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L'art pour maîtriser la douleur du monde
La Presse Femme : Femme et création littéraire et artistique - Sonia Chemkhi (scénariste, réalisatrice et écrivaine)
Publié dans La Presse de Tunisie le 22 - 10 - 2010

Il y a quelques années, Sonia Chemkhi faisait une entrée retentissante sur la scène culturelle et artistique tunisienne. Docteur Es-Lettres (Paris-Panthéon-Sorbonne en cinéma, audiovisuel et télévision), elle enseigne le design image et la pratique audiovisuelle à l'Institut supérieur des beaux-arts de Tunis. Elle a d'abord suivi, audit institut une formation pratique de design graphique conclue en 1991 par l'obtention du diplôme national en art et communication. Au gré d'un parcours épatant, son séjour dans la capitale des Lumières jusqu'à 1997 lui a permis de suivre à Paris IV, une formation pratique d'une année consacrée à l'écriture du scénario et à la réalisation vidéo et d'entreprendre des recherches théoriques à Paris I, couronnées par l'obtention du doctorat en arts et techniques des arts (cinéma, audiovisuel, télévision).
Avec ses courts et longs métrages, ses essais et un roman-fleuve, elle confirme un talent rare, qui n'est donné qu'à ceux qui savent contempler par une fenêtre donnant sur l'infini de la mer. Ses œuvres, les plus phares et non moins touchantes, se situent à mi-chemin entre captation du réel et imagination. Au fond, la mémoire elle-même tient lieu de «documenteur». En filmant ou encore en écrivant, Sonia Chemkhi puise dans les rites et l'originalité d'un vécu. En perpétuelle partance entre jadis et aujourd'hui, elle prolonge sans doute ses interrogations initiales, teintées d'un brin de psychanalyse. Elle y donne libre cours aux associations d'idées qui la traversent entre découverte de soi et quête du souvenir et de l'autre dans ses impulsions les plus intimes. Au final ses œuvres où elle donne généreusement d'elle-même, se définissent comme un regard amoureux que porte Sonia Chemkhi sur le monde. Rencontre avec un talent prometteur et une artiste surprenante à bien des égards:
Notre rencontre:
Sur le macadam de l'avenue Habib-Bourguiba, juste en face du Théâtre municipal de la ville de Tunis, l'artiste a mêlé passé et présent, évoquant, une enfance aux couleurs incandescentes et un parcours impressionnant. Sur un ton nostalgique, elle s'est courtoisement dévoilée à La Presse:
Votre actualité?
Je prépare mon premier long métrage de fiction intitulé Aziz Rouhou (L'orgueilleux) (production Digimage). Sinon, je m'occupe à faire découvrir mon dernier documentaire L'art du mezoued qui sera projeté à la session actuelle des JCC, et présenté dans les autres festivals nationaux et internationaux. Et pour un future proche, je travaille avec mon éditrice à la parution de mon second roman La seconde chance.
Parlez-nous de votre parcours en quelques mots:
Mon premier scénario de Chambre sans vues réalisé par Mounir Baâziz en 2000, je l'ai écrit en 1998, juste à mon retour de Paris où j'ai obtenu mon diplôme d'écriture de scénario, de réalisation vidéo et mon doctorat en sciences et techniques des arts (cinéma, télévision, vidéo). Mon premier livre, Cinéma Tunisien Nouveau/ Parcours Autres, prix de la recherche scientifique attribué par le Credif en 2003, a révélé mes capacités de chercheur mais a également créé des amalgames: en étant chercheur académique pouvais-je être une artiste? J'avais également un diplôme national d'études pratiques de design image (obtenu aux beaux-arts de Tunis) mais apparemment, il était difficile d'admettre que la connaissance théorique n'empêchait en rien la connaissance pratique et la sensibilité artistique. Aussi, ce n'est pas rien pour moi d'être parvenue, douze ans plus tard, à convaincre les plus sceptiques! J'ai, durant cette longue période, en plus de la participation à l'adaptation de quelques longs métrages tunisiens, écrit cinq films: deux que j'ai également co-réalisés et trois que j'ai réalisés seule. Ces films ont participé aux compétitions internationales des festivals africains, arabes et européens ( JCC, Fespaco, Fifal,  Montpellier, Dubaï, Fiff de Créteil,  Lumières d'Afrique de Besançon, Africa In Motion Edimbourg, Tous Ecrans de Genève....) et mon dernier court métrage Borderline a été diffusé par TV5 Monde.. Quant à Leïla où la femme de l'aube, il a été distingué par le prix Comar du premier roman, celui de Zoubeïda B'Chir de la Création littéraire féminine et de la Mention spéciale du jury Noma de l'édition africaine. J'ai souvent dit pour ne pas me prendre au sérieux que j'ai beaucoup de chance, c'est vrai, mais j'ajouterai que c'est une chance méritée car faite de beaucoup de travail, d'investissement et d'engagement. Ma plus grande satisfaction? Dire à mes étudiant (e)s que dans mon pays, on peut mener une carrière  professionnelle  accomplie par le seul mérite, que ça prend du temps, mais que c'est possible...
