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Que reste-t-il réellement d'Ennahdha ?
Publié dans Le Temps le 06 - 11 - 2020


Jameleddine EL HAJJI
Théoriquement, et depuis la révolution, la Tunisie s'est dotée de plus de 220 partis politiques meublant son paysage postrévolutionnaire. Le chiffre étant quelque peu pompeux, façon d'impressionner le monde et de racler le maximum de standing ovation, comme quoi autant la Tunisie était fermée, autant elle s'est ouverte à tous. Une approche très quantitative et passionnément en rupture avec le verrouillage que l'ancien RCD imposait aux citoyens du bled.
Reste que ce chiffre n'existe plus en tant que tel que dans les tiroirs de la bureaucratie du ministère de l'Intérieur et du chef du gouvernement. Sur le terrain, et par le truchement de nos médias, on est réduit à ne suivre qu'une poignée de ces partis, qui ne dépasse pas les doigts d'une seule main. A l'image de ce pauvre citoyen sans le sou, à qui l'on fait croire qu'il possède toute la Tunisie.
Si l'on se livre à un jeu puéril et simple, afin de constater en minutes et en lignes, la présence de chacun de ces partis omniprésents, on trouvera que le parti islamiste Ennahdha, engloutit à lui seul, plus que les deux tiers du temps des émissions ou débats sur nos stations radio et nos chaines de télé, publiques et privées, sans compter en pages, cette présence dans la presse écrite. De ce fait, Ennahdha se présente comme étant le « premier parti de Tunisie », un parti sans lequel rien ne peut être noué. Un parti dont dépendent tous les destins de la Tunisie, de la politique à l'économie, en passant par la société et les groupements de la société civile.
Un discours de moins en moins mobilisateur
Exportez cette image à l'étranger, elle sera perçue tout autrement. Les récipiendaires de cette image, vont vite s'auto-convaincre, par leur seule culture politique et civique qu'Ennahdha est désormais le parti de toutes les batailles. Pour cela, il doit être armé d'une armée d'ingénieurs et d'experts en toutes disciplines, qui passent leur temps d'un séminaire à un comité ad hoc, à une réunion ministérielle, à la recherche de l'élixir devant consacrer les slogans de la révolution d'abord, avant d'envahir les zones d'ombre des misères qui se déchirent la Tunisie et les Tunisiens. Rien que les sièges de ce grand parti de « pouvoir », ils vont constater le bal incessant de ces experts es-tout, foisonnant d'idées plus smart les unes que les autres, afin de soustraire le pays à ses crises.
Or, dès l'atterrissage sur la piste du réel vécu, on s'aperçoit que les Tunisiens sont passés maitres dans l'art de la mystification, pour ne pas dire du mensonge qui happe jusqu'à 90% des efforts de ce grand parti « au pouvoir ».
On verra, par exemple que rien que par le choix des sites de leurs implantations, les bureaux d'Ennahdha ne sont autres que des « points de rencontres improvisés », visant exclusivement à canaliser les habitants les plus nécessiteux et les plus réceptifs à la manière nord-coréenne de faire de la politique.
En débarquant à Tunis en 2011, quelques illuminés s'attendaient à ce que Rached Ghannouchi soit flanqué d'au moins deux mille experts en les thèmes les plus pointus de la « renaissance » tunisienne post dictatoriale. Que nenni ! Le bonhomme débarqua seul, dans une marée humaine des plus factices, puisqu'elle était fidèlement calquée sur les bains de foule d'un président parti voilà quelques semaines. Et c'est cet homme qui s'est présenté comme étant le nouveau « sauveur » d'un pays qui n'est plus que l'ombre de lui-même. Dix ans après, on se retrouve avec un parti qui est l'ombre fidèle de ce qu'il était bien avant « le débarquement » de Ghannouchi, mais que les opportunismes et les ignares ont soutenu depuis. Plus sympathique encore, Ennahdha semble innover en matière d'encadrement des « masses », par rapport à son prédécesseur, le RCD. Dans certains bars de la capitale, des jeunes désœuvrés occupent les comptoirs et les tables et consomment « gratis », contre la présentation d'une carte « magnétique » frappée du pigeon bleu de Montplaisir, histoire d'indics, chargés de présenter au « cheikh » un rapport sur des personnes lambda, contre trente dinars, boissons non incluses. Une police parallèle dites-vous ? Mais non ! La démocratie tunisienne ne s'accommode plus des milices. Appareil secret ? Soyons prudents, puisque la Justice est sur le sujet les assassinats politiques de 2013. Combien sont-ils ? Un jour on le saura.
Le règne d'une démagogie surannée
Reste l'appareil « officiel », qui fait l'objet à chaque coin du jour de départs qui ne cessent de faire le plaisir de nos médias audiovisuels et écrits, qui n'en finissent pas d'en disserter sur les mobiles et les objectifs. Pour le cheikh, dépositaire d'une allégeance à vie de tous les membres de sa confrérie, ces départs, y compris ceux de la liste des cents, sont réductibles à de vulgaires faits divers, ou embuches insignifiantes dans le parcours d'un parti qui se dit démocratique, et qui a du mal à muer.
En quelques mots, Ennahdha, depuis les élections de 2019 a pris conscience de l'imminence de sa disparition pure et simple. Et c'est pourquoi il s'est engagé dans un processus de survie auquel il faut faire beaucoup attention. Ce n'est plus la situation économique et sociale calamiteuse qui est à l'ordre du jour, mais bien une bataille de positions « physiques » et non politiques, qui se joue sous nos yeux, et avec notre destin.
Ce qui dissuade toute tentation d'optimisme, c'est qu'aucun des nouveaux dissidents n'a ouvert le chapitre financier de son « ancien parti ». Personne d'entre eux n'a daigné expliquer les sources réelles de ce financement qui a fait, momentanément, la grandeur de l'islam politique sur les quelques années passées. L'audit, pour Ennahdha, reste un tabou, même si certains dissidents assez nerveux, y font allusion, dans un détour de colère contre le cheikh.
Jusqu'où iront ces départs en colonnes ? Y aurait-il une décomposition du parti en rassemblements de petits bourgeois islamistes, en marge d'un système politique en devenir ? A l'image de ce qu'est devenu l'islam politique en Algérie ? Car une certitude se confirme chaque jour un peu plus : Sans l'argent de l'étranger, l'islam politique, avec toutes ses ramifications, confrérismes, salafismes, et autres groupuscules, ne peut plus résister non seulement à la réalité tunisienne, mais aussi et surtout à la volonté régionale et internationale, laquelle n'en veut tout simplement plus.
Que vaudra Ennahdha dans ces tourments ? Et que vaudra Ghannouchi dans la bourrasque qui vient inéluctablement ?


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