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Naissance d'un espoir
Publié dans Le Temps le 10 - 12 - 2020


Docteur Ali Menjour
Un vent glacial soufflait sur Paris en cette mémorable journée du vendredi 10 décembre 1948, obligeant les passants à bien s'envelopper dans leur manteau pour se protéger d'un froid sibérien. Dès le début de l'après-midi, une chaleur réchauffant les corps et les cœurs -non seulement des Parisiens mais de toute l'humanité- a commencé à se propager à partir des hauteurs du Trocadéro où dans le Palais de Chaillot la troisième assemblée générale de l'ONU (en attendant la fin des travaux de son siège de New York) s'est réunie pour voter le texte de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme.
Pour ne point rater cet évènement historique, personnalités françaises et étrangères se sont empressées, dès la matinée, pour assister à la cent quatre-vingt-unième séance plénière de l'Assemblée générale. Le hasard a voulu que le cadre de cet événement historique reste à jamais un symbole. Et aussi un témoin. En effet, le palais de Chaillot, lieu de naissance de la Déclaration, abrite le Musée de l'Homme. Quant à la capitale de l'Hexagone, notons qu'elle est loin d'être étrangère à ce genre de manifestation. A ce propos, Il est aisé de constater que la volonté des représentants onusiens n'est pas dans son fond différente de celle des représentants du peuple français qui, le 26 août 1789, ont voté la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, inscrite dans le préambule de la Constitution française. Le désir des uns et des autres est tout simplement de bannir à jamais l'humiliation de l'homme, son oppression et sa servitude de la part de son prochain.
La genèse de la déclaration
et ses principaux auteurs
L'idée de l'origine des Droits de l'Homme a toujours soulevé discussions et polémiques entre tous ceux qui se sont penchés sur la question. Que de fois, elle a même attisé les passions. Sur cette question, il est opportun de rappeler la polémique qui a eu lieu entre intellectuels français et anglais suite à la déclaration de l'ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher qui, en visite à Paris en août 1989, pour assister aux festivités du 2ème centenaire de la Révolution Française, a rattaché l'origine des Droits de l'Homme au texte biblique.
Sur ce point, nous estimons qu'il est nécessaire de s'arrêter pour ouvrir une parenthèse et rappeler à tous que toutes les religions et pas seulement chrétienne ou juive ainsi que beaucoup de philosophes , de scientifiques, d'artistes, de penseurs de tous bords n'ont pas manqué de traiter directement ou indirectement la question et appeler, chacun à sa manière, à la sauvegarde de la vie humaine et à la préservation de sa dignité. Mais pour parler d'un texte codifié reconnaissant d'une manière claire et explicite les Droits de l'Homme -comme on l'entend de nos jours-, force nous est de reconnaître que la «lettre des droits» (Rissalat al Houkouk) de Ali Zine El Abidine Ibn Hossein –arrière-petit-fils du Prophète (à lui Bénédiction et Salut) -constitue le texte le plus ancien. Ce texte, constitué de quarante articles n'a, malheureusement, pas beaucoup intéressé les commentateurs. Pour les Musulmans, on peut imputer la cause de leur désintéressement au fait qu'il soit l'œuvre d'un théologien considéré par les penseurs sunnites -qui représentent la majorité des Musulmans -comme étant dans la filiation des Imams chiites. Pour les islamologues occidentaux, notons que rares sont ceux qui reconnaissent cette réalité historique et l'évoquent dans leurs écrits comme c'est le cas de Marcel Boisard, auteur d'un excellent ouvrage sur l'Islam et la pensée islamique intitulé ''L'humanisme de l'Islam''. Pour cette raison et pour d'autres, le texte d'Ali Zine El Abidine Ibn Hossein est resté méconnu ou presque. Il a été, donc, peu ou pas exploité sur le plan de l'analyse, du commentaire de la critique et de la traduction (nous concevons qu'il est de notre devoir de revenir prochainement sur ce sujet pour montrer comment son auteur a pu réunir dans le même texte les droits et les devoirs de l'individu, tentative que, près de dix siècles après, les rédacteurs américains (en 1776) ou français (en1789) avaient essayé de réaliser, mais ils n'avaient pas réussi.
