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C'est notre administration !
Maux éternels, structures figées, ; clientélisme
Publié dans Le Temps le 14 - 01 - 2008

Les observateurs constatent que les niveaux du personnel et de la logistique de l'administration tunisienne se sont nettement améliorés. C'est un fait. Mais, un tel constat donne droit de meilleures performances eu égard à la qualité des ressources humaines existantes.
En effet, ce niveau permet de développer la productivité de cette administration et d'optimiser son apport dans l'évolution des diverses structures de l'économie nationale surtout que rien ne lui manque pour réussir. Le taux d'encadrement a connu un véritable essor avec la multiplication des recrutements parmi les diplômés du supérieur. Les ordinateurs ont pris la place des machines à écrire traditionnelles facilitant les tâches aussi bien de ceux qui écrivent que de ceux qui utilisent les écrits. Les services d'accueil ont remplacé les Chaouchs et les usagers sont facilement orientés vers leurs « destinations ». Plusieurs prestations et imprimés sont traités à distance et évitent aux citoyens des déplacements qui font leur perdre du temps et de l'argent. Les guichets uniques se sont multipliés permettant de faciliter les procédures administratives de la vie socio-économique. Les exemples cités ne sont que quelques échantillons parmi tant d'autres et qui prouvent que l'administration tunisienne bouge. Mais, des négligences persistent et touchent plusieurs sites de l'action administrative bloquant, même, le véritable décollage.
Donc, si la réforme administrative n'évolue pas comme le laisse entrevoir le potentiel existant, c'est qu'il y a anguille sous roche. Des manquements freinent le processus. Selon les spécialistes, les négligences les plus nuancées se situent, d'une part, en matière de prise de décision : « personne ne veut assumer la responsabilité des décisions. Tout le monde te parle de 'consignes' que tout le monde applique aveuglément sans en assumer la responsabilité. Les agents de l'administration ne s'identifient pas aux structures du service public. D'ailleurs, même pendant les séminaires où ce sont les hauts cadres de l'administration (des universitaires) qui s'expriment, ils ne défendent pas les programmes en cours. Mais, ils font du recul et adoptent des attitudes critiques. L'administration trouve rarement des personnes qui ont le pouvoir moral pour en parler en tant que décideur. C'est en exécutants qui subissent la législation administrative que les personnes contactées s'expriment généralement. Rares sont les occasions où des responsables administratifs assument les choix et en parlent en tant que décideurs. Il y a un manque flagrant d'audace et de personnalité dans ce secteur
socioprofessionnel. ». Par ailleurs, les observateurs reprochent aux structures administratives des faiblesses structurelles de productivité. En effet, le travail ne se traite pas, assez souvent, en tant que valeur et ne justifie nullement sa raison d'être : « Les Tunisiens, en majorité conservateurs et paresseux, affectionnent le travail dans la fonction publique. Il leur procure la stabilité professionnelle. L'écrasante majorité n'est pas satisfaite de sa situation et elle réagit avec la logique de 'rendre la monnaie de la pièce. Ils travaillent juste ce qu'il faut pour justifier l'argent qu'ils perçoivent, pas plus. Certes, des exceptions existent et leur nombre est en nette croissance. Ce sont,
généralement, les plus compétents. Mais, loin d'être primée, la compétence est, souvent, mal vue et elle crée, parfois, des jalousies au sein de l'entourage de l'agent compétent. Une telle attitude envenime l'environnement du travail. Et le pire, c'est que la compétence pénalise son titulaire. Il ne suffit pas qu'il ne bénéficie d'aucun avantage pour son excellence, l'agent qualifié peut être accusé de surenchères en raison de sa doigté au travail. 'Yghalli alina fil khobza'. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que, dans l'administration, tout le monde est rémunéré suivant la même grille. Donc, que les agents (ou les cadres) remplissent convenablement leur mission, ou qu'ils soient paresseux, ils sont payés de la même façon à la fin du mois s'ils sont du même grade ou s'ils occupent la même fonction. Ainsi faite, cette manière de rémunérer n'est pas motivante. Heureusement que cette situation n'a pas frustré toutes les compétences et qu'il y a, encore toujours, ceux (et celles) qui conservent leurs convictions intactes concernant la valeur du travail. Autrement, la machine administrative se serait déjà bloquée depuis belle lurette. ».

