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Naceur Ben Cheikh, Professeur d'Enseignement Supérieur :« les meilleures conditions d'accès à la qualité »
Débats : Loi d'orientation de l'enseignement supérieur en question
Publié dans Le Temps le 28 - 01 - 2008

Le projet de texte de loi se rapportant à l'Enseignement Supérieur et à la Recherche Scientifique, destiné à remplacer, celui en vigueur, depuis le 28 juillet 1989, est de carrière stratégique et comme tel s'inscrira dans l'histoire de notre pays comme le texte fondateur d'une nouvelle vision de l'enseignement supérieur et de la recherche, par son implication réelle et déclarée dans le processus d'activité nationale de production et d'échange de biens et des services.
Car, il s'agit, dans le cas de l'enseignement aussi, d'une activité de mise en valeur de nos ressources afin d'en améliorer la qualité, la performance et le rendement.
Cette « économisation » d'une activité de production dont le matériau de base est constitué de jeunes citoyens, en position de « trans-formation » et de mise en valeur(s) est déjà sous entendue dans le vocable de « ressources humaines » à travers lequel on désigne la gestion du personnel d'une entreprise ou bien d'une administration. Si, pour des raisons évidentes, la gestion du personnel s'inscrit plus facilement plus facilement dans une logique économique, l'extension de l'approche « économique » à une activité, réputée à forte connotation intellectuelle comme l'enseignement supérieur, pourrait être interprétée, comme une soumission de « ces bastions du savoir » que sont nos universités, aux fins de l'activité spécifiquement économique. Activité que l'on pourrait juger, dans certains cas extrêmes comme étant trop intéressée par la réalisation de ses objectifs immédiats, sans se préoccuper de l'avenir, sur long terme.

Idéologisme aliénant
Ce dont il est question dans cette insertion de nos universités dans le cadre plus général de l'activité économique qui ne doit, en aucune manière, être assimilé à ce rapport rédacteur entre une université qui, dans ce cas, est supposée isolée, neutralisée, distante et coupée de la réalité, parce que attachée aux idéaux qui la fondent, d'une part et de l'autre, une économie qui serait consacrée à la réalisation exclusive du profit. Pareille interprétation d'un état d'esprit dont le moins que l'on puisse dire est qu'il est fortement imprégné d' « idéologisme » aliénant.
L'on ne peut ignorer, en effet, que la conscience, dont le pouvoir politique a fait preuve, d'impliquer la formation dispensée par nos universités dans la réalité économique du pays ne date pas aujourd'hui. Cela constitue, particulièrement depuis le Changement, une des priorités du programme d'insertion active de notre pays dans une contemporanéité, marquée par la mondialisation, que la Tunisie, sous la conduite éclairée du Président Ben Ali est en train de réussir, puisque sa réalisation ininterrompue et méthodique nous a déjà permis d'être classés parmi les pays émergents.
Mais, il y a une différence entre ressentir un besoin, établir même un diagnostic et établir une stratégie conséquente pour répondre à ce besoin. Car l'intégration de l'Enseignement Supérieur dans l'activité économique, même si une approche quoique peu administrative, a tendance à la présenter sous l'angle d'adéquation avec le marché de l'emploi, relève, en fait, de considérations beaucoup plus profondes. La nécessité de cette intégration peut, le cas échéant, prendre l'aspect d'un changement qualificatif d'option et être à l'origine d'un véritable bond qualificatif. Dans ce sens, il serait plus que souhaitable d'abandonner cette langue de bois qui consiste à présenter l'actuelle réforme, dont le projet de texte de loi est porteur, sous l'angle de l'adaptation à la conjoncture internationale et d'obligation de nous rallier aux choix déjà adoptés par des partenaires plus avancés. Cette manière de « défendre » le projet en déclarant sa nécessité, extérieure à la logique de l'évolution propre du rythme de notre développement global, est de nature à laisser la porte largement ouverte aux allégations les moins fondées des interprétations à caractère idéologique dont nous avions souligné, au départ, le caractère aliénant
Ce serait, aussi, présenter les objectifs souhaités et voulus comme des finalités qui nous seraient imposées et que nous devons réaliser indépendamment de notre volonté. Une telle approche, peut être à l'origine de ce que l'on pourrait considérer comme un obstacle épistémologique qui nous empêcherait de comprendre le fond de la question ainsi que la spécificité à travers laquelle elle se pose chez nous. Considérations importantes, dans la mesure où elle nous obligerait à faire preuve de pragmatisme authentique, issu de la philosophie de l'action, radicalement différent de ce pragmatisme d'adaptation qui érige l'opportunisme en stratégie d'action
A ceux qui, pour défendre notre projet de réforme, en parlent comme d'un alignement obligé sur les mesures prises ailleurs, et à ceux qui s'y opposent, arguant des mêmes raisons invoquées par ses défenseurs, nous disons que l'impératif de faire accéder notre enseignement au régime de qualité, que la propre évolution de notre pays nous dicte, constitue le fondement réflexif et technique de ce projet et que le débat devrait désormais porter sur les moyens d'assurer la réussite de cette réforme conséquente de notre enseignement supérieur. Moyens qui ne sont pas seulement d'ordre financier, se rapportant aux infrastructures de bases aux équipements, mais qui sont surtout humains, eu égard au rôle capital que les enseignants sont appelés à assumer, pour assurer cette réussite.

