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Files interminables ; tarifs en hausse et toujours plus de refus
Visa français
Publié dans Le Temps le 02 - 12 - 2008

Des files interminables et indiscernables d'hommes et de femmes surgissent dans le noir. Quelqu'un qui passerait pour la première fois par les rues Yougoslavie et Hollande à ce moment-là où tout est fermé, où la ville dort encore les prendrait pour des gens s'amusant à jouer aux acheteurs stationnant devant un commerçant, à proximité du marché central.
Il pourrait aussi voir en eux des fantômes, et pourtant ils sont en chair et en os, ils bougent pour se réchauffer, pour ne pas geler dans cette fraîcheur glaciale de l'aube, ils se parlent pour lutter contre l'ennui des longues et pénibles heures d'attente qu'ils ont à passer debout, pour se consoler et surtout pour s'encourager mutuellement : on se remonte le moral, on « s'aplanit » les difficultés et on se miroite la belle issue, l'octroi du visa. Mais cette solidarité et cette compassion ne durent que tant qu'on est dans le noir, la toile de fond sur laquelle se dessinent les rêves, l'obscurité dans laquelle sont enfouies les appréhensions. Quand le jour commence à pointer, on est secoué, on se réveille et on commence à voir clair. La clarté du jour nous rend à la réalité, chacun replonge dans ses problèmes et ne s'intéresse plus à ceux de l'autre.

