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Partis politiques : finalisez vos discours
Publié dans La Presse de Tunisie le 19 - 09 - 2011


Par Brahim EL AISSI
Le coup d'état conspiré par un général avec ses acolytes n'est pas né en novembre 1987 d'une simple inspiration individuelle, il a été une résultante d'un concours de plusieurs circonstances qui s'étaient conjuguées à une période de l'histoire du pays, lorsque l'élite tunisienne et la cour présidentielle étaient entrées dans une compétition sans merci pour succéder à un président de la République vieilli.
Le général promettait alors monts et merveilles, et fondait son pouvoir sur des chimères en usant de plusieurs pratiques nébuleuses, avec des concepts flous, idéalisés et réducteurs, où il avait trouvé une source fertile pour argumenter ses tergiversations, il brandissait l'Etat de droit et des institutions, la liberté d'association et d'expression, le respect des droits civils et politiques, le multipartisme etc.
Pour véhiculer ses idées, et propager ses excentricités, il avait mobilisé à son seul usage toutes les institutions et tous les moyens d'information et de communication, auxquels il accordait un pouvoir mystique en espérant que leur diffusion, à tous les niveaux et dans tous les sens, suffisait pour entraîner une adhésion populaire le confortant dans ses combines: la télévision, la radio, les journaux, les déclarations, les pactes.
Tout en prêchant en slogans et propagandes ses intentions, il continuait à cumuler tous les pouvoirs au point qu'une sorte de «République monarchique» s'était installée, soumise à un contrôle drastique et permanent, à tous les niveaux et en tous lieux à travers un pernicieux mariage d'un système policier de plus en plus renforcé avec une dictature implicite exercée en complicité aussi bien par les administrations que par les structures politiques nationales, régionales et locales qui prétendaient être les seules représentantes, et les défenseurs incorruptibles des intérêts du peuple avec toutes ses classes:
Président de la République détenant en ses mains tous les pouvoirs de l'exécutif
Chef suprême des états-majors des armées avec tous les pouvoirs militaires
Président du Conseil supérieur de la magistrature avec tous les pouvoirs juridiques
Président d'un parti politique unique exerçant tous les pouvoirs spirituels et idéologiques.
En plus pour mieux dissimuler son autoritarisme, il s'était entouré d'une classe de théoriciens et de politiciens en herbe dont les membres étaient imbus de leur personnalité et avides de moyens ostentatoires et de pouvoirs, qui, par leurs stratégies incohérentes, avaient mis le pays sur la voie de l'artifice et du camouflage en faisant promulguer, chacun dans son champ des responsabilités, des lois et des textes saugrenus, insensés et irrationnels qui ont fini durant 23 années consécutives par enraciner l'injustice et l'iniquité, par cultiver l'égocentrisme, la manipulation, la corruption et la complaisance à tous les niveaux de la hiérarchie.
Sur le plan psychologique, par leur hégémonie et leur despotisme, ils avaient ancré dans la conscience collective la crainte des répresailles, la logique de l'obéissance aveugle, la peur d'autrui, la discrimination financière à telle enseigne que la devise accrochée au mur des institutions et organismes d'Etat «l'administration au service du citoyen» s'est transformée en pratique quotidienne: «le citoyen au service de l'administration».
Leur impatience financière, et leur avidité du pouvoir les avaient tellement ensorcelés qu'ils ont annihilé de leur conscience toute tentative de réviser et d'harmoniser leurs politiques et leurs styles lorsqu'ils prêchaient avec leurs complices administratifs, la compétitivité, la solidarité, la tolérance, la liberté d'expression et de pensée.
Leur appel à leurs pouvoirs autoritaires découlait de leur perception réductrice de la pédagogie, de leur mystification des moyens de communication et de leur réelle méconnaissance de nouvelles acquisitions mentales et intellectuelles et de leurs portées dans l'émergence de nouvelles valeurs et aspirations légitimes de la société tunisienne.
1 — La méconnaissance de l'évolution des valeurs :
• N'étant jamais immuable, et malgré sa complexité et son profond ancrage, chaque système de valeurs évolue à un moment donné de l'histoire d'une société sous l'effet conjugué des besoins et des pressions qu'elle subit.
