Les citoyens de Nabeul et la société civile se sont donné rendez-vous vendredi matin devant le complexe culturel Néapolis ... L'espace a besoin d'entretien, il présenterait un danger pour le public... Et entre le ministère de la Culture et la municipalité de Nabeul, le torchon brûle. Créé en 2005, le complexe culturel Néapolis était une destination privilégiée pour les habitants de la ville de Nabeul et ses alentours, hautement animé durant toute l'année, outre les festivals et les activités ponctuelles, comme le festival du théâtre pour enfants, les journées du cinéma de Nabeul. C'est donc un complexe culturel en bonne et due forme qui accueille dans ses différents clubs des centaines d'enfants. Rien que les cours de danse attirent près de deux cents enfants... Mais, depuis quelques semaines déjà, la tension n'a cessé de monter, la rumeur circule et puis se confirme... Néapolis fermera ses portes à partir du 1er septembre... L'affaire remonterait à 2013, selon Ali Marmouri, délégué culturel du gouvernorat de Nabeul : c'est à ce moment que des problèmes d'entretien ont commencé à être ressentis. Une fuite au plafond et quelques problèmes d'électricité et d'usure, il fallait intervenir et que des travaux soient lancés. Sauf que, et comme bon nombre d'espaces culturels, la bâtisse relève de la municipalité de Nabeul.Le ministère de la Culture est chargé uniquement de subventionner les activités, la gestion des ressources et le placement du personnel et ne pouvait nullement intervenir dans les travaux d'entretien et de construction d'une bâtisse qui appartient à une autre institution de l'Etat. Après maintes réunions et séances de travail entre responsables culturels et la municipalité de Nabeul, aucune solution pour le complexe culturel Néapolis n'a été trouvée. La municipalité de Nabeul se cache derrière le manque d'argent et l'absence de budget alloué à la maintenance du centre culturel et le ministère de la Culture ne peut prendre aucune initiative dans ce casse-tête «immobilier». Une sortie de secours aurait été possible si la municipalité avait accepté de céder les locaux au ministère de la Culture pour qu'il puisse entamer rapidement les travaux. Mais les autorités nabeuliennes campent sur leur position : on ne réaménage pas (pas d'argent) et on ne laisse personne le faire ! Le ministère de la Culture n'ayant pas trouvé de solutions, du moins dans l'immédiat, décide de fermer les locaux car le centre présente un danger pour le public. Une solution radicale, un mal nécessaire — diriez-vous, — mais que feraient tous ces enfants qui avaient l'habitude de trouver une parcelle de rêve dans les clubs du centre ?Quelles occupations auront-ils à leur disposition une fois fermé le club, outre l'oisiveté, le café du coin et les mauvaises fréquentations ? Le problème est d'autant plus grave quand on sait que la maison de la culture de Nabeul sera fermée bientôt pour réaménagement (l'espace appartient entièrement au ministère de la Culture) . Que celle de Dar Chaâbane El Fehri a été brûlée depuis la révolution, à savoir depuis plus de 3 ans et qu'aucun projet de reconstruction n'est prévu, avec le même casse-tête immobilier et législatif entre le ministère de la Culture et la municipalité. La culture semble un sujet mineur pour la municipalité de Nabeul. C'est ce dénigrement du rôle de la culture qui alarme intellectuels, artistes, société civile et citoyens de la ville de Nabeul, et le sit-in du vendredi dernier est une manifestation de colère et de mécontentement. Walid Ben Abdessalem, comédien, enseignant d'éducation théâtrale et membre de l'association des amis de Néapolis, nous a déclaré qu'on «refuse la fermeture totale du complexe de Néapolis, la situation n'est pas si dramatique, le ministère de la Culture pourrait envisager la fermeture partielle et des travaux peuvent se faire par étapes. Les espaces des clubs ne sont pas endommagés, et il faudrait que nos enfants ne perdent pas cet espace-repère, sinon on va les livrer en pâture à l'extrémisme et à la délinquance». «En dernier recours, nous avons lancé une pétition qui est adressée au chef du gouvernement en lui demandant de changer le statut du complexe culturel Néapolis et de le mettre sous la tutelle exclusive du ministère de la Culture qui a montré sa totale disposition à prendre en charge les travaux, sauf que les rouages administratifs et les litiges immobiliers retardent le processus et que seuls les enfants de Nabeul en sont réellement touchés», explique Walid Ben Abdessalem. Et il se pose la question : «Depuis la création du centre en 2005, la municipalité n'a fait aucun entretien alors qu'un budget lui est annuellement alloué, c'est son rôle d'autorité locale d'entretenir ses locaux. A-t-on pensé à la prochaine édition du festival du théâtre pour enfants prévu au mois de décembre ? A-t-on pensé aux milliers d'enfants qui, pendant les vacances scolaires, viennent massivement assister aux pièces de théâtre ? Où en est le projet du théâtre de plein air de Nabeul, un projet resté en suspens et où est passé le budget qui lui a été alloué ?». Tant de questions auxquelles les autorités devraient répondre pour expliquer quelle place accorde-t-on à la culture. La culture est encore et toujours considérée comme un luxe, alors qu'elle reste et persiste à être le seul moyen de préserver l'avenir de nos enfants. Affaire à suivre.