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«La vérité rattrappe toujours les faussaires de l'histoire»
Le film Les Palmiers blessés ouvre ce soir le 16e festival international de Carthage—Rencontre avec le réalisateur Abdellatif Ben Ammar
Publié dans La Presse de Tunisie le 08 - 07 - 2010

Le clap ce soir à 22h00 de la 4e édition du festival international de Carthage avec Les Palmiers blessés de Abdellatif Ben Ammar. Ouvrir Carthage avec un film est une première qui vaut un arrêt sur image. Rencontre avec le réalisateur de Sejnane et Aziza, entre autres, et qui signe là son cinquième long métrage de fiction. Interview.
Il n'est pas habituel qu'un film ouvre le festival de Carthage. Comment expliquez-vous ce choix?
Je prends ce qu'on m'offre de mieux. S'il y avait des salles proposant partout sur le territoire des conditions optimales de projection, j'aurais hésité à accepter la proposition de «Carthage», mais vu la situation actuelle du parc des salles, vu que la rencontre entre le cinéaste et son public est devenue rare, je suis heureux d'aller à la rencontre de 10.000 spectateurs. Que demande un cinéaste? Montrer son film devant une marée humaine est une véritable opportunité. Ensuite, «Carthage» est un lieu de transmission symbolique des arts à travers les siècles et les âges, je ne fais que m'inscrire dans cette continuité.
Justement, votre film effectue un retour sur l'histoire et la mémoire.
C'est plutôt un retour sur l'importance de la mémoire qui trouve traditionnellement refuge dans le livre. Or, à mon avis, l'image aussi devrait être porteuse de notre histoire et de notre mémoire. C'est là l'un de ses rôles fondamentaux. Ce choix, est d'autre part une réaction à cette tendance qui consiste à traiter des sujets galvaudés, comme l'immigration et l'extrémisme religieux, sujets répondant à une mode. De ce fait, on a comme l'impression que le présent du citoyen tunisien est accaparé par les questions matérielles (l'immigration) et sécuritaire (le fanatisme religieux). Or, bien au contraire, je pense que le quotidien des Tunisiens est meublé par d'autres interrogations, entre autres le passé, la mémoire, les référents : d'où vient-on ? Où va-t-on? Quel est le sens de notre existence?
Vous estimez ainsi que l'histoire, la mémoire sont des thématiques urgentes?
Oui, car je pense que notre société ne devrait pas être amnésique. D'ailleurs, l'enfance de l'individu ne s'inscrit-elle pas dans toute une vie? La mémoire collective est un matériau de rapprochement qui cimente l'appartenance à une société, une culture, une civilisation.
Pourquoi traiter précisément de la Guerre de Bizerte?
Parce que, que je sache, c'était un événement tragique et douloureux pour l'ensemble du pays. La guerre d'évacuation de Bizerte a été le théâtre d'une violence extrême qui a engendré d'énormes souffrances.
En ces temps-là, les gens ne croyaient pas qu'en allant manifester leur refus de la présence étrangère sur leur sol, ils allaient le payer de manière aussi chère, au prix de leur vie et qu'il y aurait des milliers de tués, de veuves et d'orphelins.
Dans Les Palmiers blessés, vous dénoncez ceux qui falsifient et ne respectent pas l'histoire, ceux qui la racontent ou l'écrivent en tirant trop la couverture à eux : n'est-ce pas là un grand clin d'œil à Sejnane, votre 2e long métrage?
Oui. Dans Sejnane, je disais qu'il y avait des gens qui se sont également battus pour le pays : les ouvriers, les paysans, les pauvres, etc. A l'époque, en 1973, les décideurs ne voulaient pas tellement de ce film. Pour beaucoup, il ne fallait pas qu'il existe. Car même ceux qui n'avaient pas la même vision que les officiels n'ont pas accepté le film puisque à leurs yeux aussi il n'y avait qu'une seule version de l'histoire. Plusieurs m'avaient dit alors-: «De quoi tu te mêles?, tu es avant tout cinéaste et non pas historien!» Ce ne sont que des décennies plus tard qu'on s'est aperçu que le film est important. Tout ça explique pourquoi Sejnane n'est jamais sorti dans le circuit commercial.
Pour terminer, je dirais que l'histoire est une science.
A preuve, Rome a imposé pendant plus de vingt siècles une certaine image de Carthage, en écrivant subjectivement l'histoire, mais 2000 ans plus tard, nos historiens ont rectifié le tir en rapportant des faits vérifiés et des vérités autres que celles rabâchées par les vainqueurs. La vérité rattrape toujours les falsificateurs de l'histoire.
Que symbolise Chama (Leïla Ouaz), la fille du héros?
Je crois que les spectateurs s'identifieront à Chama, les jeunes particulièrement, parce qu'ils ont des interrogations qui les habitent et qu'ils sont en quête de réponse.
