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Lexique révolutionnaire à l'usage du Premier ministre : Lexique révolutionnaire à l'usage du Premier ministre :
OPINIONS
Publié dans La Presse de Tunisie le 17 - 02 - 2011


Par Yassine Essid
Les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille (on leur donne), plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout. La Boétie, Discours
«Les Abipones, par une coutume reçue de leurs ancêtres, font tout à leur gré et non à celui de leur cacique. Moi, je les dirige, mais je ne pourrais porter préjudice à aucun des miens sans me porter préjudice à moi-même ; si j'utilisais les ordres ou la force avec mes compagnons, aussitôt ils me tourneraient le dos. Je préfère être aimé et non craint d'eux.» Alaykin, chef de guerre d'une tribu abipone du Chaco argentin
Bien avant que le peuple vitupérant ne se retire des grandes artères de Tunis pour les céder à la frénésie du quotidien et avant que sa colère et ses slogans n'aillent alimenter les programmes des micro-instances de récupération de la révolution populaire abusivement qualifiées de partis, que déjà fusent de toutes parts  les candidatures pour succéder à Ben Ali. Certains revendiquant leur légitimité par leur résistance active, à l'intérieur du pays ou dans l'exil, contre la répression implacable de la police du régime défunt. D'autres trouvent dans leurs dons de prophétie une raison valable pour briguer ardemment cette magistrature. Reste enfin ceux qui, peu visibles en cette période, ne manqueront pas, le moment venu, de faire référence à leurs états de service sous le règne du dictateur déchu.
Le peuple tunisien, étant, reconnaissons-le, aussi prompt à fabriquer des idoles qu'à les chasser du pouvoir, une réflexion sur la nature de la magistrature suprême est plus que jamais nécessaire dans le contexte qui frise le nihilisme politique qui s'est emparé de toutes les classes sociales où l'on n'admet plus aucune contrainte, où l'on enfreint toutes les lois, où l'on refuse toute autorité, où l'on désavoue chaque décision, où l'on conteste chaque nomination, où l'on rejette toute hiérarchie…au nom du pouvoir du peuple.
Alors que faire pour que dans l'avenir les pouvoirs conférés par la Constitution tunisienne au chef de l'Etat ne deviennent exorbitants ? Que faire pour que de za'îm, leader charismatique, Combattant suprême, et autre artisan du changement, le Père de la nation n'achève sa carrière stigmatisé par les sobriquets désobligeants et injurieux? Que faire enfin pour empêcher, une fois le nouveau président élu, le retour au favoritisme, au népotisme, aux privilèges outranciers de la famille, aux passe-droits des courtisans, à l'enrichissement personnel, aux exactions de toutes sortes contre la population et les violations des droits des citoyens. Bref, tout ce qui semble aller de pair avec la fonction présidentielle dans les pays du tiers monde. Tout ce qu'engendre l'exercice d'une machine de coercition censée au départ servir les intérêts du peuple mais qui finit souvent par agir contre le peuple. C'est pourquoi on aurait tort, à mon avis, de juger cette pression de la rue comme une exaspérante et excessive surenchère entre le peuple et ses gouvernants provisoires, où tout le monde veut tout et son contraire, tout et tout de suite, mais comme un épisode à la mesure de l'événement où toutes les composantes du peuple tunisien ont basculé d'un état de servitude à une société de liberté dans laquelle tout est devenu désormais possible jusqu'à l'absurde puisqu'on est arrivé à scander dans certaines manifestations d'ouvriers du bâtiment au chômage la négation de l'entrepreneur, pourtant seul pourvoyeur d'emplois ! (de l'eau et du pain, mais de l'entrepreneur point !).
Le ver étant dans le fruit et le mal terré au sein même de tout pouvoir politique, cet instrument de domination et d'assujettissement qui porte en lui les éléments d'une dérive autoritaire dont avaient fait les frais les Tunisiens pendant plus d'un demi-siècle, il est urgent, avant que le projet de réforme constitutionnelle ne soit adopté, de concevoir pour l'avenir un nouveau modèle d'exécutif dans lequel les pouvoirs et les prérogatives conférés à la plus haute instance de l'Etat seraient non pas seulement limités mais carrément neutralisés. Une telle réforme réduira considérablement ce déchaînement que l'on observe dans la course à cette fonction par ceux qui ne manqueraient pas, aussitôt au pouvoir, de berner une fois de plus le peuple par des promesses de liberté, d'égalité, de bonheur et de prospérité généralisée, comme ce fut le cas autrefois avec le discours du 7 novembre, d'abord progressivement trahi, pour être ensuite carrément enterré.
