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Objectifs : convergence et équilibre régional
Entretien avec - M. Abderrazak Zouari, ministre du Développement régional
Publié dans La Presse de Tunisie le 24 - 04 - 2011

«Le développement régional, ce sont toutes les politiques publiques qui ont pour objectif d'augmenter la vitesse de convergence des régions entre elles. Le ministère du Développement régional n'est pas le représentant du gouvernement, il est l'interprète des intérêts de la région auprès du gouvernement».
Laconique, c'est en ces termes que M. Abderrazak Zouari, ministre du Développement régional du gouvernement Béji Caïd Essebsi, résume sa conception de la politique de développement régional et l'état d'esprit qu'il entend imprégner à l'action de développement régional. Dans cet entretien accordé à La Presse, il fait le parallèle entre démocratie, bonne gouvernance et développement régional équitable. Il cite l'exemple de l'Inde et de la Corée du Sud pour dire que plus rien, en principe, ne freine aujourd'hui le développement en Tunisie d'une économie de l'innovation. «Ce que l'ancien régime ne voulait pas voir, dit-il, c'est que le manque de transparence et la mauvaise gouvernance étaient un frein à la migration de l'économie tunisienne d'une économie basée sur les industries manufacturières à une économie tirée par les secteurs à fort contenu de valeur ajoutée, ceux-là mêmes qui sont capables d'offrir de l'emploi aux diplômés tunisiens de l'enseignement supérieur».
Il cite aussi l'exemple de la Pologne, qui nous ressemble beaucoup, qui a fait sa révolution et qui s'est de sitôt engagée dans une période de pré-adhésion avec l'Union européenne en entamant une réforme économique profonde qui a duré dix ans, pour dire «réformons notre économie comme si on allait adhérer à l'Union européenne, même si au bout du compte, on ne va pas adhérer à l'Union européenne».
Il dit aussi, par pudeur sans doute, avec peu de mots, toute son émotion, l'émotion ressentie lors de sa première visite, en sa qualité de ministre, à Kasserine…région la moins développée du pays.
Pour un ministre qui se trouve être celui qui est le plus directement concerné par la question du développement régional dit «équitable», cela ne devait à l'évidence pas être facile de découvrir la réalité crue de la région la moins développée de toutes les régions tunisiennes…même si, comme il le dit, il n'est en rien responsable de cette dure réalité !
Ce qui du reste ne l'empêche pas de formuler, avec une profonde sincérité, le regret et de s'excuser d'avoir si longtemps demeuré cloîtré, à l'instar de beaucoup de ses collègues économistes tunisiens, dans leur tour d'ivoire d'études, de travaux et de recherches fondamentales, coupés et déconnectés, pour ainsi dire, de la triste réalité de la Tunisie profonde.
Cette émotion n'est rien devant l'urgence et l'immensité du chantier à mettre en œuvre en matière de développement régional et de développement tout court. Le ministre du Développement régional l'entend bien évidemment ainsi.
«Le gouvernement provisoire travaille sans doute sur l'urgence mais cela ne l'empêche pas de réfléchir sur le long terme. J'aimerais bien, en ce qui me concerne, laisser, au lendemain du 25 juillet, un livre blanc sur les bonnes pratiques en matière de développement régional. C'est une contribution citoyenne, il appartiendra légitimement au gouvernement qui sera élu d'en faire ce que bon lui semblera», dit en substance M. Abderrazak Zouari.
Les bonnes pratiques… Le diagnostic ne souffre aucune ambiguïté : une mauvaise gouvernance conjuguée à une absence de vision de développement régional sont au cœur du problème et sont les principales causes de l'échec de la politique, à considérer qu'il y eut bien une telle politique de développement régional en Tunisie. De 1987 à 2011, relève-t-il, les moyens financiers dépensés sont énormes, 34 milliards de dinars…sans que cela ait eu un impact sur la population.
N'avait-il pas tout récemment lui-même indiqué que le budget de l'Etat pour l'année 2011 a alloué seulement 18% des investissements aux régions intérieures, contre 82% aux régions côtières ?
