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Les obus éclipsent la peur du coronavirus
Publié dans Le Temps le 21 - 10 - 2020

Accroupi dans son abri souterrain, le long de la ligne de front avec le Nagorny Karabakh, Aïden Chakhverdiïev attrape deux courges mûres qui gisaient sous une chaise: son "meilleur remède" contre le coronavirus.
"Elles ont poussé dans notre jardin. Tu les tranches et tu les saupoudres de sucre, tu les laisses une semaine-dix jours, puis tu les manges. C'est très bon pour la santé", assure cet habitant de 54 ans de la ville de Terter, en Azerbaïdjan, située à proximité des combats avec les séparatistes arméniens soutenus par Erevan.
A Terter, touchée à de nombreuses reprises par les tirs, comme dans d'autres villes et villages des deux côtés du front, la peur de la pandémie n'a pas disparue, mais les obus qui tombent sont un danger bien plus immédiat.
Les hostilités dans cette région montagneuse du Caucase, disputée depuis des décennies, ont repris le 27 septembre, faisant des centaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés.
L'Organisation mondiale de la Santé s'est inquiétée que le conflit ne réduise en miette des systèmes de santé déjà sous pression en Arménie et en Azerbaïdjan, et accélère la diffusion du virus dans la région.
"Comme nous l'avons dit à de nombreuses reprises, le Covid-19 ne respecte pas les frontières", a lancé la semaine dernière le porte-parole de l'organisation, Tarik Jasarevic.
L'Azerbaïdjan, qui enregistrait moins de 150 nouveaux cas quotidiens de la maladie entre début septembre et mi-octobre, en recense désormais plus de 600.
Le président Ilham Aliev a ordonné en réponse la fermeture du métro de la capitale, Bakou, et celle de toutes les écoles et universités pour une durée de deux semaines.
Les familles vivant dans les caves de Terter tentent elles aussi de se prémunir contre le virus, mais leurs moyens sont maigres et les recettes maison, passées de génération en génération, sont encore hautement respectées. Et cela bien que la courge ne soit pas un remède miracle contre le nouveau coronavirus.
"On a peur du coronavirus, on a peur des combats. On tente de survivre entre les deux", résume Vafadar Aliev, l'un des habitants, en déjeunant dans une cave où se sont rassemblés d'autres locaux.
Une équipe a pu accéder à Terter, située à proximité du front, grâce à un accès accordé par le gouvernement azerbaïdjanais.
Le port du masque et le respect de la distanciation sociale restent une préoccupation secondaire lorsque les gens se retrouvent avec leur maison détruite et des vivres qui s'épuisent.
Les habitants des caves de Terter ne se rendent dans leurs appartements -- aux murs explosés par les roquettes ou jonchés de débris, pour la plupart -- que pour se laver ou réchauffer de la nourriture. Ils retournent en vitesse sous terre ensuite dans leur refuge équipés de matelas et couvertures.
Leurs contacts avec le monde extérieur se limitent aux visites des services d'aide du gouvernement et à quelques proches venus des villages avoisinants pour donner un coup de main.
La menace d'un malade infectant tous les autres habitants de la cave est toutefois élevé. Les abris n'ont pas d'eau courante et l'hygiène est limitée à l'usage périodique de désinfectant.
"Lorsque c'est possible, on essaie de garder cet endroit propre. On fait ce qu'on peut", explique Roustam Aliev en regardant la pile de bouteilles d'eau et de jus vides qui s'amoncellent.
Deux pots rouillés sont posés à même le sol en ciment et quelques vêtements sont attachés à un tuyau au plafond.
Selon des bilans fournis par les deux camps, 60 civils azerbaïdjanais et 36 civils arméniens ont été tués dans les bombardements.
"Le virus, c'est secondaire. Toute notre attention est portée sur la guerre", résume Khidgueran Alrakhova, la seule femme à habiter la cave. Son voisin, Rasoul Aliev, acquiesce: "On essaie d'éviter de se faire tuer par les Arméniens".


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