• Chaque société modifie ses normes et ses principes à partir d'une combinaison du produit des changements introduits dans sa structuration, de son niveau culturel, scientifique et technologique atteint, de ses nouvelles perceptions, et surtout de sa propension aux changements et de l'émergence des nouveaux comportements et des attitudes individuelles et collectives dominantes et communément partagées.
• Elle va puiser dans son nouveau système les fondements nécessaires pour élaborer ses nouvelles règles de conduite soit explicitement par des textes, des lois, des codes et des interdits, soit implicitement par des normes sociales et d'éthiques morales.
Malgré leur légitimité, ces nouvelles valeurs n'étaient pas prises en considération par ces politiciens. Ils sont restés éblouis par les stratégies étrangères perçues comme des références indéniables dont ils cherchaient à greffer certaines de leurs applications après les avoir simplifiées et extraites de leur milieu d'origine pour leur donner un certain sens et une efficacité virtuelle au point qu'ils avaient fini par les imiter, sans discernement ni réflexion par un simple transfert, comme si les milieux étaient comparables et jouissaient d'une parfaite identité (libre-échange, dédouanement, consolidation démesurée du modèle d'une société de consommation par le système de crédit et d'emprunt, système bancaire, TVA, imitation de différents systèmes juridiques législatifs, fiscaux, sociaux et éducatifs, approches par compétences, formation duale, transfert des expériences japonaises, françaises, allemandes etc).
• Pour argumenter leur imitation, ils alléguaient qu'on trouvait une certaine similitude entre les différents milieux qui autorisaient sans risque une telle greffe béate et que l'effort humain n'était partout qu'une résultante des incitations monétaires sélectives et discriminatoires.
• Avec leur processus réducteur et leur amalgame stratégique, ils ont oublié que la réussite d'un système transféré d'un milieu à un autre ne réside pas dans sa pertinence mais surtout dans la simplicité de la démarche qui a été adoptée pour le concevoir et le respecter sans complication procéduriale ni confusion sémantique.
• Ils fondaient ainsi toutes leurs politiques sur le principe de la facilité qui stipulait qu'à chaque fois qu'un nouveau besoin, de quelque nature qu'il soit, poindrait, ou deviendrait perceptible, ils pouvaient l'ajouter aux autres, ou le faire substituer par un autre besoin plus accessible.
• Se référant à certains indicateurs empiriques, leurs politiques sociales s'appuyaient aussi sur une idée très schématique et simpliste en postulant que pour ancrer une sorte d'adhérence sociale même superficielle et apparente, il suffit de briser l'unité sociale par une propagande et une manipulation malsaines, avec l'octroi de divers privilèges financiers et matériels à quelques catégories minoritaires, et par l'espoir pour les autres des retombées miroitées et lointaines de l'accroissement projeté des investissements et du développement.
2 - L'annihilation de la dimension socioéducative
Si les parents et les adultes n'ont pas pu lever la tête et exprimer leur malaise, sous l'effet de la contrainte financière et professionnelle, (dettes, emprunts, menace de chômage, risque de dégradation, du licenciement abusif) leurs enfants s'étaient montrés plus audacieux et avaient pris leur destin en main par leur révolte pacifique, signe d'une maturité sociale et psychologique exemplaire, face à une tyrannie d'une classe d'opportunistes devenue pernicieuse, enracinant l'esprit de clocher à tous les niveaux et dans tous les lieux, cultivant, avec le temps, l'esprit mafieux et l'individualisme outrageux, au point que tous les besoins fondamentaux du citoyen étaient soumis à la loi de l'offre et de la demande (la santé, l'éducation, l'emploi, la formation, le transport) et fournis sous forme de prestations par les services de l'Etat à travers des contributions directes, des impôts et des taxes de plus en plus exorbitants, qui n'avaient consolidé et élargi que le pouvoir du privé au détriment du pouvoir national, resté cantonné dans l'octroi des autorisations sans suivi ni contrôle, et dans la rédaction des procès-verbaux et des amendes avec divers poids et mesures.
