Tunisie, Maroc, Jordanie et Egypte croyaient en une véritable Zone de Libre Echange. Est-ce possible avec des économies divergentes et dont les structures de production sont faiblement diversifiées * Pour l'heure, l'Accord d'Agadir a copieusement servi les Pharaons Vulgariser l'accord d'Agadir conclu entre la Jordanie, l'Egypte, le Maroc et la Tunisie ; présenter les flux commerciaux et le potentiel des échanges entre les quatre pays membres et passer en revue les différentes actions d'accompagnement et d'appui de l'accord quadripartite (promotion, normalisation, propriété industrielle et financement du commerce) : tels étaient les principaux axes dans l'ordre du jour du séminaire organisé par le Ministère du Commerce et de l'Artisanat et le Centre Islamique pour le Développement du Commerce en collaboration avec la Société Internationale Islamique du Financement du Commerce (SIFC) sur « L'accès aux marchés des pays membres de l'Accord Arabo-Méditerranéen de Libre Echanges (Accord d'Agadir). Et ce, les 17 et 18 décembre 2008 à Tunis. Ce séminaire a été ouvert à la participation des officiels, des institutions et associations professionnelles, des hommes d'affaires, des exportateurs, importateurs et investisseurs opérant dans le domaine du commerce et des affaires entre les pays contractants. Le contexte économique global, dans lequel se meut l'Accord d'Agadir, est caractérisé actuellement par certains constats plus ou moins alarmants. Une crise financière systémique à l'échelle mondiale, un démantèlement des accords multifibres, l'élargissement de l'Union Européenne (à 27 pays), la Zone Euro-Méditerranéenne de Libre Echange à l'horizon de 2010 et l'Adhésion de la Chine à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Inaugurant les travaux du séminaire, Chokri Mamoghli, Secrétaire d'Etat auprès du Ministre du Commerce et de l'Artisanat, a rappelé que l'Accord d'Agadir ne se limite pas aux quatre pays contractants mais reste ouvert à d'autres partenariats et à une participation arabe et méditerranéenne. Il a ajouté que la Tunisie envisage de lancer un programme dont l'objectif est de diversifier davantage les marchés extérieurs et ce, à travers des accords en matière des produits agricoles et agro-industriels signés avec l'Union Européenne.
Zone de Libre Echange quadripartite Le processus d'Agadir a été initié à Agadir (Maroc) en mai 2001. A travers cette déclaration, les quatre pays membres (Jordanie, Maroc, Egypte et la Tunisie) ont exprimé leur intention d'établir une zone de libre échange entre eux. L'accord lui-même, a été signé par les quatre pays à Rabat (Maroc) le 25 février 2004. La mise en œuvre réelle a été enclenchée le 27 mars 2007 après la publication des circulaires de la Douane des quatre pays signataires. En effet, l'accord d'Agadir vise à instituer une zone de libre-échange et à coordonner les politiques macroéconomiques des pays membres surtout dans les domaines du commerce extérieur, l'agriculture, l'industrie, la fiscalité, les finances, les services et les douanes. L'accord favorise aussi une complémentarité entre ces pays à travers l'échange des expertises, l'exploitation des opportunités qu'offrent le cumul des règles d'origine et l'exportation vers le marché européen. Les pays signataires se sont engagés aussi à supprimer les barrières douanières, notamment celles relatives à la limitation des quotas et aux restrictions monétaires, administratives et techniques à l'importation, pour assurer la libre circulation des marchandises. Dans ce sens, le Secrétaire d'Etat a insisté sur l'obligation d'accorder à cet accord la consolidation et le soutien nécessaires compte tenu des opportunités qu'il offre en matière des investissements. Ces derniers, ajouta-il, « ont atteint, durant les onze premiers mois de cette année 850 MD par rapport à 717 MD en 2007 ». Il a aussi passé en revue le plan d'action de l'Unité Technique de l'Accord d'Agadir dont le siège est à Amman en Jordanie, qui bénéficie de l'assistance technique et financière de l'Union Européenne.
Contraintes et obstacles Dans son intervention, M. Fethi Ben Mimoun (Représentant du Ministère du Commerce et de l'Artisanat) a mis en exergue l'état des lieux des échanges commerciaux de la zone Agadir, les avantages, atouts et potentiels de cette dernière ainsi que quelques pistes et perspectives. Il a fait savoir que l'Egypte enregistre la plus hausse augmentation en matière de balance commerce avec 36% (+494 millions de dollars). Quant à la Tunisie, elle connaît un léger déficit (- 299 millions de dollars). D'autre part, ajoute-il, « un manque de statistiques par se fait ressentir. Tandisque la pluralité des statistiques permet le non-isolement de l'impact de l'Accord d'Agadir sur d'autres accords ». En effet, d'autres barrières entravent la circulation des marchandises entre les pays contractants à savoir essentiellement le coût du transport, qui « influe directement sur le volume des échanges », a affirmé le représentant du Ministère. « Le déficit de formation, le manque de contrôle technique et la régression des coûts des transactions constituent également des handicaps majeurs pour les quatre pays de la zone Agadir », a-t-il conclu.
Financement du Commerce : Est-ce satisfaisant ? Le volet financement du commerce a constitué le plus important « département » des travaux de ce séminaire. Toujours dans le cadre de l'Accord d'Agadir et après avoir rappelé ses objectifs et son plan d'action, M. Allal Rochdi, Directeur Général du Centre Islamique pour le Développement du Commerce (CIDC) et Représentant de la Société Internationale Islamique de Financement du Commerce (SIFC), a mis l'accent sur l'acuité de la circonstance économique actuelle. Il a ajouté que « d'après l'Accord d'Agadir, l'objectif est de mettre le doigt sur les obstacles qui ralentissent les échanges commerciaux entre les pays signataires d'une part et avec les marchés extérieurs dont l'UE, d'autre part ». Dans son allucution en tant que représentant de la Banque Islamique de Développement et représentant de la SIFC, M. Abderrahmen Al Madkouri a indiqué que 60 % des financements de la Banque sont orientés vers le commerce avec un total de 30 milliards de dollars depuis la création. Il a ajouté que « 70 % de ces investissements visent l'amélioration et l'impulsion du commerce ». Dans ce sens, le volume de financement du commerce a touché, en 2008, les 3 millions de dollars contre 2,528 millions de dollars en 2006. Le secteur privé en a profité seulement à l'hauteur de 35 %. En effet et en vue de résoudre les problèmes liés au financement du commerce, M. Al Madkouri a déclaré que la Banque et le SIFC ont lancé l'idée d'une institution spécialisée en la matière avec un capital de près de 3 milliards de dollars, dont 59 % proviennent des fonds propres de la Banque tandis que le reste revient soit aux institutions financières des pays membres ou à ces derniers. Ce projet a vu le jour à partir de janvier 2008.
Quel financement pour quels produits Répondant à l'interrogation concernant le non-financement des secteurs Services et Agro-alimentaires, le représentant a expliqué que « pour bénéficier du financement certains critères doivent être satisfaits ». D'autre part, « les secteurs primaires ne font pas partie du programme du financement, à l'exception des projets ayant une valeur ajoutée industrielle à savoir l'acquisition des produits biochimiques et des engrais de l'étranger », ajoute M. Al Madkouri.