«Discrimination positive»
«En vérité, nuance-t-il, sur le titre II du budget 2011, il y a environ 4.082 millions de dinars, une partie qui va vers les ministères de souveraineté, une autre vers les dépenses imprévues et il reste environ 3.000 millions de dinars à répartir. Ce que j'ai remarqué en fait, c'est que les crédits sont ouverts par ministère. Quand j'ai demandé la répartition régionale de ces crédits, j'ai trouvé que sur les 3.000 millions de dinars, 1.231 millions de dinars étaient répartis régionalement à proportion de 82% pour les 14 gouvernorats de l'intérieur et 18% pour les 10 gouvernorats de la côte. Et ce, sur la base de ce qui a été réparti régionalement.
Pour ce qui est de la différence entre les 3.000 millions de dinars et les 1.231 millions de dinars, je n'ai pas d'information sur leur répartition sur le plan régional… Cela n'a pas été fait dans le budget de l'Etat pour l'année 2011. Quand le gouvernement provisoire a décidé d'un plan d'urgence supplémentaire de développement régional de 251 millions de dinars en plus de 1.231 millions de dinars, j'ai décidé que pour cette enveloppe supplémentaire, l'on consacre 80% aux 14 gouvernorats de l'intérieur et 20% aux 10 gouvernorats de la côte. Ce qui fait que sur le total de 1.483 millions de dinars du plan d'urgence de développement régional, les proportions sont aujourd'hui 71% et 29% respectivement pour les régions intérieures et pour les régions côtières. Sachant que 70% de la population tunisienne habite dans les dix gouvernorats côtiers, grâce à ce plan d'urgence, on se rapproche d'une répartition plus équitable».
M. Zouari tient cependant à préciser que le plan d'urgence est venu corriger le déséquilibre. Il ne s'agit pas d'ôter aux régions côtières ce qui leur a été affecté pour le donner aux régions intérieures. L'objectif est le développement harmonieux entre toutes les régions du pays. Les investissements supplémentaires programmés dans les gouvernorats ont été répartis selon quatre critères: le nombre d'habitants, le taux de chômage général, le taux de chômage dans les rangs des diplômés de l'enseignement supérieur et le taux de pauvreté.
Quand on lui fait remarquer qu'aujourd'hui comme naguère sous l'ancien régime, la notion de «discrimination positive» émaille tous les discours, M. Zouari qui, tout au long de cet entretien n'a même pas une fois utilisé cette expression, reconnaît volontiers les insuffisances de ce scoring en l'absence de données statistiques fiables. Mais au moins, dit-il, l'on dispose aujourd'hui de critères objectifs d'affectation des ressources.
Cela étant, ajoute-t-il, il faudrait absolument passer par une méthode de scoring beaucoup plus sophistiquée. D'autant plus, soutient-il encore, que le scoring tel qu'il est actuellement établi souffre non seulement de la quasi-absence de statistiques régionales, mais il ne prend pas en considération les potentialités des régions, ses avantages comparatifs, qui représentent le critère le plus important. Il y a lieu, dit-il, d'engager la réflexion sur une méthode scientifique neutre politiquement qui permette à l'Etat de pouvoir demain répartir les crédits entre les régions d'une manière objective et transparente.
C'est cela aussi la bonne gouvernance et les bonnes pratiques en matière de développement régional, semble en somme dire M. Zouari qui affecte toujours une certaine forme de modestie. Sa physionomie nous rappelle d'ailleurs étrangement celle de Lakshmi Mittal, le baron indien de l'acier mondial et celle du Bangladais Muhammad Yunes, pionnier de la microfinance.
Par-delà la méthode du scoring, le ministre entend développer et le contenu et les méthodes de travail dans l'action régionale. «Le ministère du Développement régional n'est pas le représentant du gouvernement, il est l'interprète des intérêts de la région auprès du gouvernement», dit-il d'emblée. «Le développement régional, ce sont, ajoute-t-il, toutes les politiques publiques qui ont pour objectif d'augmenter la vitesse de convergence des régions entre elles». Bien sûr, la convergence parfaite n'existe pas. Aucun pays au monde ne peut s'enorgueillir d'avoir réalisé l'équilibre régional. «Le plus important est que les régions déshéritées soient en train de croître plus rapidement que les autres régions, c'est-à-dire de converger vers les régions développées. C'est à partir de là que l'on peut mettre en œuvre un plan de développement régional cohérent». Et puis, dit-il, normalement, chaque région doit avoir son propre schéma de développement, le schéma global, c'est-à-dire le plan de développement, devant seulement assurer la cohérence des différents schémas de développement régionaux.
