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La société civile ne lâche pas prise
Reportage : Face à la Chambre de la Constituante
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 12 - 2011

Aux premières heures du matin, par ce mardi ensoleillé du 6 décembre, ils étaient tous déjà debout armés de leur volonté et de leur persévérance, mais aussi de leurs pancartes affichant des slogans en tous genres : «Thaouret Echabeb, Sarqetha Echiyab» (La révolution des jeunes volée par les vieux) , «Non au fascisme», «El Ahzeb El Oumala Baôu Dima Echouhada (Les partis soumis ont vendu le sang des martyrs)», «Le peuple a décidé d'assainir la justice», «Non à toute forme de dictature, oui au pluralisme», «Le droit au travail dans le Destour», «Les lois du Code du statut personnel sont fondamentales», «Vous êtes 217 nous sommes le peuple»… Ils, ce sont les sit-inners qui campent au Bardo, devant la Chambre de l'Assemblée nationale, depuis maintenant sept jours. L'espace du sit-in est ouvert sur deux rives, désormais unifiées, après les incidents provoqués samedi dernier, suite à l'irruption des partisans d'Ennahdha.
Dans le décor bariolé de banderoles et émaillé de tentes aux couleurs rouge, beige et bleu d'où dépassent des matelas en mousse, s'activent plusieurs composantes de la société civile entre familles de martyrs, chômeurs diplômés, sans-emploi de Kasserine, Sidi Bouzid, Thala, Sousse, Kairouan, Sfax et du bassin minier de Gafsa, représentants du Manifeste du 20 mars, du réseau Dostourna ainsi que du Mouvement du 24 octobre, artistes, universitaires et étudiants ayant rejoint le sit-in de Bardo 1 suite à la fermeture des portes de la faculté des Lettres et des Arts de la Manouba en raison du sit-in des salafistes.
La majorité des catégories sociales sont représentées entre nantis et moins nantis. Leurs revendications sont résumés par Zied, étudiant en médecine : «Un, nous voulons le travail pour tout le monde et qu'il soit inscrit dans la Constitution comme un droit, deux, la dignité, trois, la liberté. Or, justement, pour ne pas perdre cette liberté et éviter le retour à la dictature, la séparation et l'équilibre entre les trois pouvoirs politiques et le vote de la Constitution aux 2/3 des voix : nous ne partirons pas d'ici avant de percevoir des signes positifs de la part de l'Assemblée».
Comme en symbiose avec ses paroles, un slogan fuse : «2 jours, 2 mois, nous n'allons pas rentrer». Comprenez : avant d'être assurés que le texte de la petite Constitution soit amélioré. Chédli Krimi est membre du Front national tunisien, jeans et blouson noir, et il est tout aussi catégorique : «Nous voulons préciser que nous, les sit-iners partisans, sommes là comme garants de la pression sur la Constituante concernant l'organisation des pouvoirs dans le futur Destour, qui doit assurer les libertés et ne pas réitérer la dictature de Ben Ali dont on a souffert pendant 23 ans. Nous appelons, donc, toutes les forces démocratiques à s'unir contre la majorité qui veut une organisation des pouvoirs et un Destour sur mesure. Nous appelons Ettakatol et le CPR à rejoindre les demandes de la rue et de l'action démocratique. Ce qui représenterait un signe positif pour nous».
Pourquoi toute cette frénésie après le coup de pompe du mouvement lors des journées du dimanche et du lundi derniers ? Simple comme bonjour : les travaux de l'Assemblée constituante vont reprendre, vers 10 heures, et les protestataires donnent de la voix pour mieux se faire entendre par les constituants, dont certains ne sont pas insensibles à leur action. Dr Neïfer, psychologue, n'y va pas de main morte : «Nous ne voulons pas une nouvelle dictature, nous voulons que la nouvelle Constitution soit à la hauteur des aspirations du peuple et respecte ses choix et revendications pour la liberté, la dignité et le travail. C'est pourquoi nous tenons à ce que les débats de l'Assemblée ne se fassent pas à huis-clos, même pour les commissions, et soient transparents afin d'éviter toutes surprises et retour au despotisme. Franchement, je suis déçu par les deux anciens présidents de la Ligue des droits de l'Homme».