Revenons à la procédure qui a abouti à la consécration de la Déclaration du 10 décembre 1948 , pour dire qu'elle a commencé trois ans plus tôt à San Francisco, lorsque les auteurs de la Charte des Nations Unies -afin d'empêcher à jamais le retour aux horreurs de la guerre et dans le souci d'instaurer de nouvelles relations internationales basées sur un esprit de paix, de justice et de progrès, ont prévu la création d'une commission des Droits de l'Homme chargée d'élaborer un projet de charte internationale sur la question. Une année plus tard, cette commission a vu le jour. Regroupant dix-huit membres de compétences diverses -philosophes, juristes et diplomates originaires de l'Amérique du Nord et du Sud, de l'Europe, de l'Inde, de la Chine et du Liban, cette commission était présidée conjointement par Mme Eleanor Roosevelt (veuve du Président Theodore Roosevelt) et le juriste René Cassin, représentant de la France.
La présence d'Eleanor Roosevelt à la tête de la commission était loin d'être symbolique ou honorifique comme certains peuvent se l'imaginer. C'était une femme aux convictions marquées, ayant travaillé côte à côte avec son mari au point qu'on la considérait comme étant l'inspiratrice du New Deal. De même, on lui imputait les grands principes inscrits dans la Charte de l'Atlantique (1941) qui, depuis, avaient annoncé la liberté de conscience et d'expression, ainsi que la libération de la peur et de la pauvreté, et appelé à l'égalité et à la justice pour tous. La ferme volonté de Mme Roosevelt pour défendre ses opinions au sein de la commission avait été, de nombreuses fois, à l'origine de certaines tensions avec le grand constitutionnaliste français René Cassin. A ce propos force nous est de reconnaître qu'il n'était pas anodin de publier un texte répondant aux aspirations et aux désirs de tous à partir d'une compilation de beaucoup de propositions faites par des gouvernements et des individus de culture et de desseins politiques différents.
Là, on se doit de rendre un vibrant hommage au représentant du Liban, Charles Malik, rapporteur de la commission qui avec beaucoup de doigté, a su rédiger et peaufiner le texte final après une centaine de séances de la commission. A côté de lui d'autres personnalités, qui ont joué un rôle de premier plan dans l'élaboration du texte, méritent d'être citées, tel le secrétaire général adjoint des Nation Unies, les Français Henri Laugier, ou le directeur de la division des Droits de l'homme de l'organisation onusienne, le canadien John Humphrey.
Les grands principes
de la Déclaration :
La Déclaration des Droits de l'Homme est composée d'un préambule et de trente articles. Son élaboration peut être considérée comme l'un des plus grands efforts que l'humanité s'est efforcée de réaliser. Au moment du vote, le continent qui était le moins représenté était l'Afrique puisqu'à l'exception de l'Egypte, de l'Ethiopie et de l'Afrique du sud (régime de l'apartheid à l'époque), tous les autres pays africains étaient sous la domination coloniale européenne. Présentant les grands principes de la déclaration, René Cassin a publié dans le journal Le Monde (du 11 décembre 1948) , un article dans lequel il décrit cette dernière comme étant un édifice soutenu sur quatre piliers fondamentaux, celui des droits personnels (vie, liberté physique et sûreté juridique), celui des rapports avec les autres (famille, nation), celui se rapportant aux facultés spirituelles, aux libertés publiques et aux droits politiques, et enfin le véritable nouveau pilier, celui des droits sociaux, économiques et culturels. De ce dernier pilier, on déduit que, dès la création de la déclaration universelle des droits de l'Homme, ses concepteurs étaient soucieux que leur vision ne soit pas réductrice. Elle ne doit pas s'intéresser à l'Homme en tant qu'individu pris isolément, mais aussi en tant qu'élément d'une société donnée. Pourquoi le texte n'a-t-il pas été plus clair à ce propos, peut-on se demander ? A l'époque, la réponse n'était pas simple à poser. En effet, le faire c'est évoquer "l'épineuse question" des droits des peuples et leur grande importance dans le processus des droits de l'Homme. Pour cela, la question était prématurée pour ne pas dire taboue, du moment que les pays des principaux auteurs de la déclaration étaient des pays colonisateurs (France, Angleterre, Hollande, Portugal etc...). En toute logique, pour respecter les droits culturels des individus, la décolonisation devient une étape inconditionnelle et inéluctable pour le respect des Droits de l'Homme.
