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Du prix Nobel, De la Révolution
Publié dans Leaders le 24 - 10 - 2013

Il est coutume qu'au début du mois d'octobre de chaque année, les yeux se tournent vers Stockholm et Oslo où seront annoncés les nouveaux prix Nobel. Ce fameux sésame qui consacre au Panthéon universel de la science le labeur de personnes qui ont voué leurs vies au savoir et à la paix. Et comme à chaque année, nous ne sommes pas surpris de constater qu'aucun tunisien n'a eu ce prix et que, fort probablement, ça sera le cas pour les décades à venir.
Evidemment, on connait tous les raisons d'un tel «échec», si on peut l'appeler ainsi et à la rigueur cette question n'est pas importante. Ce qui est pertinent c'est de savoir si un jour, la nation tunisienne enfantera un prix Nobel de physique ou d'Economie? Cette question prend tout son sens au moment où la «fine fleur» de nos politiciens se met autour de la table pour soi-disant «dialoguer» sur l'avenir de la nation. Ainsi, il serait intéressant de savoir, si à défaut de l'inscrire à l‘ordre du jour ou si cette question taraude, au moins, l'esprit de ces hommes et femmes qui sont supposés dessiner les contours de la Tunisie nouvelle. La Tunisie démocratique et moderne comme on dit !!
Probablement pas et c'est là où le bât blesse.
Depuis que l'échiquier politique tunisien s'est doté de nouvelles pièces, on assiste à un dialogue de sourds entre ceux qui veulent se prémunir d'un Etat islamique et d'autres qui s'en défendent de chercher à l'imposer. Un combat de coqs, mené par des poules mouillées qui ont peur de s'assumer et ne font que se rejeter mutuellement la responsabilité de leur médiocrité. Trois ans que nous entendons des promesses et des propositions, mais en aucun moment, nous n'avons eu vent d'une vraie ambition hormis celle, personnelle, d'ajouter une ligne à un curriculum Vitae lamentablement vide.
Alors au moment où nous marquons la deuxième année des élections libres et transparentes, (Je dis marquer, car même les vainqueurs, n'ont pas à cœur de célébrer cette date, ce qui en dit long sur leur auto-évaluation de leur propre bilan), il est utile de sortir de la logique inquisitoire pour essayer de comprendre les raisons de cet échec collectif.
Il est évidemment facile de répondre que ce c'est l'incompétence doublée d'une mentalité d'apparatchiks qui sont les causes de nos maux. A mon humble sens, ça serait un raccourci aussi impertinent qu'erroné. La politique n'est pas une question de technocratie uniquement et construire un Etat sans la politique est le chemin tout tracé vers la dictature.
Au fond, notre incapacité à décoller et réussir le processus démocratiques tient à deux raisons : La révolution et ses héritiers.
Commençons par les «héritiers». Il faut admettre que bien que faisant de la politique depuis toujours, notre classe politique est plus rompue au militantisme qu'à l'exercice du pouvoir. D'ailleurs, elle ne l'a jamais exercée. Sa droite luttait pour l'instauration d'une Imara (principauté), prélude de la renaissance de la Oumma et sa gauche se plaisait dans le combat chevaleresque des principes universels à savoir la démocratie et la liberté d'expression. Une fois, l'euphorie du janvier 2011 consommée, les premiers ont essayé de réaliser ce vieux projet aux contours flous et qui n'a même pas été revisitée à la lumière des évolutions qu'a connues la Tunisie depuis qu'ils l'ont quittée le siècle dernier. D'autres, ont gardé le même fusil, mais en changeant d épaule. Contre la Tyrannie et la dictature, la lutte pour les mêmes principes continue, ou soyons justes, plutôt pour leur préservation contre soi-disant l'intégrisme et l'obscurantisme. Cet état de fait, explique, entre autre, comment un vieux renard comme Beji Caied Essebssi a pu redonner espoir à de nombreux tunisiens car, comme l'ont admis même ses adversaires, il maitrise les rouages du pouvoir et pour cause, il en avait fait son métier.
Quant à la révolution. C'est peut être dû au fait qu'elle nous a prise par surprise ou que nous manquions de discernement, mais le 14 janvier n'a jamais été «théorisé», ce qui a eu comme conséquence une absence de boussole : vers quelle direction, ce soulèvement populaire est sensé nous emmener ?
Même si conceptuellement, la comparaison n'a pas lieu d'être, si on se permet de faire un parallèle avec la révolution française ou bolchevique, pour rester dans la sémantique de l'évènement du jasmin, on notera que ces deux ruptures majeures ont été nourries par un fondement philosophique solide (la philosophie des lumières pour la première et le marxisme pour la seconde), ce qui a permis de déblayer le chemin post-révolutionnaire. Le Jasmin et son printemps arabe, n'ont pas eu ce socle théorique. On parle de «Liberté-justice et dignité», mais sans essayer vraiment de donner du contenu, ce qui parfois leur a valu une résonance à vide.
Cette absence de « la théorie de la révolution » fut la brèche dans laquelle l'islamisme politique s'est engouffré en essayant d'inscrire, même à demi-mot, l'Etat islamique dans le testament des martyrs. La question aurait pu être résolue et la direction du pays choisie, sauf que les porteurs de ce projet ont oublié une donnée importante, à savoir qu'il fallait tout d'abord répondre à la question essentielle «Quel Islam ?». Du coup, et aussi ridicule que cela puisse paraitre, au lieu du dialogue national, la Tunisie est, au fond, condamnée à attendre que les "faucons" et les "colombes" se mettent d'accord avec la bénédiction de M. Belhaj et Abou Yadh pour qu'elle puisse enfin trouver feu à sa lanterne.
Aujourd'hui, il est absolument urgent que la classe politique prenne conscience que la Tunisie moderne, juste, libre et démocratique ne se construit que si seulement elle arrive à s'extirper du piège du débat sur la laïcité et l'islamité. Ces portes sont ouvertes depuis longtemps et il faut bien s'arrêter un moment de les défoncer. Pour cela, il nous faut s'accorder tout d'abord sur la direction et sur la méthode.
La méthode est la démocratie et son corollaire direct, les urnes. Tout autre moyen est et c'est le billet d'entrée de l'oppression, la tyrannie et l'humiliation.
Pour la direction, en tant que citoyen, je pense qu'il n'y a pas mieux que celle du prix Nobel.
Passé le demi-sourire qu'une telle suggestion peut faire naître chez certains, si on réfléchit bien, remporter ce prix n'est nullement une question de fierté ou de compétition, mais un choix d'avenir.
Voir un jour une Tunisienne ou un Tunisien diplômé d'une université tunisienne ayant conduit ses recherches dans un laboratoire tunisien avoir ce prix devra être l'étoile polaire qui nous guidera tous. C'est la vision que les femmes et hommes politiques doivent porter. Ce sera la preuve que nous avons réussi à faire de notre patrie, une terre de savoir où l'être humain est épanoui. C'est dans cet Etat que nos enfants et nos petits-enfants doivent vivre et c'est l'ambition et le rêve que nous devons porter pour eux…
Autrement, on peut toujours tourner nos yeux vers notre nombril et accepter, ce que nous savons d'ores et déjà, à savoir qu'aucun Tunisien ne sera le prochain Nobel…
Mohamed Fayçal Charfeddine
Citoyen tunisien
Tags : Nobel Tunisie révolution bolchevique


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