Devant les grilles des jardins de l'Assemblée, des groupes de femmes, lunettes noires et tenues très sport devisent. Passe prés d'elle le porte-parole d'Ettakatol, Mohamed Bennour : elles l'interpellent en criant : «Quittez la coalition, pourquoi vous ne la quittez pas ?». L'homme s'arrête et tente d'expliquer la position de son parti : «Il vaut mieux être dans la coalition qu'en dehors pour assurer un certain équilibre». Mais Hechmi Ben Frej, représentant du Manifeste du 20 mars, mi-sérieux mi-moqueur, lance : «Les coalisés d'Ennahdha devraient nous remercier parce que notre mouvement leur a permis d'avoir plus de présence et de pouvoir dans le nouveau système. Ce qui est sûr, c'est qu'à nos yeux le draft de la nouvelle Constitution n'a pas pris en compte la séparation des pouvoirs et la nécessité que les articles de la Constitution soient adoptés un par un aux deux-tiers des votes, parce que dans un des articles ils peuvent glisser que la Chariâa est une des sources possibles de la législation».
Soudain, une fébrilité s'empare du lieu : l'hymne du Bardo 1 est chanté à gorge déployée par tous. Fahd, membre de l'organisation nationale des privés de travail, s'occupe de la logistique du camp avec la collaboration de la société civile, pour assurer les tentes, les couvertures et les matelas. Il jure ses grands dieux que, malgré le froid rude de l'hiver, lui et ses compagnons sit-iners ne partiront pas avant d'être assurés que leurs revendications seront prises en compte.
Au fil des heures, les centaines de manifestants et sit-inners du matin deviennent quelque trois milles, criant slogan sur slogan, sur fond d'énergiques et frénétiques applaudissements. Certains slogans reviennent plus souvent : «Ni l'Amérique, ni Qatar, le peuple tunisien est libre», «Ni la Turquie, ni Qatar, la révolution est en danger», «Travail, liberté et dignité» (Choghl, Horriya, Karama Watania).
Du côté des tentes, ceux qui veulent faire des dons au mouvement s'adressent à Olfa Laâjili, présidente du Mouvement du 24 octobre. Deux femmes, bien mises, l'approchent et lui offrent deux tentes et une boîte à pharmacie contre toute éventualité. Toute cette mobilisation a-t-elle servi à quelque chose : «Nous avons évolué sur des questions de forme, pas de fond. J'ai rencontré, il y a deux jours, le Dr Marzouki, à qui j'ai exposé nos revendications : il m'a assuré de son soutien pour quelques points, la nécessité du référendum, de la transmission des travaux à la télé, mais pour moi la politique c'est pas des paroles en l'air; mais de l'écrit noir sur blanc : j'attendrai, donc».
En plein après-midi, la foule des manifestants est de plus en plus compacte, elle écoute les comptes rendus sur les débats de l'Assemblée grâce au mégaphone ou à twitter. Des réactions satisfaites, entre applaudissements et cris, acceuillent le revirement de Noureddine Bhiri dans son intervention à l'Assemblée concernant le vote de confiance et de défiance à l'égard des deux présidents ainsi que la considération du Code du satut personnel comme loi fondamentale. Ça chante, ça rigole, ça commente dans un certain optimisme prudent.
«Nous avons eu raison de faire ce sit-in, j'espère que le message a été reçu 5/5», commente Hechmi Ben Frej, du Manifeste du 20 mars. Rached Hadj Salem, universitaire, renchérit : «Ils ont cédé sous la pression qu'il faut maintenir… Il faut aussi que le prochain gouvernerment recule sur les quatre jours de salaires qu'on veut ponctionner aux fonctionnaires, déjà que leur pouvoir d'achat s'est détérioré…». Aymen Dridi, diplômé chômeur, insiste : «Tout ce que nous avons n'est qu'une goutte dans l'océan, ce n'est qu'un petit pas, maintenant il ne faut pas lâcher.
«Trop de pouvoir=abus de pouvoir» : c'est ce qu'on peut lire sur la pancarte qu'agite Lamia: «Je suis malade, mais je suis venue quand même. La reculade d'Ennahdha sur les taux de vote et le CSP est une petite victoire. La pression de la rue est primordiale et essentielle. Pour éviter un retour à un pouvoir façon Ben Ali où toutes les institutions et administrations étaient sous la coupe du RCD. Persévérons… persévérons», finit-elle par lancer.


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