Les Droits de l'Homme
Pour qui ?
L'importance et la noblesse de la cause ont obligé certains représentants onusiens à ne pas s'opposer au texte de la déclaration. Par contre, des divergences d'opinion sur les principes fondamentaux ont conduit huit pays —la Biélorussie, l'Ukraine, l'URSS, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Yougoslavie, l'Arabie Saoudite et l'Union Sud-africaine— à s'abstenir lors du vote. Hormis ce dernier pays, tous les autres avaient des arguments valables, expliquant leur abstention, et compte tenu du modèle de société qu'ils ont choisi ou dont ils ont hérité depuis des siècles. Ceci prouve clairement que le texte des droits de l'Homme peut ne pas répondre aux attentes de certains. D'où la difficile conciliation entre droits de l'Homme et droits des peuples. En critiquant haut et fort le texte de la Déclaration, les pays communistes —encore appelés «démocraties populaires»— n'ont pas manqué de dénoncer l'excès des droits individuels au détriment des droits sociaux. De même, ils n'ont pas cessé de demander comment on ose donner tant de valeurs aux libertés individuelles alors que de peuples entiers voient encore leur liberté spoliée et leur dignité bafouée ? En mettant en exergue les libertés individuelles et en se taisant sur le fait colonial, le texte devient, d'après eux, une pure «hypocrisie de l'impérialisme occidental» (Le Monde du 10/12/1988). Ecoutons, à ce propos, le représentant de la Tchécoslovaquie, qui, en prenant la parole pour commenter le texte, ironisait : «On attendait une pierre précieuse de jurisprudence et qu'obtient-on ? Après un millier d'exposés, un texte dépassé. La récente constitution tchécoslovaque a reconnu de tels droits à l'homme que nous ne pouvons-nous satisfaire de la proposition qui nous est offerte. L'accepter ce serait réinventer la bicyclette au temps de l'avion à réaction» (Le Monde du 11 décembre 1988).
L'attitude du Soviétique Andreï Vychinski, qui se considérait comme chef de file de la diplomatie et de la pensée des pays du bloc communiste, était, bien évidemment, dans le même sens. En tirant à boulets rouges sur le texte de la Déclaration, il avait mis en évidence ses insuffisances, surtout concernant les peuples opprimés. Son discours «humaniste» aurait pu être crédible si son pays n'avait pas voté, comme d'autres pays, le partage de la Palestine (le 29 novembre 1947) une année auparavant et concrétisé par ce geste une certaine «légalisation internationale» du fait colonial juif sur 56% de la terre palestinienne alors la population sioniste ne dépasse pas le tiers de la population générale.
A l'occasion du soixantième douzième anniversaire de la Déclaration des Droits de l'Homme, chacun peut être amené à se demander si cette déclaration a servi aux peuples opprimés pour recouvrer leur liberté ou si elle a été utile pour moraliser la vie politique entre les nations et humaniser les relations internationales en freinant les décisions dangereuses et arbitraires des dirigeants de certaines grandes puissances militaires ? La réponse est, malheureusement, négative : L'incroyable légèreté avec laquelle le président américain vaincu, Donald Trump, a traité l'épineux dossier de Jérusalem, en témoigne. Si de nos jours, on est de plus en plus conscient que le but des promoteurs de la déclaration des droits de l'Homme est loin d'être atteint, le principe des droits de l'Homme restera par contre, à jamais, un espoir pour l'humanité toute entière.
Docteur Ali Menjour


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