En attendant, appel est fait au peuple pour qu'il mette fin à cette vaine focalisation sur la composition du gouvernement provisoire, pour se projeter plutôt dans l'avenir en réfléchissant sur la façon de concilier les pleins pouvoirs désormais entre ses mains avec ceux qui seront conférés au futur chef de l'Etat. Car dans la mesure où on n'arrivera pas à briser définitivement le carcan de la domination, qui veut que tout candidat à la présidence serait un despote en puissance, il est illusoire de réformer la fonction présidentielle en invoquant les différents modèles de gouvernements constitutionnels tels que définis dans les manuels de philosophie politique, mais d'engager la réflexion en puisant notre inspiration du côté de l'anthropologie politique, dans l'organisation des communautés primitives, appelées depuis peuples premiers désormais reconnus pour leur puissant esprit de créativité et leur profonde sagesse, seule capable aujourd'hui de nourrir une réflexion politique sur la destinée de nos propres sociétés.
En effet, pourquoi faire de l'Etat et du chef de l'Etat notre sort inéluctable du moment que le pouvoir est au peuple et que l'on peut s'engager dans une histoire en sens inverse qui partirait cette fois de la civilisation vers la «sauvagerie». On aura ainsi, à l'instar des chefferies indiennes décrites pas P. Clastres, un chef d'Etat qui n'aurait que des devoirs et un peu de prestige, qui ne disposera d'aucune autorité, d'aucun pouvoir de coercition, d'aucun moyen de donner un ordre et le peuple ne sera redevable envers lui d'aucun devoir d'allégeance. En somme, une société qui aurait tout pouvoir sur son chef. Précisément, le contraire de ce qui se passe dans nos sociétés. Notre futur chef d'Etat serait donc celui qui doit obéir au lieu de commander, qui ne pourra pas imposer sa volonté au peuple.
Les futures fonctions du chef de l'Etat n'étant plus désormais des fonctions d'autorité, étant une figure du pouvoir et non le représentant du pouvoir, il sera essentiellement chargé de dénouer les conflits en ne disposant à cet effet que du seul prestige que lui reconnaît la société.
Quant aux moyens qu'il détient pour accomplir sa tâche de pacificateur, ils se limitent à l'usage exclusif de la parole, que l'on n'est même pas tenu d'écouter et qui n'a pas force loi. On lui demandera de faire des discours, autrement dit de parler pour ne rien dire, et surtout de dire ce que veut entendre le peuple, d'en être le porte-parole puisque dans le cadre du pouvoir du peuple, dans cet état de cacophonie permanente où tout le monde parle à la fois et où on ne s'entend plus parler, il faudrait un habile orateur pour dénouer les conflits.
C'est aussi celui qui ne pourra plus dire, comme le clan Ben Ali, «ce qui est à vous est à moi», car il doit travailler plus que les autres et ne pourra rien posséder puisqu'il aura l'obligation d'être généreux, de faire constamment des présents. Des règles contraignantes lui interdiront de s'enrichir sur le dos du peuple et le ferait-il qu'on viendra le dépouiller de ses biens accumulés.
A quoi le peuple estime-t-il que telle personnalité est digne d'être un président ? A sa seule qualité de tribun qu'il ne laissera jamais se transformer en instrument de coercition. C'est pourquoi il sera impossible de renverser ce rapport à son profit, de mettre le peuple à son propre service, d'exercer ce que l'on nomme le pouvoir. Jamais le peuple ne tolèrera qu'il se transforme en despote.
Vous me diriez alors : à quoi bon un chef d'Etat s'il ne commande pas? Parce que cette fonction ne peut rester inoccupée, parce que le lieu du pouvoir ne peut rester vide, sinon chaque individu peut venir réclamer le commandement et dire «c'est moi le chef !» et ce sera alors le chaos. Il faut que le lieu du pouvoir soit occupé pour que le danger soit visible et facile à conjurer.
Y.E.


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