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«L'art doit être à la hauteur de l'événement !»
Interview : Chawki Mejri ( cinéaste) :
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 01 - 2011

Chawki Méjri, notre "revanche" tunisienne sur les fictions orientales, était loin quand la révolution a éclaté chez nous, en Tunisie. Après moult péripéties dans les aéroports du Caire, Amman et Damas, il arrive enfin à rejoindre les siens et à se mêler à la foule de notre révolution populaire, deux jours après la chute du dictateur. Il a déjà fini le montage de son premier long métrage Le royaume des fourmis, réalisé avec beaucoup d'efforts et malgré tant d'embuscades et d'embuches. Il prépare actuellement un nouveau feuilleton Tawk (collier), une super production dont plus de 80% sera tournée en Tunisie.
Pour ce cinéaste qu'on ne présente plus dans le monde arabe, les débuts n'étaient pas faciles encore moins évidentes. Après de grandes études de cinéma dans une des écoles les plus prestigieuses d'Europe (Lotdz en Pologne) celle qui a formé, entre autre, Roman Polanski, le retour au pays n'a pas été conforme à ses espérances. Un retour cahoteux et semé d'embuches et d'obstacles. Les Syriens font appel à lui pour un coup d'essai qu'il réussit. De retour à Tunis, il réalise un documentaire «Clef de sol» qui devait rester trois ans en boîte, faute de visa de la commission. Il reprend le chemin de Damas et renoue avec les feuilletons.
«Tej min chouk», «Ikwatou et' tourab», « El Arwahou El Mouhajira», «Omar El Khayam», «Tarik ElWaer», «Abnaou Errachid», «El Ijtiyah», «Ismahane», «Houdou Nessbi»… et enfin un long métrage Le royaume des fourmis. Mais au-delà de cela, Chawki Mejri est un citoyen tunisien qui est en plein exercice de sa citoyenneté.
C'est entre deux rencontres, un sit-in et une manif, qu'il nous a révélé ses sentiments, sa joie et ses craintes.
Comment avez-vous vécu les premiers jours de la révolution tunisienne ?
Quand on est loin de son pays, le sentiment d'inquiétude est amplifié, et cette fois-ci je sentais que quelque chose d'important allait arriver. Je ne pouvais pas rester loin de mon pays et j'ai tout fais pour être ici. Mes bagages étaient pliés depuis le 13 janvier, bien que je soupçonnais qu'il était difficile de voyager. j'ai essayé via Damas puis le Caire et je n'ai pu venir que par Amman, le 16 janvier. Tunis était vraiment différente!
Quelle a été votre première impression ?
En arrivant, j'ai pris conscience de l'ampleur de cette révolution et mon téléphone n'a pas arrêté de sonner. Des amis m'appelaient de partout et je recevais des messages de soutien. Notre révolution est un exemple unique dans le monde arabe et je pense qu'elle fera tâche d'huile, pour la simple raison que c'est une révolution populaire et pas du tout orientée.
Mais, d'abord, pourquoi avez-vous quitté la Tunisie, et pourquoi la Syrie?
Ce n'était pas planifié. Au départ, je suis parti en Syrie pour un court séjour et pour faire un feuilleton «la couronne d'épines» (Tej min chouk). C'était une occasion pour moi de travailler, même si c'était pour la télé. Ma situation chez moi n'était pas confortable, cela faisait déjà deux ans et demi que j'étais au chômage, c'est-à-dire depuis mon retour de Pologne. En plus, après une longue et rigoureuse formation à l'Ecole de Lodz, je me suis senti vraiment frustré de ne rien faire, alors que je me sentais tout à fait prêt à tourner et à produire. Ce départ momentané pour la Syrie est devenu pratiquement définitif, et j'étais séduit par la télé, mais surtout par cette possibilité qui s'offrait à moi de faire de la fiction télévisée à ma manière. Aujourd'hui, je réalise que c'est un long parcours de plus de 11 feuilletons.
De la fiction historique, vous êtes passé à des projets moins consensuels …
Fictions historiques, mais aussi la Palestine et l'Irak qui étaient pour lui des urgences. Le défi de faire des dramatiques à la télé autour de ces thématiques là et de convaincre producteurs et chaînes de télé de ces projets pour les grilles de Ramadan. Dans toutes ces fictions, ce qui m'intéressait le plus, c'était le traitement humain à l'intérieur d'un propos qui peut paraître politique ou politisé. Je suis contre le discours direct dans l'art.
Vous ne pensez toujours pas à faire des fictions en Tunisie ?
Avant mon départ et même pendant mon séjour en Syrie, j'avais énormément de projets que je voulais monter en Tunisie, mais non seulement l'environnement politique n'était pas propice, mais la politique culturelle (surtout) l'était encore moins.
Aujourd'hui, les gens dans la rue me demandent à quand un film sur la Tunisie ? En effet, pourquoi pas! Seulement je suis un cinéaste de fiction; je ne m'inscris pas dans l'urgence, voire dans la précipitation. D'ailleurs depuis la date historique du 14 janvier, les événements n'ont pas cessé de se précipiter. Moi, en tant que simple citoyen, je me retrouve au cœur d'une période tumultueuse que je dois intérioriser. Je n'ai pas cette envie pressante de prendre la caméra et de filmer à l'arrachée ce qui se passe. Je vis les choses comme tout citoyen, j'observe et je participe à tout débat. Il m'est très difficile de parler de ce qui se passe autour de moi. J'emmagasine… et ce cumul de sensations et de sentiments sortira, sûrement, en temps voulu.
Qu'en est-il de vos projets, alors ?
J'ai plein de projets que j'avais déjà proposés, il y a longtemps sur Ali Ben Ghedahem, ou encore «la geste hilalienne». Mais aujourd'hui, j'ai un grand projet en prévision qui est une fiction sur «Hannibal», selon notre propre point de vue. Il est temps pour nous de fabriquer nos propres images et d'écrire notre histoire nous-mêmes, pour que notre point de vue existe, en somme.
Comment voyez-vous les choses, maintenant que notre pays et en mutation ?
Ce qui s'est passé est extraordinaire et l'art qui en parlera doit être à la hauteur de l'événement.
A peine dans les premiers pas de la reconstruction, il y a quelque chose qui a attiré mon attention, c'est cette envie pressante et immédiate de faire le procès des uns et des autres. Je crois que nous devons d'abord nous calmer et prendre du recul. On verra par la suite. Il faut être vigilant pour ne pas tomber dans les réflexes de haine, le désir de vengeance, les pratiques d'exclusion et de chasse aux sorcières propres à l'ancien pouvoir. Cela, à mon avis, ne peut que traduire le sentiment de frustration de l'élite qui était à la traine de cette révolution menée par le peuple. Une autre question se pose pour moi, concernant le politique qui ne doit pas prendre le dessus sur l'artistique dans nos créations, l'art n'est pas une réaction; il est sagesse, connaissances et effort intellectuel.


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