Chama pose en fait des questions à l'intelligentia : quel travail, quelles œuvres avez-vous réalisés afin que les jeunes comprennent l'histoire?
Chama est orpheline de père et cette absence aussi bien du géniteur que du passé est très frustrante. C'est pourquoi, manquant d'une histoire racontée et rapportée clairement, elle veut connaître la vérité et se met à enquêter sur le passé de son père.
Pourquoi avez-vous utilisé des images d'archives? L'accès aux archives ici et ailleurs a-t-il été facile?
J'ai eu recours aux archives dans un souci de vérité historique. L'accès aux archives a été difficile, car je n'ai pas pu obtenir certaines images en France dont je suis sûr qu'elles existent comme celles de l'armée française. Pourquoi payer aussi cher des images qui appartiennent à notre histoire en fait?
Et nos propres archives audiovisuelles?
Impossible de les consulter : elles ne sont encore ni répertoriées ni classifiées.
Parlez-nous de l'écriture cinématographique?
Evoquer l'histoire et la mémoire m'a amené à réfléchir sur l'écriture filmique. Je ne me sentais pas dans l'obligation de donner beaucoup d'importance à l'écriture, je voulais être informatif.
Ce qui m'importait au niveau de l'écriture filmique c'était de donner du sens aux plans.
C'est pour cette raison que le rythme et l'esthétique du film ont été relégués au second plan.
L'important à mes yeux c'était d'être respectueux de la dimension humaine de ce citoyen lambda martyr, le père de Chama. Il fallait que je temporise au niveau du rythme, que je sois clair dans les propos et les objectifs. En fait, je dis aux spectateurs que je ne suis pas en train de faire de la fiction, mais de l'utiliser à des fins de véracité comme si j'étais en même temp documentariste. D'où l'utilisation des images d'archives.
Pour le rôle de l'écrivain «faussaire» et falsificateur de l'histoire, vous avez fait appel à Néji Najah qui, pourtant, s'est éclipsé de la scène artistique. Quelles sont les raisons de cette option?
D'abord, je voulais un acteur non galvaudé et non usé. Ensuite, Néji Najah aborde l'action d'une manière rare : il s'investit dans l'instant face au public et à la caméra, il est dans un état second. Quand il joue, il est double : il est à la fois conscient et spectaculaire.
Vous dédiez le film à «La plume de l'ami Mohamed Mahfoudh». Qu'est-ce qui a motivé cette dédicace?
A travers Mohamed Mahfoudh, votre collègue disparu, je rends hommage au journal La Presse ainsi qu'à à tous les journalistes qui respectent leur métier.
Je crois que c'est mon devoir de faire la distinction entre des articles sans importance qui ne servent qu'au remplissage et des articles de fond, qui anoblissent le métier.
Quand Mohamed Mahfoudh titrait ses papiers ou écrivait ses éditoriaux et ses «humeurs», il montrait un amour fou aussi bien pour le journalisme que pour le lecteur. Je ne peux pas nier l'importance du journal La Presse pour le lecteur tunisien.
Quand le 14 février 1991, lors de la première Guerre du Golfe, les armées alliées avaient bombardé un abri civil où il n'y avait que des enfants, des femmes et des vieillards, causant en 20 mn la mort de 1.000 Irakiens, le lendemain, Mohamed Mahfoudh titrait son article «Honte à eux», je ne pouvais que noter ça. Voilà une manière magnifique de dénoncer la violence de la guerre et de la condamner. Or, au-delà de la guerre, élément cher de l'histoire, il y a l'histoire des peuples et des sociétés.
Comme je condamne la guerre, je condamne également ce que disent les médias pour lesquels les victimes innocentes, dont on oublie la douleur et les souffrances, ne sont plus que des chiffres. C'est vraiment là la logique de la violence qui s'est emparée de l'humanité.
Dans votre opus, vous rendez également hommage aux arts et aux artistes à travers une scène de musique.
Cette scène où j'ai utilisé de vrais talents artistiques tunisiens symbolise mon attachement à l'importance de la création culturelle. J'ai filmé de vrais artistes dans la peau de faux musiciens pour tenter de les immortaliser.
Cela pour dire et montrer qu'il existe chez nous d'excellents plasticiens, comme Nja Mahdaoui et Hamadi Ben Saâd, de magnifiques poètes tels Sghaier Ouled Ahmed et de bons cinéastes, comme Nouri Bouzid, etc.
Enfin, le titre du film Les palmiers blessés vous paraît-il judicieux?
Oui, car il s'agit d'une métaphore ayant trait aux palmiers bordant la corniche de Bizerte, tous troués par les balles et les bombes de la guerre d'évacuation et dont personne ne se soucie.


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