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Hamouda Ben Slama - Tunisie: Quand les valeurs perdent de leur valeur
Publié dans Leaders le 16 - 04 - 2021

La démocratie ne se porte pas bien en ces temps de crise, menacée par le populisme sectaire des uns et la tentation totalitaire des autres. A force de privilégier ces solutions de facilité pour s'accrocher à leurs positions, les détenteurs du pouvoir dans le régime politique actuel des 'trois présidences', nous semblent si préoccupés, empêtrés dans des tiraillements, des ressentiments et des contradictions, qu'ils en oublient les réalités d'un système à bout de souffle, un système où les valeurs perdent leur valeur ! Une 'guerre de succession' les aveugle et les empêche de voir qu'ils sont tous hors sujet, qu'ils mettent le pays hors jeu et qu'ils ne seront pas les seuls à en pâtir à plus ou moins brève échéance.
Pour rappel historique, la guerre de succession de Bourguiba, engagée dans les arcanes du pouvoir dès le début de ses ennuis de santé dans les années soixante, avait parasité tout le règne du Combattant Suprême et ne profita en définitive à aucun des barons de la Bourguibie !
Depuis une dizaine d'années, les décideurs politiques et les opérateurs économiques admettent que la situation économique du pays nécessite un plan ambitieux de réformes, fussent-elles difficiles et impopulaires, sachant que la moyenne des dix dernières années du taux de croissance est de 1,8% et qu'une croissance de 3,8% devrait se réaliser en 2021 si l'on veut commencer à réanimer l'économie et à préserver la stabilité financière. Ce plan devient d'autant plus impératif que la pandémie du Covid-19, avec un ralentissement économique sans précédent depuis l'indépendance, est venue aggraver les difficultés : PIB réel contracté de 8,2 % en 2020 et hausse du taux de chômage à 16,2 % fin septembre 2020.
Le chef de mission auprès du FMI pour la Tunisie, dans la conférence de presse tenue le 2 mars 2021 avec la participation du représentant résident du FMI en Tunisie, et en conclusion des consultations au titre de l'article IV avec la Tunisie, déclare : «Evidemment, des réformes difficiles ne peuvent être achevées que si tout le monde comprend comment elles vont faire bénéficier la société en termes de meilleure protection sociale, de plus de croissance inclusive, et moins de pauvreté, même si le coût de l'ajustement peut être difficile à subir à court terme.
La Tunisie doit suivre une nouvelle direction, qui ne peut se faire que suite à un dialogue national pour convaincre le peuple tunisien d'adopter un plan de réforme, le tout en révélant aux Tunisiens la gravité de la situation afin qu'il s'approprie le plan et s'engage dans cette démarche qui va sauver l'économie du pays».
C'est clair et net : le diagnostic et la prescription des bailleurs de fonds internationaux devenus incontournables tiennent en deux mesures à méditer et à appliquer:
1- la gravité de la situation doit être révélée au plus tôt aux Tunisiens;
2- s'engager dans un plan de réformes même si leur coût est difficile à subir au moins à court terme.
En clair, il s'agit de dire aux tunisiens la vérité, toute la vérité, sans plus tarder ni tergiverser.
Seuls des leaders populaires jouissant de la confiance des gens sont en mesure de parler vrai, de dire aux tunisiens qu'ils ne produisent pas bien et pas assez, qu'ils ne sont pas assez compétitifs pour se prétendre un pôle d'attraction des investissements, pour créer des emplois et pour bien exporter, qu'ils vivent au-dessus de leurs moyens, que les crédits étrangers que leurs dirigeants contractent pour payer les salaires et les pensions seront comptés au débit de leurs descendants sur plusieurs générations, que leur souveraineté nationale s'effrite telle une peau de chagrin ! Qu'ils ne pourront compter que sur eux-mêmes et qu'ils doivent supporter des mesures impopulaires mais inéluctables !
Il est effectivement à déplorer que le tunisien aujourd'hui est loin d'être productif et compétitif. Une note récente publiée par l'Institut tunisien de la compétitivité et des études quantitatives (ITCEQ) et consacrée aux problèmes du développement du capital humain révèle que la productivité du tunisien est inférieure de 52% au seuil mondial. De même que l'indice de capital humain (ICH) de l'année 2020, élaboré par la Banque Mondiale, révèle qu'en Tunisie, l'ICH est inférieur à la moyenne de celui des pays à revenu moyen-supérieur dont fait partie la Tunisie.
L'état de faillite financière et politique atteint en Tunisie dans la 2ème moitié du XIXe siècle, sous le poids des dettes et des emprunts européens sous le règne de Sadok Bey n'est-il pas, toutes proportions gardées, évocateur de l'état présent des difficultés économiques et financières? L'état de faillite économique et financière avait abouti, sous la pression des créanciers européens, à la mise sous tutelle internationale de la Tunisie par le biais de la Commission Financière Internationale instituée en 1869. Donc à la perte du peu de ce qui restait des attributs de la souveraineté nationale à l'époque.
