocat et des déplacements».
Approche médico-psychologique des violences
Les violences commises sur les femmes sont considérées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) comme un problème majeur de santé publique en raison de leur importante prévalence, de leurs graves conséquences sur la santé physique, mentale et sociale et aussi en raison de leur coût. Plusieurs études ont montré que quelle que soit la forme que peut prendre la violence (physique, verbale, sexuelle ou économique), elle constitue toujours un traumatisme qui déstabilise l'état physique et psychique des victimes et est susceptible d'engendrer différents troubles plus ou moins invalidants. Les conséquences sur la santé physique sont variables allant des blessures, ecchymoses, plaies, fractures, infections, avortement et peuvent dans des situations ultimes entraîner la mort.
Sur le plan psychiatrique aussi, les conséquences sont très variables : angoisse, inhibition, cauchemars, baisse de l'estime de soi, troubles des fonctions instinctuelles, dépression, état de stress post-traumatique, tentatives de suicide et suicide. L'objet spécifique de ce chapitre est d'étudier les répercussions des différents types de violences subies par les femmes qui se sont adressées à l'Atfd depuis 25 ans sur leur santé physique et mentale ou leur qualité de vie. L'analyse médico-psychologique s'est basée sur les résultats de l'analyse statistique de 1.960 dossiers de femmes ayant eu recours à l'Atfd entre 1992 et 2016. Des corrélations statistiques ont été recherchées entre les conséquences médico-psychologiques de la violence et les caractéristiques sociodémographiques de la victime.
Accompagnement juridique et professionnel
Cette étude porte, par ailleurs, sur le volet juridique des dossiers archivés du Centre d'écoute et d'orientation des femmes victimes de violences (Ceofv) à partir des données disponibles dans chaque dossier. Le Centre dispense une orientation et un accompagnement juridiques fondés sur une approche féministe de solidarité avec ces femmes et de renforcement de leurs capacités à combattre les violences et à protéger leurs droits devant les juridictions.
L'étude s'est notamment intéressée à l'aspect juridique spécifique aux femmes victimes de violence accueillies dans le centre quelle que soit la typologie des violences subies : physique, psychologique, sexiste, économique et/ou politique en fonction des données mentionnées dans les dossiers de ces femmes.
La relation avec la femme victime de violence ne se limite pas à obtenir des informations d'ordre technique ou procédurale à partir des réponses de la victime. Il s'agit plutôt d'une stratégie concertée basée sur le choix de soutenir la femme afin qu'elle puisse s'en sortir et comprendre qu'elle n'est pas seule dans son calvaire et que d'autres femmes sont là pour lui apporter un bien-être psychique dont elle a fortement besoin et pour qu'elle puisse se protéger et défendre ses droits.
En plus de l'orientation juridique consistant à informer les femmes victimes de violence sur leurs droits, l'orientation solidaire, un des principaux concepts mis en place par le Centre d'orientation et d'écoute pour les femmes victimes de violence, est le seul moyen de les sortir du sentiment de culpabilité et de la solitude dont elles ne sont pour autant pas responsables. La qualification de l'orientation juridique de professionnelle est aussi importante que l'orientation solidaire puisque les informations données à la FVV doivent permettre la connaissance de toutes les modalités techniques et procédurales qui permettent d'aboutir aux preuves nécessaires à la condamnation de l'agresseur, d'un côté et, à la protection des droits de la victime, d'un autre côté.
Un des dossiers qui a été examiné dans le cadre de cette étude est celui de S.R., une femme mariée, enceinte de 8 mois. Son mari la brûle au niveau de la cuisse avec des cigarettes. Elle porte plainte immédiatement après l'agression et les marques de brûlures sur son corps ont été constatées par les officiers au commissariat de police. Elle consulte, ensuite, un médecin et obtient un certificat médical lui administrant un repos de 15 jours. Le parquet considère qu'il s'agit d'un délit et défère l'agresseur devant le tribunal cantonal. L'auteur des faits écope un mois de prison par contumace.
Ce dernier fait opposition et obtient que l'affaire soit revue de nouveau devant le tribunal. Lors du recours en opposition, l'Atfd désigne une avocate qui demande que sa cliente soit auscultée par un médecin-légiste pour déterminer le taux d'incapacité. Le docteur H.Z a estimé que «les brûlures sur le corps de la plaignante ne peuvent être le fait d'autrui» et par conséquent, «... il n'y a pas lieu à un taux d'incapacité». Se basant sur cette expertise étrange, un non-lieu a été rendu par le tribunal.
Il ressort ainsi de l'étude de ce cas que le traitement accordé à l'orientation et à l'accompagnement judiciaire des femmes victimes de violences était entaché pendant plusieurs années de diverses défaillances et butait sur plusieurs obstacles qui trouvent leur origine dans l'absence jusqu'en 2017 d'une loi intégrale pour prévenir les violences et protéger les femmes qui en sont victimes.


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