Le prix du paradis
Le spectacle fait revenir à l'esprit celui des demandeurs d'emploi dans les moments de récession mondiale. Car les places sont chères, puisqu'elles mènent au « paradis français, la terre promise aux rêveurs d'un monde meilleur ».
Depuis qu'on a imposé la prise de rendez-vous pour le dépôt de dossier, il n'y a plus d'échappatoire ni de place pour les parasites qui se livraient à des pratiques occultes court-circuitant la vigilance de « l'administration ». Cependant ce système, qui a chassé ces parasites, n'a pas réussi à résoudre le problème, puisque l'attente, bien qu'écourtée, reste toujours longue, elle a diminué de quelques heures, voilà tout.
L'attente se fait dehors sur un trottoir large d'à peine deux mètres, donc à ciel ouvert, sous la pluie et le soleil et dans le vent. L'installation d'un abri ne serait pas possible, puisque c'est la voie publique. Dans tout établissement, l'accueil se fait à l'intérieur et non pas en plein air. Le consulat de France dispose du terrain le plus vaste du centre ville, donc ce n'est pas l'espace qui manque pour faire attendre les gens dans son enceinte et préserver ainsi leur dignité. S'il y a impossibilité de les recevoir dans ces locaux, on peut en aménager d'autres où les conditions décentes seraient assurées. Ce traitement prend d'autres proportions à partir de 14 heures, à la remise des passeports, le moment du « verdict ». On appelle les candidats au visa par leurs noms en pleine rue comme on le faisait avec les journaliers pour leur remettre leur paye. « Je n'accepte pas qu'on m'appelle par mon nom en plein public, nous dit Zouhour révoltée, cela donne l'occasion à des voyous de m'importuner ». C'est l'autre grand inconvénient de l'accueil de la rue. Un demandeur de visa c'est un invité, et on ne reçoit jamais un invité en dehors de chez soi.
Dans ce consulat, ce ne sont pas seulement les entrées qui sont filtrées, les sorties le sont aussi : pour sortir il faut passer par un tourniquet. Mais ça n'a pas de sens. Qu'est-ce qu'on craint ? Que l'on entre par la porte de sortie ? C'est impossible, les caméras sont partout et les agents de sécurité se trouvent à l'intérieur et à l'extérieur, ils ne laissent pas passer une mouche.
Tarifs
Pour le dépôt du dossier de la demande de visa, il faut se présenter en personne, aucun argument, aucune circonstance ne vous permet de vous faire représenter par quelqu'un d'autre. Moncef nous dit qu' « on a refusé d'accepter le dossier de mon père, âgé de soixante-quinze ans, qui est malade en dépit du certificat médical que je leur ai montré, ils exigent sa présence, on voudrait l'emmener en France pour le faire soigner ». Quand vous remplissez cette condition de forme, on peut accepter votre dossier qui doit être constitué non seulement de papiers mais aussi de billets, les tarifs sont comme suit : visa cours séjour(schengen), 107, 525, visa long séjour(visiteur), 177,420, visa long séjour(étudiant). Ce sont des tarifs fixes que même la dévaluation de l'euro ne permet pas de baisser. Ces sommes payées ne sont pas récupérées en cas de refus du visa. Selon quelle logique exige-t-on ces tarifs ? Suivant quelle autre logique les confisque-t-on à ceux dont la demande est rejetée ? Et puis sur quelle base ils sont calculés ? Il se pourrait que ce soit le droit d'entrée au consulat, après tout, il fait partie du territoire de l'Etat français, donc y pénétrer c'est comme si on avait voyagé en France, le tarif serait une partie du prix du billet d'avion.
La plupart des demandeurs de visa ne sont pas admis en France nous affirment plusieurs de ceux avec lesquels on s'est entretenu. Et souvent la motivation du refus n'est pas convaincante. Siouar, qui accompagnait sa cousine, une demandeuse de visa, était inscrite à Toulouse en téléenseignement, il y a quelques années, elle a voulu partir en France pour passer son examen, mais elle s'est vu refuser le visa. « Le billet c'est Tunis/Bordeaux et l'université est à Toulouse, me dit-on », nous raconta-t-elle. Apparemment, les départements français se sont constitués en Etats indépendants et le visa est exigé pour passer de l'un à l'autre.« On vous avance n'importe quelle raison pour vous refuser la demande, et on peut même ne pas vous en donner , nous confia Adnène, un assidu des lieux. J'en suis à ma cinquième demande et toujours la même réponse : pas de visa, et pourtant j'ai à chaque fois fourni toutes les pièces requises, mais au guichet, on vous en demande d'autres qui ne figurent pas sur la liste des justificatifs », ajouta-t-il . Ces propos sont corroborés par Zina, une enseignante ayant la cinquantaine. « On m'a refusé le visa parce que le certificat de travail que j'ai présenté est livré par le lycée où je travaille, ce qui est conforme aux règlements, on veut qu'il le soit par la direction régionale, j'ai fait ce qu'on m'a demandé, et espérons qu'il n'y aura pas une nouvelle exigence, nous dit la professeur ».
Le délai de 24 heures de la remise de la réponse a été doublé vu la demande accrue qui est estimée à 500 par jour. Toutefois, ce rendez-vous peut être décalé. « On m'a demandé de venir lundi, 48 heures après le dépôt du dossier, sans compter le week-end bien sûr, mais en me présentant, on m'a fait savoir qu'il fallait revenir le lendemain, j'ai dû passer ma nuit dans un hôtel, puisque j'habite loin de la capitale », nous dit Raouf . Pour mériter votre visa, vous devez payer les frais de dossier, ceux de déplacement et ceux d'hébergement. Un coin au paradis, ne mérite-t-il pas tant de sacrifices ?
La fin du rêve américain
Ceux auxquels on refuse l'entrée par la porte, essayent de passer par la lucarne de la mer. Mais comme ils sont très nombreux et que l'espace est très réduit, peu d'entre eux réussissent à passer : au départ, ils sont des milliers, et à l'arrivée, ils sont quelques dizaines. Cette tragédie nous rappelle le commerce triangulaire où plusieurs des Noirs emmenés d'Afrique vers l'Amérique meurent en cours de route, rares étaient ceux qui arrivaient à destination vivants, on n'ose pas dire sains et saufs, car ils étaient traités comme des bêtes. C'est l'image que nous brosse Hédi Guella dans sa chanson « Babour zammar »(signal sonore émis par un bateau annonçant le départ) où il dit « el fargui binhom oubinel bagar jouaz essafar »(la différence entre ces misérables immigrés qu'on transportait en Europe et le bétail c'est le passeport vu les conditions inhumaines du voyage).
La mondialisation qui prétend démolir les frontières et rapprocher les cinq coins du monde les uns des autres au nom de la fameuse devise laisser faire, laisser passer, n'a en fait laissé faire que les puissants et laissé passer que les marchandises, tandis que les personnes du « tiers monde », elles restent cloîtrés entre les quatre murs.
En voyant ces interminables queues n'a-t-on pas l'impression que la France se renferme sur elle-même, et qu'elle va un peu trop loin dans la politique de la « discriminiation sélective ». Mais c'est là un autre sujet. Dans ce reportage, nous avons cherché à soulever une question de « civilité » dans le traitement des dossiers. Il ne s'agit nullement de parler de politique de l'immigration de France.


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