Sans remonter aussi loin, pourquoi ne pas rappeler aussi une période similaire dont certains d'entre nous encore en vie ou en activité (dont l'auteur de ces lignes) se souviennent bien pour en avoir été des témoins et parfois des acteurs ? Il s'agit de la crise de 1986-1987. Elle fut au départ marquée par un état de déliquescence financière qui entraîna la mise en place, sur prescription des bailleurs de fonds internationaux, du Programme d'ajustement structurel (PAS) précurseur des réformes radicales dont il est question présentement. Mais cette crise fut surtout, et comme toutes celles – elles furent nombreuses – que le pays a endurées durant un demi-siècle d'indépendance, en amont et en aval de l'économique, une crise politique, de pouvoir et de confiance.
L'état de déliquescence politique était manifeste : Bourguiba vieilli et déconnecté des réalités du pays était dépassé, devenu l'otage de courtisans déterminés à garder le pouvoir par tous les moyens. Bien entendu et comme dans toutes les crises, la guerre de succession reprit de plus belle ; bref, situation explosive et à la limite de l'incontrôlable. Ben Ali, mis sur orbite quelques mois plus tôt grâce aux manœuvres de l'entourage du Président, illustre inconnu en politique et qui ne faisait pas partie du short list des prétendants à la succession de Bourguiba, prit de court tout le monde et ravit la conduite du jeu politique aux barons désemparés du Bourguibisme !
La classe politique de l'époque, toutes tendances confondues, une fois l'effet de surprise et de stupeur dépassé, a réagi positivement à l'énoncé de la Déclaration du 7 novembre 1987 puis adhéra au Pacte National qui promit l'avènement d'une ère de liberté, de démocratie et de justice sociale. J'étais parmi ceux qui y ont cru. La suite, on la connaît…
Il pourrait paraître déplacé, voire dépassé, sachant le scepticisme ambiant, de recourir à l'Histoire pour aborder et commenter la vie politique et les difficultés économiques, financières et sociales en cours. Bien au contraire, les leçons de l'Histoire ne sont pas superflues, notamment lorsqu'il s'agit de similitudes en matière politique, économique et financière.
Dans une étude publiée en anglais en 1991 sous le titre :« Clientelism and Reform in Ben Ali's Tunisia », l'universitaire américaine Susan Waltz, analyste avisée de la politique tunisienne et maghrébine, met ' en perspective historique les deux dynamiques centrales et permanentes de la culture politique tunisienne qui coexistent en Tunisie depuis longtemps et que sont la réforme rationnelle (qui a une longue histoire) et le particularisme (sa forme la plus courante est le clientélisme dont dérivent les deux maux majeurs, la corruption et le pouvoir personnel)…'.
L'universitaire et sociologue Abdelkader Zghal, qui a toujours su analyser le comportement et l'état d'esprit de ses concitoyens, écrit en 1967 : « Se souvenant des promesses non tenues (celles de la première décade du règne de Bourguiba) et des exigences arbitraires du passé et se montrant sceptiques sur les réformes présentes, ils (les tunisiens) réclament leur dû maintenant et se protègent contre les privations du lendemain. »
Les deux dimensions conflictuelles de la culture politique tunisienne que sont le réformisme rationaliste (qui permet d'avancer et de moderniser) et le clientélisme (qui bloque et dénature toute réforme) ont été résumés par Michel Camau, co-auteur d'un ouvrage de référence 'Le syndrome autoritaire, Politique en Tunisie de Bourguiba à Ben Ali, 2003', qui distingue entre l'Etat idéal (lorsqu'il s'agit de réformer) et l'Etat réel (qui reflète les résistances et les réticences sur le terrain). Cette disposition d'esprit héritière d'un cheminement historique opposant en permanence la raison et l'intérêt général d'une part à la passion et l'intérêt d'un individu ou d'un groupe d'individus d'autre part, reste malheureusement, 50 ans plus tard, encore vivace et ancrée dans les comportements ; il est à craindre qu'elle continue à se manifester et qu'elle s'oppose à toute réforme rationnelle pour faire face à la situation actuelle.
Le plan de réformes est certes à vocation économique, financière et sociale mais il est suspendu à un déclic. Ce déclic, prélude à l'instauration d'un climat de confiance, ne peut venir que du politique.
Lorsque l'agence de notation Moody's annonçait le 23 février 2021 avoir dégradé la note souveraine de la Tunisie, elle en faisait porter la responsabilité aux piètres performances politiques et elle pointait du doigt l'état de dégradation politique atteint en Tunisie. Lorsque les bailleurs de fonds internationaux, ne trouvant plus en Tunisie des vis-à-vis crédibles et clairement habilités à négocier et conclure, ils ont fermement conditionné tout accord avec la Tunisie à l'implication de plusieurs parties détentrices chacune d'une parcelle d'autorité, dont l'UGTT et l'UTICA. La confiance entre les bailleurs et les négociateurs habituels ne règne plus, comme entre les partenaires politiques et sociaux eux-mêmes.