Structures
Au-delà du nivellement des valeurs 'travail/compétence', les spécialistes du monde du travail pensent que la structure actuelle de l'administration bloque sa propre évolution. En effet, il est clair, selon eux, que cette structure est fondée sur le centralisme poussé. Or, et toujours selon eux, ce mode de gestion a ses conséquences : « Une telle logique entraîne, généralement, une situation de vassalité. Le degré de soumission prend le dessus sur le degré de compétence. Il ne faut pas oublier l'influence de la proximité dans les relations humaines. Ainsi, la secrétaire (ou les secrétaires), le 'hajeb' et le chauffeur, ont une influence sur les appréciations subjectives d'un cadre ; surtout s'il est submergé par le travail. En plus, autour de lui, se crée une sphère qui orchestre ses décisions. Ces 'hommes de mains' sont généralement les plus compétents en matière d'allégeance. Ceux qui sont les premiers à exprimer leur bénédiction à toutes les décisions. Toute cette atmosphère continue à gangrener l'administration. Elle entraîne un manque terrible de communication. En effet, le cercle restreint fait de son mieux pour circonscrire toute concertation à son propre niveau. D'ailleurs, la réalité quotidienne montre le pouvoir des secrétaires et des 'hajebs'. Il provient, essentiellement, de ce facteur de proximité. Ils entretiennent la communication avec les décideurs. Laquelle communication influe sur la décision. Par contre, un cadre éloigné de cette sphère, aussi compétent soit-il, ne dispose pas d'une influence similaire. Pire encore, il peut être mis au 'frigo' pour incompatibilité d'humeur avec la sphère de décision s'il présente des signes de manque de soumission et s'il s'obstine à défendre son avis. L'administration verticale est basée sur l'état de sujétion auquel il ne faut pas déroger. D'ailleurs, certains chiffres officieux parlent de 15 % de cadres de la fonction publique qui sont dans le 'frigo' pour incompatibilité d'humeur avec leurs chefs hiérarchiques, semble-t-il. C'est pourtant l'argent du contribuable qui est dilapidé de la sorte pour payer les émoluments de ces cadres qui ne font rien que lire des journaux ou parler au téléphone. Telles sont parmi les conséquences d'une centralisation trop poussée. L'administration est appelée à adopter un nouveau mode de fonctionnement qui rompt avec ces défectuosités. »

A quand une administration non verticale ?
L'administration publique a été instituée pour instaurer et vérifier l'application des réglementations de la vie socio-économique. Elle est censée faciliter les procédures pour les acteurs de la vie publique. Mais, en l'état actuel des choses, les usagers se lamentent de la lenteur et de la complexité de plusieurs procédures administratives. Ils déplorent leurs conséquences sur la compétitivité de plusieurs secteurs économiques. Les ténors de l'administration reconnaissent les défectuosités et affirment faire de leur mieux pour optimiser le rendement des institutions administratives. De leur côté, les spécialistes proposent certains concepts pour l'administration moderne : « Fini les temps de l'administration verticale qui est organisée autour d'un centralisme poussé à l'extrême. Les structures modernes se gèrent à la manière horizontale où chacun a sa place et sa tâche dans une structure homogène. Il y a une stratégie quinquennale tracée en fonction du plan de développement. De là sont retirés des objectifs annuels. Le planning du programme annuel se décide suite à une concertation à laquelle chaque élément contribue. Les affectations des tâches se décident suivant les compétences pour optimiser les résultats. La communication est le fondement de cette structure. Tous les acteurs ont accès à l'information. Les bureaux sont communicants et ouverts. Les agents se concertent et sont complémentaires. Il n'y a pas de fonctionnaires subalternes. Pas de 'hajeb', ni de chargé d'une photocopie. Certes, il y a de la concurrence et c'est légitime. Mais, elle n'entrave pas le fonctionnement de l'administration et ne bloque pas non plus l'éclosion des compétences. Mais, pour cela, il faut commencer par le changer les mentalités. Il faut que les agents comprennent qu'ils sont différents en tout : connaissances, manière de penser, raisonnement, look, etc... Pourtant, ils doivent se respecter dans cette différence et à s'entraider pour optimiser le résultat de l'administration qui les fait vivre. Cette logique parait surréaliste et plusieurs diront, sûrement, que c'est un rêve. Or, tout commence par un rêve que l'on essaie ensemble de concrétiser. »