Devant une telle situation où l'iniquité et le chômage ont atteint le seuil de l'intolérance, les jeunes ont trouvé, dans les nouvelles techniques de communication, le moyen d'extérioriser leur frustration et leur désarroi et de répondre à leur besoin associatif que leurs aînés n'avaient pas ressenti.
En effet, avec le suicide du jeune Bouazizi qui avait ébranlé les consciences, plusieurs adultes longtemps enfermés dans leur torpeur étaient sortis pour émerger sur la scène politique en s'associant dans des partis d'obédiences politiques et idéologiques fort variées et en brandissant chacun à sa manière et selon ses convictions personnelles ou partagées des slogans et préceptes encore idéalisés, et vides de sens, d'objectivité et de rationalité.
• Certains fondent leur association sur des idéologies ayant prouvé leur incompatibilité et leur faillite (groupes d'obédience communiste, religieuse, capitaliste, fédératrice, sectaire, communautaire, nationaliste, etc.).
• D'autres promettent des merveilles pour leurrer certaines catégories sociales (bien-être pour tous, transport gratuit, suppression de la dette extérieure, développement intégral et durable des régions déshéritées, santé gratuite, etc.).
• Certains se battent avec des visions confuses et différenciées pour certains principes généraux universels et identiques dans leur quintessence, (dignité, citoyenneté, justice, égalité, loyauté, cohésion, fraternité, liberté, etc.).
Enfermés ainsi dans leurs amalgames et dans leurs chamailleries, aucun groupe politique n'a présenté clairement jusqu'à maintenant son programme de quelque nature qu'il soit sectorielle, nationale ou régionale qui découle d'un réel diagnostic scientifiquement mené par des experts compétents débouchant sur un projet de redressement d'un domaine vital quelconque et dont les objectifs généraux et intermédiaires sont réalisables avec des moyens raisonnables, délimités dans le temps et dans l'espace, contrôlables à tout moment par des indicateurs chiffrés et qui peuvent amener le pays à faire face aux multiples contraintes qu'impose un système de mondialisation outrageux, étouffant et phagocytant: le domaine d'une fiscalité trop écrasante et injuste, d'une santé publique avec sa double vitesse, un système de l'éducation et de l'enseignement avec son amalgame pédagogique et sa confusion structurelle et organisationnelle, d'une économie avec sa faible compétitivité, et son déséquilibre structurel, catégoriel et régional, le domaine d'une finance avec ses inflations successives et ses déficits budgétaires alarmants, le domaine socioprofessionnel avec son code du travail dénaturé, ses règlements incompatibles et révolus.
Une telle attitude démontre que ces partis émergents n'ont pas changé de stratégie. Ils s'enfoncent dans des méandres idéologiques et spirituelles sans fin, et se limitent à justifier certaines de leurs conceptions, et de leurs perspectives toujours mystifiées et simplistes par des motifs explicites en apparence, tout en dissimulant leurs vrais mobiles qui restent cachés pour plusieurs raisons stratégiques.
Elle laisse penser aussi que la majorité d'entre eux ne cherchent pas à assumer l'entière responsabilité de leurs politiques, il se contentent d'exhorter leurs partisans par des discours mystifiés et réducteurs qui demeurent de simples déclarations et des vues de l'esprit sans effet, s'ils ne sont pas traduits par des programmes d'actions et d'évaluation qui peuvent les distinguer et les différencier (ce qui devient le plus important et le plus difficile pour eux se trouve davantage dans «le comment faire, quand, où le faire, avec quoi et avec qui» que dans ce qu'il «faut faire»).
En réalité, les apports d'un parti politique résident désormais moins dans les énoncés de ses orientations générales ou des certains droits universellement connus, mais beaucoup plus dans la manière de les mettre en œuvre, de les traduire en des programmes avec des objectifs réalisables et des indicateurs chiffrés précis, et intelligents, et de les atteindre sur le terrain pour honorer ses engagements et exaucer concrètement les aspirations légitimes ardemment scandées par les jeunes révolutionnaires le 14 janvier 2011.
Et pour terminer, préparons notre avenir, assumons notre passé et tirons de lui les bonnes leçons.


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