A l'origine d'un parcours étincelant, il y a certes des sacrifices et une volonté qui ne bat point de l'aile, mais aussi des choix politiques judicieux élevant la femme au rang de partenaire à part entière de l'homme dans l'œuvre de développement dans toutes ses acceptions, qu'en diriez-vous? Autrement dit, quel regard portez-vous sur l'évolution de la condition de la femme tunisienne?
Assurément, un regard approbateur et vigilant. Je suis, à l'instar de la grande majorité des femmes tunisiennes, fière de vivre dans le seul pays arabe et musulman qui accorde aux femmes quasiment les mêmes droits que les hommes. Des conditions de vie dignes et aisées que nous devons certainement à l'approche avant-gardiste et prospective du Président Ben Ali quant à sa politique sociale humaniste. Le statut actuel de la femme tunisienne est, à l'évidence, un acquis historique extrêmement précieux et exemplaire. Mais ô combien rassurant et subjuguant de réaliser que l'on a vraiment réussi à jeter les fondements d'une société tournée vers l'avenir et débarrassée des vestiges de l'obscurantisme et de l'ignorance. Dans ce sens, il faut dire et redire que l'avenir semble, à forte raison, aussi radieux que prometteur.
Quel est votre rapport aux mots, aux idées?
Dans votre question j'entends mots et maux! Pour les premiers, j'ai un rapport poétique, les mots pour moi nomment le réel pour le révéler, mais également pour le métamorphoser, le ré-inventer et le transformer. J'écris pour cet homme et cette femme tunisienne Nouveau/ Nouvelle, en devenir, qui saisit son passé, son présent pour forger un avenir plus juste, plus démocratique, plus humain et plus ouvert à l'Autre, à l'Universel. Quant aux maux? Qui ne connaît la douleur, qui peut s'en prémunir?
Mais cette douleur, composante essentielle de l'existence de chacun, pour ma part, je la transcende pour qu'elle ne soit jamais source de ressentiment et d'aigreur mais au contraire de dépassement de soi et d'humilité… Les idées? Je préserve ma liberté d'en disposer, je suis anti-dogme, mon expérience de vie forge mes jugements et mes valeurs et je suis, tous les jours, capable de remettre en question ce que je crois être une vérité... Je  m'identifie à la terre qui, pour s'épanouir, reçoit l'eau, je crois que la force n'est pas uniquement agissante, elle peut être aussi passive: une disponibilité à recevoir, à pâtir...Ma devise: l'ouverture de l'esprit et le libre arbitre.
En réalisant que l'artiste d'aujourd'hui n'est autre que l'enfant d'autrefois, dans quelle mesure votre enfance a-t-elle préparé votre parcours d'auteure et de réalisatrice?
Mon enfance correspond à une période culturelle très féconde en Tunisie où les maisons de culture, les cinéclubs, le sport et le théâtre scolaire fleurissaient un peu partout et j'ai pleinement profité de l'engagement de toute une génération de bénévoles et de passionnés qui avaient à cœur de passer la flamme aux enfants et/ou adolescents que nous étions. Pour ma part, j'ai été au cinéclub pour enfants de Carthage à cinq ans, avant même d'être inscrite à l'école primaire! C'est qu'en plus de ce climat culturel des plus favorables, je suis la benjamine d'une famille de six enfants: mes sœurs et mon frère avaient eux aussi été initiés très jeunes; le chemin était en quelque sorte balisé. J'ai évolué dans une famille où les grandes distractions étaient le livre, le film et le sport. J'ai lu les livres de mes aînés (sourire) et j'ai aussi pratiqué le volley-ball au club de la Marsa jusqu'à l'année du baccalauréat! Mais incontestablement le livre et le cinéma me passionnaient davantage, à quinze ans j'ai rejoint le club Jeunes La Presse et à dix huit-ans, j'ai entamé mon premier stage de cinéma sur des documentaires produits par feu Ahmed Attia, Paix à son âme...
En un mot, tout est question d'initiation et celui qui sème, récolte.
Le chef-d'œuvre de la littérature qui vous tombe des mains?
Le rouge et le noir d'Henri Stendhal.
Votre slogan de tous les jours?
Il n'y a que les grandes passions qui puissent élever l'âme aux grandes choses. Sinon, l'art est une maîtrise de la douleur par la beauté.


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