- Dhya, jeune doctorant, spécialiste en ressources humaines :
« Dans l'administration, rares sont les cadres qui accueillent à bras ouverts les nouvelles recrues surtout si elles possèdent des diplômes supérieurs aux leurs. »
Malgré son jeune âge, 28 ans, ce jeune homme est muni d'un Master en gestion des ressources humaines et il est doctorant à l'université d'Aix-Marseille. Il a, déjà, passé quatre stages au sein de la fonction publique tunisienne et a une large idée sur ses rouages. Son père, un haut cadre à la retraite, lui a passé également quelques tuyaux. Concernant l'intégration des nouveaux diplômés au sein de l'administration, il pense : « Dans l'administration, une bonne partie des agents classent toutes les informations se rapportant au service public sous l'égide du secret professionnel pour justifier leur refus de les communiquer. De la sorte, ils empêchent leurs jeunes collaborateurs d'être informés. Ils font semblant de ne pas faire la différene entre l'information professionnelle qu'on peut transmettre et le secret professionnel dont la divulgation est passible de sanction. Ainsi, ils se donnent de l'importance, d'une part, et ils bloquent l'essor professionnel des nouvelles recrues, d'autre part. D'ailleurs, ce dernier phénomène n'est pas spécifique à la Tunisie. Rares sont les cadres qui accueillent à bras ouverts les nouvelles recrues surtout si elles possèdent des diplômes supérieurs aux leurs. Ils ont peur que ces nouveaux ne leur prennent leurs places. C'est une réaction d'autodéfense d'une catégorie sociale qui manque de confiance dans ses propres capacités. ». Pour lui les défectuosités en matière d'encadrement des nouvelles compétences ne se limitent pas à ce stade : « Malheureux sont ceux qui n'ont personne pour les mettre en valeur. Ils peuvent passer à côté d'une grande carrière et moisir dans les archives. Leurs chefs hiérarchiques les font souvent travailler tout en s'appropriant leurs travaux. Ils n'ont aucun accès direct aux 'big boss' qu'on présente, faussement, comme des 'terreurs' pour que les 'jeunots' n'osent pas les aborder. La communication horizontale n'existe pas dans l'administration. Elle est plutôt verticale suivant un centralisme poussé. Ce mode de gestion ne permet pas aux compétences de s'épanouir. ». En plus, il trouve que l'état actuel de l'administration n'encourage pas les diplômés des grandes écoles étrangères de l'intégrer : « Une autre défectuosité très nuancée est le régionalisme. Plusieurs responsables administratifs font, encore, graviter autour d'eux une ceinture régionaliste partisane. Ils leur font confiance pour appliquer à la lettre leurs consignes alors qu'ils n'ont pas confiance en des collaborateurs compétents qui peuvent faire leurs propres interprétations. Les portes d'El Ijtihad' sont fermées dans l'administration. Certains responsables affirment ouvertement n'avoir besoin que d'exécutants et non, de collaborateurs conscients. La notion de centralisme est poussée à l'extrême chez eux et elle tue toute fibre innovatrice. D'ailleurs, de telles pratiques représentent un terrain fertile pour le régionalisme et le clanisme. ». Pour clore son analyse de la situation, Ridha affirme : « Il ne suffit pas de renouveler le matériel et de renforcer les ressources humaines par de nouveaux cadres diplômés du supérieur. Il faut, surtout, changer les mentalités. Seul ce changement pourra apporter le plus nécessaire pour un saut qualitatif dans l'administration. ».

Pavé
L'accouchement dans la douleur de l'e-administration
- Besoin de transparence, de réunions quotidiennes, de fluidité de l'information, de complémentarité, de loyauté et, surtout de changement de mentalité.


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