Le caractère exptionnellement positif de cette réforme
Pour signifier concrètement l'importance qu'il accorde à la mobilisation de ses collègues enseignants, et à leur nécessaire participation à la réalisation du projet, le Professeur Lazhar Bououni a tenu, en tant que ministre à y impliquer, au stade même de son élaboration, un maximum de personnalités, universitaires de renom et représentant toutes les disciplines d'enseignement et de recherche ainsi que divers sensibilités politiques et syndicales.
Mais peut être, est-il aussi temps de procéder à une évaluation réfléchie des différentes visions qui ont présidé, par le passé aux choix des différentes réformes précédentes. Et, ce dans le but d'établir un réel diagnostic que nous permettrait de cerner de plus près, la spécificité de l'étape à venir et d'en décider, en connaissance de cause, des moyens nécessaires à sa réussite. Ce qui pourrait permettre de convaincre beaucoup plus d'intervenants du caractère exceptionnellement positif, parce que réellement motivant, de l'actuelle réforme.
Si l'on parle de « motivation réelle », ce n'est pas seulement vrai pour les jeunes enseignants qui trouveront dans la participation active à ce projet, une raison de se réaliser eux-mêmes, dans l'activité créatrice dont ils auront à faire preuve, mais également pour leurs aînés, nantis d'une longue expérience, certes, mais dont certains parmi eux, y trouveront l'occasion inespérée de se remettre en question et de réaliser, au quotidien, que "l'espérance doit l'emporter sur l'expérience".
C'est peut-être, aussi, la réalité de cette "sous analyse", du système jusqu'ici en vigueur, qui fait que l'approche qui se laisse deviner à travers la rédaction juridique du nouveau texte, continue, comme par le passé à négliger l'apport de la culture à l'économie et même à l'innovation technologique ainsi que l'apport salutaire que pourrait avoir une approche économique de l'activité culturelle, à la mutation qualitative souhaitée de cette dernière. On y évoque "l'encouragement des universités aux activités à caractères, culturel, sportif et social" en se référant d'une manière implicite à certaines rubriques en rapport à cet encouragement figurant dans les budgets des institutions universitaires tout en passant sous silence le fait, exceptionnellement tunisien, qu'une bonne partie de ces institutions dispense un enseignement consacré aux lettres, aux sciences humaines et sociales aux beaux arts, aux arts et métiers, au design, au théâtre, à la musique et à l'architecture. L'enseignement de toutes ces disciplines de savoir et de maîtrise à un niveau universitaire, permet , sans que l'on se rende compte d'une manière "visible", à notre activité de développement global d'accéder à une plus value, de nature symbolique, certes, mais qui est loin d'être symbolique au sens qualitatif.
Il est vrai, également que les autorités politiques, aux plus hauts niveaux de la hiérarchie n'ont pas cessé de rappeler l'importance de ces activités culturelles, par le fait même qu'elles sont initiatrices de cette créativité et de cette imagination concrète dont on doit faire preuve pour réussir cette transformation qualitative de notre enseignement, comme l'a souligné, à plusieurs reprises le Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique lors des réunions de travail organisées au siège de son département ou bien lors des multiples meetings d'information, organisés au niveau des régions.

Se prendre de plus en plus en charge
Cette procédure démocratique dans l'instauration du nouveau régime, inaugurée par le Ministre, se retrouve également dans les modalités de son application, au niveau des institutions. S'agissant, en fait, d'un programme qui vise également à préparer les universités et les institutions qui en dépendent à se prendre de plus en plus en charge et à assumer d'une manière conséquente et responsable leur autonomie dans la gestion administrative, financière et de la pédagogie, ces institutions universitaires ont été sollicitées à participer à la réforme en proposant des parcours de formation détaillés et conformes au canevas général proposé par les commissions sectorielles nationales, composées elles-mêmes, exclusivement, d'enseignants.
Voici donc entamée, depuis plus d'une année, une réforme de l'Enseignement supérieur dont l'objectif est l'instauration, en Tunisie, du régime L.M.D ainsi que l'adoption de moyens d'évaluation adéquats que nous impose la nécessité objective de faire accéder cet enseignement à la qualité qu'il mérite et qu'on ne peut que lui souhaiter.
Pour la première fois dans l'histoire des réformes que le système universitaire et éducatif tunisien a connues depuis l'indépendance, cela se présente sous le signe distinctif d'amélioration de la qualité, et de l'enseignement et de celle de sa gestion. Il s'agit d'un programme qui participe d'une stratégie à moyen terme qui vise une sorte de mise à niveau des institutions universitaires qui permettrait à ces dernières de devenir performantes, au niveau de la gestion efficace de leurs ressources financières et humaines et à l'enseignement qu'elles dispensent de devenir mieux ciblé. Et ce, en précisant encore plus ses objectifs, en les mettant d'une manière lucide et responsable, en corrélation, avec la réalité du pays et avec ses besoins en agents hautement qualifiés, créateurs d'emplois en producteurs de richesses.
Comme on le voit, il s'agit d'une tâche pour le moins difficile qui ne peut être menée à son terme sans la participation effective de tous ceux pour qui l'enseignement demeure encore une mission et non pas, seulement, une fonction de qualité, objectivement désirable.
Comme dans d'autres domaines, la Tunisie laborieuse choisit la voix de l'effort et de l'autodépassement permanent. Dans ce secteur, particulièrement stratégique et d'excellence qu'est l'enseignement supérieur, il s'agit d'éviter à nos universités de rassembler à ce "savant sourd, évoqué par Tolstoï, qui répond à des questions que personne ne pose".


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