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Avons-nous toujours besoin de «bourguibisme» (2e partie)
Opinions


Par le Pr Dhiaeddine Souissi
Le siège du gouvernorat et celui du Tribunal de première instance vont alors être déplacés dans la ville de Grombalia.
Mais ce ne sont pas seulement les adversaires idéologiques de Bourguiba qui subissent son exclusion, souvent répressive. Il n'y a pas que Staline qui se débarrasse des piliers de son système. Des personnalités très proches de Bourguiba n'ont pas été épargnées. Ahmed Ben Salah fut le bouc émissaire de l'échec de la politique collectiviste des années 60. Discrédité publiquement au début, tout comme l'était ensuite Bahi Ladgham, il a été jugé et emprisonné. Ben Ali n'est pas le créateur de «on m'a trompé». La paternité en revient à celui qui l'a nommé Premier ministre en 1987. Loin de défendre l'optique socialisante des années 60 ou de condamner ses dérives, il n'est pas du tout juste de faire porter son entière responsabilité à son idéologue. Or, pour Bourguiba, cette éthique de la coresponsabilité n'est pas ce qui prime.
Habib Achour, une autre figure emblématique de la lutte pour l'indépendance, a été jugé à trois reprises. Son deuxième procès est venu s'ajouter à un véritable crime d'Etat, sans précédent d'ailleurs dans le règne du premier président. Le 26 janvier 1978, des centaines de citoyens tunisiens ont été abattus par les forces de l'ordre, épaulées par l'armée nationale. Des centaines de syndicalistes seront ensuite arrêtés, torturés —deux parmi eux succombent aux sévices qu'ils subissent— et ensuite jugés. Habib Achour, alors âgé de 66 ans, écope de 10 ans de travaux forcés. Une direction illégitime va être imposée à la tête de la centrale syndicale dont le seul tort était de revendiquer plus d'indépendance vis-à-vis du pouvoir, plus de démocratie politique dans le pays et des augmentations salariales qui récompensent la large contribution du salariat dans la forte croissance économique des années 1970. Les martyrs tombés dans les manifestations pacifiques du 26 janvier dépasseraient le nombre de victimes tuées par Israël pendant tous les mois qu'avait duré la première Intifadha de 1987.
Même les islamistes, qui ont été encouragés pendant les années 1970 pour faire face à l'influence des mouvements de gauche dans les milieux estudiantins et ouvriers, ont été grassement remerciés. Le démon du monolithisme politique ne les a pas épargnés eux non plus. Ils subissent deux grands procès en 1981 et en 1987. Pendant trente ans, pas de répit. Le pouvoir judiciaire a été instrumentalisé dans le règlement de comptes politique répressif des opposants. Parmi ces derniers, certains, à leur sortie de prison, réintègrent la vie sociale et professionnelle. Mais ils gardent le traumatisme de l'humiliation et de la peur. Leurs mouvances politiques se disloquent. Ceux parmi eux qui osent récidiver sont de nouveau incarcérés.
D'aucuns justifient ce recours à la violence politique d'Etat par la nécessité de construire un Etat moderne dans un pays qui vient à peine de sortir de l'épreuve coloniale. A vrai dire, le modernisme de Bourguiba ne souffre aucun doute. Son engagement pour l'émancipation de la femme est certain. Certaine aussi était sa conviction que l'indépendance véritable du pays ne pouvait s'accomplir sans un pari net sur l'éducation et le développement d'un système moderne de santé publique. Néanmoins, le chapitre de modernité mérite un examen plus critique.
Tendance vers le modernisme
Le Code du statut personnel, édicté courageusement par Bourguiba, n'est pas du tout sa propre invention. Dans les années 50, un comité d'ulémas de la mosquée Zeïtouna ont proposé le même projet au Bey qui n'a pas jugé opportun de le promulguer. La polygamie en Tunisie n'était pas du tout répandue. Le milieux religieux, qui devrait être son défenseur, a été le premier à s'atteler à son interdiction. Tahar Haddad, issu de l'institution zeïtounienne, était le penseur qui a le plus milité en faveur des droits de la femme. En plus, le mouvement de libération nationale se targuait déjà d'avoir une composante féminine très active.
En ce qui concerne la tendance vers le modernisme, c'est l'orientation idéologique du parti destourien, qu'il soit ancien ou néo. Il y avait une nette conviction qu'il faut construire une société qui rompt avec le mode archaïque tribal et féodal, colonial et précolonial. Le mouvement national, dans ses dimensions politique et syndicale, a été le réceptacle de l'affaiblissement des identités tribales et leur fusion dans l'identité nationale. L'entreprise de construction de l'Etat national, à laquelle l'Ugtt a substantiellement contribué, a fini par réduire à sa dimension congrue la référence tribale. Bourguiba était le leader de cette entreprise. Mais malheureusement, son style de gouvernement aura fortement freiné son élan.
