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Le mouvement national entre devoir de mémoire et tentation d'amnésie
Aujourd'hui, commémoration de l'assassinat de Farhat Hached en 1952
Publié dans Le Temps le 05 - 12 - 2008


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Les jeunes ne font pas d'efforts ; les adultes oublient...
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Abdelhamid Hélali, chercheur à l'Institut Supérieur de l'Histoire du Mouvement National : « L'histoire nationale est assez riche en noms et en événements mémorables dignes de ressusciter »
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« Nommer les rues par des numéros est déjà un déni d'histoire »
Aujourd'hui, la Tunisie commémore l'assassinat en 1952 de Farhat Hached, fondateur de l'UGTT et grande figure du Mouvement National. Beaucoup de places publiques et d'avenues portent son nom depuis l'Indépendance. Des statues sont érigées dans certaines villes à sa mémoire. Il en est de même de certains autres hommes de la lutte nationale qui ont eux aussi leurs rues et places. Des établissements scolaires, des locaux divers sont baptisés également de leurs noms. Le devoir de mémoire à l'égard de ces héros est dans l'ensemble honoré dans nos contrées. Cependant, on peut et l'on doit faire mieux pour que les jeunes générations continuent à entretenir le souvenir de leurs valeureuses actions et de leurs sacrifices immenses pour l'émancipation de notre cher pays.

Héni Chaker et la lutte nationale !
Les jeunes ne retiennent en fait que très peu de noms illustres : Bourguiba, Hached, Mohamed Ali el Hammi et peut-être aussi Hédi Chaker ou Habib Thameur. Et même pour ceux-là, il leur est, à deux exceptions près, difficile de vous dire ne serait-ce que sommairement qui ils désignent et quels rôles jouaient les hommes qui les portaient. Pour beaucoup, Hédi Chaker, Habib Thameur, Ouled Haffouz, Taieb M'hiri, Khemais el Hajri n'évoquent que des noms de rues ou de collèges. C'est à peine s'ils ne prennent pas Hédi Chaker pour Héni Chaker et Mohamed Ali el Hammi pour un joueur de l'Espérance. Ils étudient certes l'histoire du mouvement national à l'école et au lycée, mais d'une part, la matière est habituellement peu suivie, d'autre part nos enfants retiennent plus facilement les noms de leurs vedettes sportives et artistiques préférées. Quant à Mongi Slim, Mongi Bali, Tahar Sfar et autres Abdelaziz Thaalbi, ils serviront tout juste le jour d'un test ou d'un examen ; après, ils tomberont dans l'oubli !

Les adultes aussi oublient !
Les adultes, même parmi les cultivés, ne sauraient non plus vous renseigner d'une manière satisfaisante sur les principaux hommes et événements de l'Histoire nationale. Un sexagénaire dont nous tairons le nom sur sa demande (qu'il n'a formulée du reste qu'après s'être planté sur la plupart de nos questions !) nous « apprit » qu'El Hammi, fondateur du mouvement syndical libre en Tunisie, fut assassiné par l'organisation de « La Main rouge » ! On ne peut tout de même pas le confondre avec Hached, quand on est instituteur depuis près de 30 ans.
Des leaders et des militants comme Slimane Ben Slimane, Slaheddine Bouchoucha et les frères Haffouz ne figurent malheureusement pas sur la liste des personnalités connues de nos aînés. Le nom de Tahar Sfar leur « dit quelque chose », mais allez savoir quoi exactement. Tout ce qu'ils savent de Hédi Chaker c'est parfois qu'il est... sfaxien !

