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Dix-neuf forages pour atténuer le déficit de cette année
Entretien avec M. Abdallah Rebhi, Secrétaire d'Etat chargé des ressources hydrauliques et de la pêche
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 06 - 2018

La Tunisie vit depuis des années un stress hydrique qui s'est aggravé à cause des changements climatiques qui se sont traduits par des années de sécheresse et une répartition inégale des pluies dans les régions. Les cycles de sécheresse d'une durée de trois ou quatre ans sont, en réalité, vécus d'une façon régulière depuis la nuit des temps. Des efforts sont déployés par le ministère de tutelle pour endiguer ce manque de pluviométrie à travers plusieurs projets comme ceux qui concernent le dessalement de l'eau de mer, le forage des puits et l'édification de barrages. Un intérêt est également donné à l'optimisation de l'utilisation de cette ressource vitale en invitant les consommateurs à faire un bon usage de l'eau et à l'économiser. M. Abdallah Rebhi, secrétaire d'Etat chargé des ressources hydrauliques, nous parle davantage de la stratégie arrêtée par l'Etat d'ici à 2050 en matière d'eau.
Comment se présente la situation hydrique en Tunisie ?
On peut dire que le remplissage des barrages est à 906,944 millions de m3 alors que leur capacité totale est de 1 milliard 700 m3. Les chiffres arrêtés au 20 juin 2018 montrent un déficit de 132 millions de m3. Le cycle de sécheresse revient en Tunisie toutes les trois années depuis longtemps. Le taux de recharge est de 30%. Au barrage Hma, ce taux n'est que de 8% ainsi qu'à celui de Sidi Saâd et celui de Haouareb de 0%. A part les barrages situés à l'extrême nord, les autres n'ont pas été bien approvisionnés. Le niveau total des barrages du nord est de 795,201 millions de m3 alors que celui des barrages du Centre-Est de 82,074 millions de m3 et au Cap Bon le niveau total est de 29,669 millions de m3. Les apports sont de 977,052 millions de m3 du 1er septembre 2017 au 19 juin 2018, alors que la moyenne générale est de 1 milliard 605 m3. La Tunisie fait partie des pays où la sécheresse est cyclique selon les chiffres de l'ONU. Plusieurs barrages connaissent un déficit important, ce qui nous amène à dire que cette année est très difficile mais nous avons pris les dispositions nécessaires pour passer cette période sans problème. Le transfert de l'eau d'un barrage par le pompage est très coûteux. Malgré la sécheresse, on n'a pas eu recours au rationnement de l'eau. Le manque de pluviométrie constitue un problème mondial. La priorité est toujours donnée à l'eau potable pour la boisson, mais on peut réduire les quantités destinées aux cultures irriguées. En conclusion, on peut dire que la situation hydrique est difficile depuis trois ans, mais on s'y est préparé grâce aux eaux superficielles et profondes ainsi qu'aux réserves des barrages du nord pour permettre à l'eau de passer par Jendouba, Béja, le Grand-Tunis et Sfax. Une pression est constatée dans l'axe Nebhana-Tunis avec un déficit de 600 litres/seconde, soit une situation qui ressemble à celle de l'année dernière. L'axe Medjerda-Le Cap Bon est en saturation, mais le problème sera résolu à ce niveau. Plusieurs projets sont prévus pour pallier cette situation. Pas de problème constaté au niveau du barrage Saida-Sousse. il faut distinguer entre une sécheresse hydrologique et une sécheresse pluviométrique qui se caractérise par un manque de pluies et une mauvaise répartition. Nous effectuons des forages profonds sur toute l'année pour pallier le déficit de 600 litres/seconde précités. Ainsi, 19 forages profonds sont effectués pour disposer d'un débit de 609 litres/seconde.
Quelle est la stratégie adoptée par la Tunisie pour faire face au déficit hydrique ?
D'une façon générale, on a arrêté une stratégie hydraulique à l'horizon 2050. L'étude, d'un coût de 10 MD, est en cours d'élaboration. On peut parler de sécheresse quand les apports sont de moins de 60%. La Tunisie a élaboré plusieurs stratégies depuis l'indépendance, soit une chaque décennie. L'une de ces stratégies a concerné l'horizon 2030. Un nouveau concept est adopté pour équilibrer l'offre et la demande. La mobilisation des ressources hydriques conventionnelles a atteint les 92%. On exploite aussi les eaux de surface et profondes. Les foyers peuvent mobiliser l'eau dans les majen comme c'était le cas par le passé, ce qui permettrait d'alléger la facture d'eau. Un décret a été d'ailleurs promulgué pour inciter le ministère de l'Habitat et de l'Equipement à aménager ce type de collecteur d'eau dans les nouvelles constructions. On peut utiliser aussi les eaux usées et épurées dont l'exploitation actuelle ne dépasse pas les 20%. Il est nécessaire de valoriser cette eau particulièrement dans l'irrigation. La stratégie future se base aussi sur la bonne gouvernance, l'économie d'eau, le changement de comportement des consommateurs, une politique tarifaire adéquate. Il faut absolument arrêter le gaspillage de l'eau dans les foyers et les administrations. Sachant que le coût du dessalement de l'eau revient à 3 ou 4 dinars le litre pour être vendu à 200 millimes. Ce choix est dicté par la politique sociale de l'Etat. En résumé, ladite stratégie est axée sur la préservation, la valorisation et la diversification des ressources en eau. On doit profiter de chaque goutte d'eau et l'utiliser dans un domaine donné. Les besoins des habitants ont quadruplé. L'agriculture consomme, à elle seule, 80% de nos ressources. L'eau constitue l'or bleu et les besoins de l'homme en eau sont en moyenne de 300 litres consommés d'une façon directe et indirecte, c'est-à-dire pour les plantations, l'élevage (les produits fourragers), le pain, etc.