L'art de la politique ne se réduit pas à l'art de se maintenir le plus longtemps au pouvoir. Le premier est beaucoup plus complexe. Le second n'est que son instrument. Parce que «le fondateur de la Tunisie moderne» avait un ego surdimensionné, il a renversé l'ordre des priorités, nuisant du même coup au projet moderniste dont il se proclamait le plus grand défenseur. Il l'a défiguré. La distanciation d'avec l'ego est une condition nécessaire pour ne pas confondre l'œuvre collective et la gloire personnelle. Chez Bourguiba, dans la confusion, cette dernière prend souvent le dessus. C'est pour ça que la fin du règne Bourguiba a été calamiteuse. De larges franges parmi les forces vives du pays (opposition, syndicat ouvrier, mouvement estudiantin, petite bourgeoisie des villes…) étaient offusquées par le délabrement de l'édifice du pouvoir, miné par le clientélisme et le culte de la personnalité. Le comble de la désillusion est lorsque le peuple assiste, médusé, au pire retournement contre l'essence du projet moderniste; le respect de la volonté du peuple. Même quand on asserte que Bourguiba a, de droit, le privilège de ne pas respecter la volonté des adhérents de son parti pour choisir les membres de leur bureau politique, rien ne l'autorise à falsifier celle du peuple quand il élit ses représentants au Parlement. Ce pas, Bourguiba le franchit en 1981. Le jour où cette erreur monumentale a été commise, la modernité du projet national a subi sa plus grande trahison. Elle a été simplement étouffée. Rien de surprenant si l'essor de la mouvance islamiste va exponentiellement s'accélérer à partir de ce moment.
Rien de surprenant, également, si un arriviste inculte, mauvais militaire recyclé dans le métier de flic informateur et incapable de comprendre la signification du moindre concept de la modernité, trouve le chemin déblayé pour destituer son mentor. Ce dernier a fait le vide autour de lui à cause de son caractère excessivement égocentrique. Les meilleurs de ses collaborateurs se sont trouvés out. Le système clientéliste qu'il a monté de toutes pièces a fini par le faire entourer des personnes aussi avides et immorales les unes que les autres. Des commis de l'Etat intègres et compétents se retrouvent out des sphères du pouvoir pour que s'y installent des opportunistes, dont Zine El Abidine Ben Ali. Ce dernier accède à la magistrature suprême, promettant monts et merveilles aux Tunisiens désabusés par la rhétorique «bourguibiste».
Qui veut régénérer le bourguibisme ?
Qui veut alors régénérer le «bourguibisme» ? En avons-nous aujourd'hui besoin ?
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont les 23 ans de règne de celui qui a «sauvé la Tunisie du bourguibisme» qui sont derrière le retour de l'image de Bourguiba au-devant de la scène. Bourguiba est en vogue surtout chez la jeune génération qui ne le connaît que peu, mais qui connaît bien son successeur. Un proverbe tunisien dit «ô Dieu recueille l'âme du premier époux de ma mère». C'est exactement ça quand on se met à comparer Ben Ali et Bourguiba. Ben Ali s'est mis à piller la Tunisie, lui et sa famille, à qui mieux-mieux. En revanche, Bourguiba est un vrai homme d'Etat. Il se voulait maître d'un projet. Avant, il était un grand militant pour l'indépendance, à la réalisation de laquelle il a indéniablement contribué. Son style de gouvernement anachronique n'a nullement altéré son patriotisme. Il n'était pas porté sur le luxe et l'ostentation matériels. C'est une de ses principales qualités. C'est le propre des personnes très cultivées. Surtout quand elles sont initiées aux belles lettres. Son entourage familial le plus proche n'est pas particulièrement réputé pour l'amassement des fortunes et le racket d'argent.
Un désir d'identification à une image pure et radieuse est donc inhérente à cette résurgence de Bourguiba. Chez les jeunes notamment. C'est comme une accentuation du rejet radical de Ben Ali. Rejet qui transite par l'idéalisation de sa victime, lâchement trahie et vouée ensuite à un emprisonnement déguisé et cynique.
Mais il n'y pas que cette revanche apaisante qui explique l'engouement actuel pour «le bourguibisme». Le «néo-bourguibisme» n'est pas la création des adversaires de Ben Ali. Un de ses premiers initiateurs est Mezri Haddad, un des plus grands défenseurs du dictateur dont la Tunisie vient de se débarrasser. La référence au «bourguibisme» est devenue le leitmotiv de plusieurs individus qui ont collaboré avec Ben Ali après que celui-ci eut été «dégagé» du pouvoir par le soulèvement populaire auquel personne ne s'était attendu. Drôle de manière de se démarquer du chef destitué!
J'aurais bien compris s'il s'agissait de destouriens mis à l'écart par le dictateur mafieux, tels Mansour Moalla, Mustapha Filali, Tahar Belkhodja… Même si nombre de ceux-là gardent beaucoup d'estime pour le grand leader, ils ne sont pas les plus entreprenants parmi les les acteurs qui cherchent sciemment à déterrer son mythe.


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