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Sfax: Il n'est plus interdit de rêver
Publié dans Leaders le 10 - 08 - 2015

Il fut un temps où l'on a surnommé Sfax le "Singapour Tunisien"sauf que Sfax a toujours été marginalisé mais les Sfaxiens ne sont jamais alignés sur les dominations successives ils ont toujours été rebelles et ce depuis la colonisation.

Sfax a bien connu la révolte d'Ali Ben Ghedhahem s'opposant au bey de Tunis en 1864 et celle de1881 pour refuser le Protectorat Français ce qui leur a coûté des bombardement des troupes Françaises pour en venir à bout.

Sfax a été également bombardée par les alliés lors de la seconde guerre mondiale alors qu'elle est occupée par les puissances de l'Axe. Sfax est la ville où se sont illustrés deux grands militants de l'indépendance nationale assassinés en dix mois d'intervalle par l'organisation terroriste coloniale « la main rouge » le syndicaliste Farhat Hached (natif de Kerkennah), le 5 décembre 1952 et le responsable destourien Hédi Chaker, le 13 septembre 1953.
Sfax la mal aimée
Aujourd'hui, quatre décennies d'oppressions et d'abandon.Habib Bourguiba, d'abord se méfiait de ceux qu'il surnommait les "Sfaxistes"quant à Zin El Abdine Ben Ali, il avait peur de tout ce qui bougeait à Sfax il n'a pas seulement négligé la deuxième ville du pays mais il a aussi tenu les élites de Sfax à l'écart.

En 1952 Sfax a vu l'implanation d'une usine extrêmement polluante, la SIAPE à quatre km du centre de la ville, puis dans les années 60 Le Président Bourguiba conseillé par ses proches fidèles sfaxiens a fait une usine aussi polluante la NPK qui a été implantée au bord de la mer de l'autre côté de la ville comme si c'était pour mieux polluer Sfax et la mer, d'ailleurs depuis cet instant elle devint l'unique ville côtière au monde qui tournait son dos à la mer.

Sous le régime Ben Ali, l'ex Président a attaqué aussi toutes les entreprises créées par des Sfaxiens au point de prendre de force le contrôle des meilleures d'entre elle. Dans la décennie suivante, les Trabelsi, la belle-famille de Ben Ali, se sont invités dans le capital des entreprises qui pouvaient les intéresser, c'est pour toutes ces raisons que Sfax en est resté aux années 1970 ou même pire.
Sfax une ville impossible
La qualité de la vie et l'état des infrastructures et des équipements publics sont aujourd'hui dans un état lamentable et indigne de la seconde ville du pays, elle a aujourd'hui un taux de mortalité nettement supérieur à la moyenne nationale en raison d'une pollution qui sévit depuis les années 50 et un taux de mortalité sur les routes supérieure à la moyenne nationale en raison de l'état des routes.
La pollution n'est pas uniquement provoquée par des déchets solides mais aussi par des déchets liquides et de la pollution atmosphérique, la production d'une tonne de phosphate dégage 5 tonnes de phosphogypse c'est ainsi que La SIAPE a cumulé le phosphogypse résultant de son activité dans une monticule de 63 mètres de hauteur avec une base au sol sur les rives de la mer égale à 2 fois la surface de la médina de la ville de Sfax.

Les unités de traitement de phosphate la NPK et la SIAPE ont 
fortement contribué à la dégradation de l'environnement. La zone située au sud des ports, fait l'objet de rejets des eaux traitées par la station d'épuration de 
l'ONAS, et des rejets de la SIAPE, cela sans parler des 
tonnes d'ordures dans les rues de Sfax. Des ordures partout, et c'est horrible.
La ville de Sfax si longtemps isolée et négligée et devant l'agrandissement démographique et le développement urbanistique non suivies par la réalisation adéquate des infrastructures et l'action environnementale requise, ne sait plus compter ses déboires, ni même les formuler ou par quoi commencer, unpetit aéroportaménagé que très tardivement après une multitude de batailles de la société civile localeet quitourne à 5%.

Un port, ridiculement petit ne peut même pas accueillir les conteneurs et ne fonctionne qu'à 30%/40% bon de part sa position et sa dimension à devenir un port de plaisance.
Une voie ferrée qui reste inchangé depuis la colonisation.

Des routes dans un état désastreux, aucun échangeurs ou presque.

Une circulation urbaine impossible de la pratiquer si on n'est pas de la région.

Cela a entrainé la fuite de ses capitaux et un manque d'investisseurs étrangers dans une ville réputée pour son dynamisme et l'esprit d'entreprise de ses habitants.
Enfin le commerce parallèle, a fini par vider Sfax de son industrie et de ses industriels. Plusieurs sfaxiens ont été obligés de quitter leur ville à la recherche d'un emploi prometteur ou de conditions de vie plus agréables ailleurs. Cet exode à double sens fait que le niveau du pouvoir d'achat a été baissé entrainant un appauvrissement perceptible.
Sfax une ville à refaire
Le retard du développement de Sfax n'a pas été donc le fruit d'un hasard mais d'une politique pensée par Ben Ali, et loin d'être innocente. Après la révolution la donne politique a changé et l'équité entre les régions est possible. Sfax doit reprendre son rôle de capitale du sud et redevenir le second poumon économique de la nouvelle Tunisie, un poumon dont la Tunisie a grandement besoin en ces temps très difficiles ce rôle, Sfax a les moyens de l'assumer mais encore faut-il impliquer tout le monde dans la conception des affaires et sortir du "voir-petit".

Cela est possible grâce à une culture du travail et du travail bien fait et un fort esprit d'entreprenariat mais cela ne se fera pas sans une mobilisation et une solidarité entre Sfax la ville avec son arrière-pays et entre la région de Sfax et toutes les régions du centre et du sud.

Bref il faut sortir toutes les études presque achevées lors des trois dernières décennies les actualiser et les mettre en exécution. Enfin, il est grand temps de repenser notre modèle de gouvernance et de développement régional avec comme objectif une vraie autonomie, une solidarité et une complémentarité de toutes les régions de la Tunisie.

Sfax donnera encore une fois le meilleur exemple j'en suis convaincu.

Moncef Kamoun


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