A peine un rescapé !
Mongi Bali a, à Tunis surtout, plus de chance que d'autres militants tunisiens de rester dans les mémoires : un monument est érigé à sa mémoire sur la place qui porte son nom, à quelques mètres de la grande gare ferroviaire et de la Place de Barcelone. Mais l'endroit est de plus en plus sale et mal entretenu ; pendant certaines périodes de l'année, il se transforme en dortoir pour des SDF locaux et étrangers. Aux alentours ça pue l'urine ; les rares bancs publics que compte la place sont aux deux tiers saccagés tout comme les rambardes qui sont censées protéger les plantes du jardinet et la statue de Bali. Celle-ci n'a pas non plus échappé au vandalisme des habitués des lieux ; mais pour dire les choses comme elles sont, on n'a pas du tout la conviction que l'entretien du monument soit régulier, ni même qu'on y ait pensé un jour. Il suffit d'aller sur place pour vérifier ce sort pitoyable réservé à l'un de nos symboles nationaux.
Nous l'avons déjà dit : il y a à faire pour conserver de notre histoire une image beaucoup plus reluisante !
Badreddine BEN HENDA
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Abdelhamid Hélali, chercheur à l'Institut Supérieur de l'Histoire du Mouvement National : « L'histoire nationale est assez riche en noms et en événements mémorables dignes de ressusciter »
« Nommer les rues par des numéros est déjà un déni d'histoire »

Sur la préservation de la mémoire des grandes figures de la lutte nationale, nous avons eu un bref entretien avec M.Abdelhamid Hélali, chercheur à l'Institut Supérieur de l'Histoire du Mouvement National, qui a bien voulu répondre à nos questions :

Le Temps : Le devoir de mémoire à l'égard des hommes du Mouvement National vous semble-t-il suffisamment honoré en Tunisie ?
Abdelhamid Hélali : « Il faut reconnaître que l'après Bourguiba a vu la réhabilitation d'un certain nombre de ces hommes : le retour des cendres de Salah Ben Youssef en Tunisie est un évènement en soi ; Slimane Ben Slimane a retrouvé sa place dans le « panthéon » des leaders du Mouvement National ; le mausolée Farhat Hached construit à Bab Benat s'inscrit aussi dans l'intention louable d'honorer le devoir de mémoire. Les musées qui conservent la mémoire nationale sont plus nombreux qu'avant. Ce ne sont là que quelques exemples illustrant cet effort de relire notre histoire sans exclusion ni sélection.
Cependant, nous devons dire également que cet effort reste insuffisant, la gestion du passé n'est pas une tâche aisée. Les cours du collège et du lycée ne sauraient suffire pour conserver chez les jeunes le souvenir des symboles du mouvement national. Figurez-vous qu'un directeur de lycée ignore tout de Khémais El Hajri, alors que son établissement est baptisé du nom de cet illustre militant. Que peut-on donc attendre de ses élèves ?
Certains noms de rue évoquent plus le colon que le militant patriote ; l'immense majorité des nouvelles cités construites un peu partout sur le sol tunisien est quasiment « sans mémoire ». Ni par le nom qu'on leur choisit, ni par ceux des rues qui les traversent, ces quartiers n'entretiennent le moindre rapport avec notre histoire nationale.
Les médias ne se rappellent que très occasionnellement le Mouvement National et ses hommes. Les éphémérides dans les journaux locaux donnent plutôt l'impression d'être des bouche-trous ! »

Quelles solutions concrètes proposeriez-vous pour pallier ces « négligences » ?
« Il faut d'abord penser à bannir cette mauvaise habitude de désigner les rues par des numéros. L'histoire nationale est assez riche en noms et en événements mémorables dignes d'être ressuscités et donc de remplacer ces chiffres absurdes. L'espace urbain doit également préserver des espaces pour les monuments à la gloire des patriotes disparus et des événements phares de notre histoire. On peut ne pas être favorable à la multiplication des statues, mais alors optons pour des mémoriaux commémoratifs dignes esthétiquement parlant des hommes et des faits qu'ils commémorent. Certains ouvrages construits à cet effet sont tout simplement laids. En tout cas, faisons en sorte que le souci de la prospérité présente et future du pays ne nous fasse pas oublier ou négliger le passé.
Nous aimerions aussi suivre sur nos chaînes télévisées davantage de programmes consacrés aux personnalités et aux événements qui ont marqué notre histoire nationale, notamment les « oubliés » de ce patrimoine. Il n'y a pas de mal non plus à ce que l'on accompagne les noms de rues ou de places qui évoquent la lutte nationale de textes succincts qui éclairent un tant soit peu le passant sur la personnalité ou l'événement commémorés. »


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