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Tunisie: A la recherche d'un Chef de Gouvernement
Publié dans Leaders le 17 - 01 - 2020

Depuis le 10 janvier chacun y va de son quatrain sur le profil de la personne la plus apte à diriger le gouvernement. Dans ces prises de position les manipulations et les partis pris n'échappent à personne. Ici, comme ailleurs, la politique est une jungle où ne survivent que les plus rusés parfois, cela s'est fait aux dépens des intérêts supérieurs du pays et ce n'est pas tolérable. Comme dans une sitcom les alliances se font et se défont au gré des intérêts des personnes, le mariage de la carpe et du lapin ou la réconciliation entre les Montaigu et les Capulet ne surprennent plus le citoyen lambda.
L'Article 71 de la constitution de 2014 stipule que : « Le pouvoir exécutif est exercé par le Président de la République et un Gouvernement présidé par le Chef du Gouvernement. ».
Nous n'avons pas de majorité présidentielle au parlement et rien ne permet de croire que le chef de l'Etat, la plus haute autorité dans le pays, souhaite en avoir une. De même le programme politique du président est fait de généralités aux contours contours flous. Dans ces conditions plus que jamais le chef du gouvernement sera le chef de la majorité qui déterminera la politique générale de l'État et veillera à sa mise en œuvre. Dans ces conditions, il ne peut en aucun cas être que le fidèle exécutant du programme d'une coalition de 4 ou 5 partis, ce d'autant plus que ce programme n'existe pas encore. Diriger une politique de gouvernement dans un pays en crise dépasse de loin le fait d'exécuter les volontés des partis.
Les Articles 91-92-93-94 et 95 précisent ses missions, « sous réserve des dispositions de l'article 77 (Le Président de la République représente l'État. Il lui appartient de déterminer les politiques générales dans les domaines de la défense, des relations étrangères et de la sécurité nationale relative à la protection de l'État et du territoire national des menaces intérieures et extérieures, et ce, après consultation du Chef du Gouvernement.)). Il est important de noter que si « le Président de la République représente l'État. Il lui appartient de déterminer les politiques générales dans les domaines de la défense, des relations étrangères et de la sécurité nationale relative à la protection de l'État et du territoire national des menaces intérieures et extérieures, et ce, après consultation du Chef du Gouvernement.» il doit consulter le chef du gouvernement même pour toutes les décisions concernant la politique étrangère et les questions de défense et de sécurité.
Il suffit de faire le bilan de la Troïka et des 5 dernières années pour se rendre compte que le fameux tawafik sur lequel nous avons vécu jusqu'à présent a été un arrangement entre le défunt président et son acolyte le président d'Ennahdha pour partager le pouvoir.
Les expériences malheureuses de Essid et Chahed n'ont pas servi de leçon. N'ayant aucune légitimité électorale, ni politique et sans revenir sur les détails, les deux se sont rebellées publiquement. Certaines de leurs décisions ont été perçues comme de l'ingratitude de la part du président et cela a eu les impacts désastreux que nous connaissons sur la vie politique, économique et sociale du pays. Dans les deux cas l'expérience n'a pas été heureuse, cinq années de perdues pour le pays. Dans ce contexte et sauf à penser qu'il y avait une volonté de provoquer intentionnellement une crise, il est difficile pour un observateur neutre de comprendre comment Ennahdha avec une majorité fantomatique de 54 députés sur 217, avec une représentativité nationale en mosaïque, comment ce parti a-t-il osé proposer une personne inconnue, sans assise politique pour former un gouvernement ? C'est probablement une décision personnelle du président de ce parti maquillée par un vote du politburo (Choura). Il pensait disposer ainsi d'un exécutant docile. Les voix du seigneur sont impénétrables car malgré tous ses échecs depuis 9 ans ce parti cherche à diriger le pays en sous-main.
Il n'est pas le seul dans ce cas, nous reproduisons nos échecs à l'infini. En 2019 le candidat s'est rebellé avant même d'entamer sa mission. Il n'a pas été choisi, c'est tout à son honneur. Bizarrement, on a repris le même modus operandi et on continue à chercher à nouveau un bon exécutant ? Au lieu de refuser de se laisser enfermer dans des logiques partisanes et comme pour achever le désenchantement, les partis continuent à deviser sur des problèmes de personnes, la personne sélectionnée présentera à posteriori son programme...aux électeurs. Pour réussir le chef de l'exécutif doit être un vrai leader politique avec une légitimité autre que celle que lui délègue le président de la république ou les partis. Et je ne comprends pas la frilosité des leaders politiques, ont-ils peur de se jeter dans l'arène ? Ne sont-ils candidats que pour les joutes oratoires sur les plateaux télévisés ?
Nul ne connait encore le choix du président de la république mais aujourd'hui s'offre au pays une nouvelle chance, à condition de choisir la femme ou l'homme POLITIQUE capable de fédérer ces forces et redresser le pays.
La fameuse « ceinture parlementaire » qualifiée de confortable exigée par certains sera inutile si le chef de la majorité n'est pas un politique. C'est la promesse trompeuse de réformes. Nous en avons eu la preuve avec des gouvernements qui ont obtenu la confiance avec 80% des voix à l'ARP. A trop vouloir jouer les équilibristes, les gouvernements successifs ont fini par mécontenter tout le monde et mis le pays dans un immobilisme dangereux. Nous avons besoin en ce moment d'une équipe volontaire, resserrée, dirigée par une femme ou un homme politique fort, crédible et surtout ayant une assise politique. Libre à lui de s'entourer des compétences politiques ou non nécessaires. Cette équipe devra être capable d'entamer des réformes, moderniser le pays sans calculs ni peurs du lendemain ou de 2024. Deux épreuves tests pourront nous éclairer sur les intentions de cette équipe. Dans les plus brefs délais elle devra entamer la réforme des entreprises publiques en faillite et là elle devra probablement affronter la colère des organisations syndicales, de même qu'elle doit revoir la loi de finances 2020 et affronter le patronat et tous les formes de corporatismes. Ces hommes et ces femmes prendront des coups, seront dénigrés, attaqués parfois injustement mais l'histoire nous apprend que c'est à ce prix que se sont faites les grandes avancées.
Les prochains jours nous diront si la leçon du 10 janvier a été retenue comme il se doit ou non.


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