Comme pour l'économique, un climat de confiance en matière politique propice à la stabilité et à la maturation d'un projet de redressement doit être instauré sans plus tarder ; il est d'autant plus impératif que la marge des choix est proche du nul.
Instaurer ou plutôt restaurer un climat de confiance dans le débat politique n'a jamais été une chose aisée car ceci s'est souvent heurté dans l'Histoire contemporaine de notre pays à la haine et au ressentiment que se vouent souvent les acteurs politiques.
'Expurger de la haine l'action politique' est un article de presse paru dans les colonnes du n° 5 de notre journal 'Démocratie' en date du 29 juillet 1978 sous la plume de notre ami l'historien Hichem Djaït qui, faut-il le rappeler, est l'auteur du célèbre pamphlet 'Les arrivistes sont arrivés' (paru dans Jeune Afrique) en réaction aux prémices de la dérive totalitaire du règne de Bourguiba à partir de la première moitié des années soixante.
Texte de valeur historique, cet article au titre évocateur fut en réalité tiré par mes soins, avec l'autorisation de son auteur, d'une lettre que m'avait adressée Hichem en juillet de la même année en écho à un article de presse paru sous ma signature dans le N° 28 de notre journal en langue arabe 'Erraï' en date du 6 juillet 1978 sous le titre ' Al Inaach Assiassi' littéralement 'La réanimation politique'.
Voici un passage de la lettre de Si Hichem dont les propos, plus de quarante ans après, restent actuels et à méditer aujourd'hui par les acteurs en charge de la chose publique, qui s'étripent et se cherchent encore : « … je suis de ceux qui croient qu'il faut expurger de la haine l'action politique … Par une longue tradition historique, nous avons toujours conçu le jeu politique comme une lutte à mort, d'où les révoltes constantes et les répressions constantes. C'est à qui détruira l'autre, physiquement. Qu'est ce qui, au fond, fait que les détenteurs de pouvoir dans les sociétés non-démocratiques, s'accrochent à leurs positions par tous les moyens ? Probablement, en dehors des avantages matériels et moraux dont ils jouissent, en dehors du désir d'agir et de satisfaire la volonté de puissance, l'instinct de conservation qui les condamne à perdurer ou à mourir, au moins moralement. Parce qu'en général les changements dans le pouvoir se soldent par des règlements de compte … »
Aujourd'hui, n'est-il pas venu, le temps d'expurger de la haine l'approche et l'action politiques ? Est-ce trop demander ou trop rêver que d'en appeler à ce que cessent enfin la négation et le ressentiment de tout acteur politique l'un envers l'autre ? Le vrai débat devrait mettre l'accent sur la primauté du rationnel – les réformes – sur l'émotionnel.
A cet effet, n'est-il pas temps de mettre en place un projet de réconciliation nationale globale afin de remédier aux blessures des 60 dernières années et de rétablir le climat de confiance ?
N'est-il pas judicieux de traiter les partis politiques, clés de voûte du pluralisme, en composantes politiques à part entière, non en ennemis mais en adversaires ou en alliés, en majorité ou en minorité, selon les choix, les alliances et les performances politiques étant avalisées ou sanctionnées démocratiquement ?
Si la démocratie tarde à s'enraciner dans le pays réel, c'est parce que le défaut de démocratie à l'intérieur des partis eux-mêmes en est l'un des principaux obstacles. A charge donc pour les dirigeants des partis, notamment les leaders dits historiques, de donner le bon exemple, de faire preuve d'humilité et de sagesse, de savoir passer le témoin à temps pour favoriser l'alternance et ne pas entraver le renouvellement des générations et des responsabilités au sein de leurs partis !
L'Histoire sera toujours là, lorsqu'on la sollicite, qu'on l'honore ou qu'on compare le présent au passé, pour mieux éclairer, guider et relativiser… en dehors et en dépit des passions et des errements.
Il y a près de deux siècles, mon aïeul le Cadhi et Mufti Malékite Cheikh Mohamed Ben Slama qui fut l'un des réformateurs de la première moitié du XIXe siècle sous le règne de Ahmed Bey I écrivait dans son ouvrage phare 'El Ikd El Mounadhid' littéralement 'le collier harmonieux' qui vient d'être édité et commenté fin 2020 par l'historien Ahmed Touili : ' Il y a lieu de recourir et de faire un rappel et un appel objectifs à l'Histoire, chaque fois que l'on veut réformer et moderniser ; le gouvernant et l'homme politique en général seraient bien avisés d'avoir un historien comme conseiller !'


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