Quels sont les projets de dessalement prévus à l'avenir ?
Le projet de dessalement de Djerba est achevé depuis le 2 mai avec un coût de plus de 160 MD ce qui revient à 3 ou 4 dinars le litre commercialisé à 200 millimes. Il est prévu aussi de construire une station à Sousse qui sera fin prête au terme de 2019 avec un coût de 140 MD. Quant à la station d'envergure de Sfax de 1.000 MD est en cours d'appel d'offres. Sa capacité est de 100.000 m3 extensibles à 200.000 m3. Le dossier de la station de Zarat à Gabès est traité par la commission des marchés. Le début des travaux est prévu pour la fin 2018 avec un coût de 180 D. Quant à la station de Kerkennah d'un coût de 26 MD pour une capacité de 6.000 m3/jour, elle est destinée à combler le déficit à moyen terme. L'eau dessalée est de bonne qualité avec une salinité de 0.3% conformément aux normes en vigueur de l'Organisation mondiale de la santé. Grâce à ces projets, la salinisation de l'eau sera réduite dans plusieurs régions du sud comme Gabès, Zarat, Djerba et tout le sud-ouest. Des forages profonds ont été réalisés dans le centre et le sud pour combler le déficit.
Le forage des puits constitue-t-il une bonne solution pour approvisionner les populations de l'intérieur en eau ?
Dans le centre et le sud 990 forages profonds sont réalisés. Ces ressources renforcent l'offre en ressources hydriques, notamment pour les régions qui sont en déficit. Mais il faut préserver ces ressources, d'autant plus que le réseau fait l'objet, parfois, d'agressions et de vandalisme. On note également le forage, en 2018, de 87 puits. On travaille sur la bonne exploitation de ces ressources en évitant la surexploitation.
Qu'en est-il de l'interconnexion des barrages ?
Si on a réussi dans le domaine hydraulique, c'est grâce à la politique menée par la Tunisie et qui se base sur la construction et l'interconnexion des barrages. Ainsi, la bassin versant de Medjerda est lié au nord qui est relié aussi au centre. Dans le futur, on va faire deux autres interconnexions pour lier l'extrême nord au centre, y compris Kairouan et Sidi Bouzid et le Nord au Sahel et Sidi Bouzid. Nous avons opté, en outre, pour une gestion intégrée de toutes les ressources. A noter que les études relatives à l'interconnexion de l'extrême nord au centre ont été déjà achevées.
Quel est le programme de construction de barrages ?
Nous avons 41 barrages et 3 sont en construction, à savoir ceux de Douamis à Bizerte, Mellègue Aloui au Kef qui sera prêt fin 2019. L'appel d'offres est lancé pour le barrage de Saâda à La Manouba. Cinq autres barrages seront lancés, à savoir Khalled à Béja, Raghay à Ghardimaou, Tata qui se croise entre Jendouba et Siliana. Les barrages permettent la mobilisation des eaux pluviales pour les utiliser dans différents domaines, y compris l'agriculture qui a besoin de ces ressources tout au long de l'année.
Les perspectives du secteur de l'eau d'ici à l'an 2050 ?
Il faut avoir une visibilité d'ici à cette échéance et nous avons cette vision. Il est nécessaire aussi d'assurer une gestion optimale et intégrée de l'eau. Le changement de comportement des consommateurs s'avère déterminant. On ne doit pas penser que la Tunisie est riche en eau. D'ici à l'horizon 2050, on va bien résister aux changements climatiques grâce aux actions prévues dans la stratégie arrêtée. Après l'indépendance, un dispositif a été mis en place pour mobiliser les ressources hydriques. Il faut agir sur les pertes d'eau, l'utilisation, le dessalement. On connaît nos besoins futurs ainsi que les contraintes des changements climatiques. Les interconnexions sont également nécessaires comme celle de Béni Metir-Mellègue. Mais on ne peut pas dire que tout est rose, des problèmes persistent et on travaille pour les traiter. Nous recevons régulièrement un rapport sur les points noirs dans le réseau d'eau que nous essayons de résoudre en contactant les services concernés pour intervenir. Dans ce secteur, il faut investir et valoriser l'eau.


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