De la représentativité de la société civile
Ce qui l'amène à souligner l'importance du rôle des conseils régionaux en tant que maillon essentiel de la bonne gouvernance. Il est à cet égard inconcevable, dit-il, que la société civile et les représentants des opérateurs économiques (Ugtt, Utica…) soient absents de la composition des conseils régionaux. M. Zouari en appelle d'ailleurs à toutes les composantes de la société civile, notamment les associations de développement dans les régions, à élaborer des conceptions propres à valoriser les spécificités de chaque région et à identifier les moyens susceptibles de dynamiser l'action de développement dans les régions. «Le pays foisonne d'associations. Plusieurs associations ont été reconnues par l'ancien régime, mais elles ne sont pas nécessairement représentatives. Il existe en revanche un grand nombre d'associations qui jusque-là travaillaient pour ainsi dire dans la clandestinité, qui ont aujourd'hui pignon sur rue et qui veulent participer au développement régional. Il faudrait réfléchir à la forme que devra avoir la représentation de la société civile au sein du conseil régional». Ce ne sont là, insiste M. Zouari, que des pistes de réflexion dont il appartient au gouvernement élu d'en juger la pertinence de leur mise en œuvre.
«En réduisant le gap institutionnel, la Tunisie est capable de gagner un à deux points de croissance. Si, par ailleurs, on lance des projets structurants, si on simplifie les procédures pour favoriser l'investissement privé dans les PME et si l'on développe la microfinance qui ne soit pas seulement de consommation mais aussi une microfinance de production, et il y a à ce niveau un gisement énorme d'emplois et donc de croissance, je crois que le problème du chômage peut être résolu rapidement», soutient le ministre du Développement régional.
S'il cite l'Inde et fait le parallèle entre la grande démocratie qu'est ce pays et le «miracle» économique indien porté par une économie de l'innovation, M. Zouari n'oublie pas pour autant que l'économie de l'innovation est aussi et foncièrement portée par des ressources humaines de qualité. «La Tunisie a besoin d'une réforme de l'ensemble de son système éducatif. La culture de l'entrepreneuriat s'acquiert dès la première année du cycle primaire de l'enseignement. En outre, dans un marché du travail caractérisé par l'incertitude, la formation doit être générale, flexible et adaptable de manière à permettre aux jeunes Tunisiens de changer rapidement de spécialité en fonction des besoins».
«Etre professionnel»
La filiarisation à outrance de l'enseignement supérieur est un très mauvais choix. La professionnalisation ne doit arriver qu'en dernière année du cursus. Formons les citoyens, donnons des compétences transversales, adaptables, permettant à l'étudiant d'avoir une spécialité dans sa dernière année de sortie, et cette spécialité doit à ce moment-là être ouverte en fonction des besoins du marché du travail. Si les besoins changent, on n'aura plus qu'à changer la spécialité de la dernière année du cursus universitaire.
Il faudrait, aussi, dit-il, distinguer entre formation professionnelle et professionnalisation. La formation professionnelle serait plutôt de la formation technique et technologique alors que la notion de «professionalisation» renvoie plutôt à “l'esprit professionnel”. Ce concept de “professionnel” doit être intégré dans l'enseignement à tous les niveaux. Comme du reste la nécessité pour tout responsable de répercuter, en temps réel, les préoccupations, les attentes, les besoins et aspirations des citoyens».
Le propos est, à l'évidence, à méditer. Il s'inscrit tout naturellement sur le long terme. Le chantier à entreprendre en termes de développement du pays est en effet immense, la révolution copernicienne à opérer au niveau des mentalités, des méthodes de travail et d'apprentissage l'est tout autant sinon davantage. A la mesure des frustrations accumulées tout au long des dernières décennies, à la mesure du déficit institutionnel à combler et du lourd passif en termes de gouvernance du pays.
Et c'est ce qui confère au propos de M. Zouari toute sa profondeur et toute sa pertinence pour l'avenir.


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