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Femmes aux commandes
MONDE DU TRAVAIL
Publié dans Le Temps le 02 - 03 - 2009


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Mme la directrice de banque : -Au début des années quatre-vingt, j'ai énormément souffert à cause de l'attitude très hostile des hommes à mon égard -
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Mme Hager Bellil, la Directrice des Installations Electriques de la TRANSTU : - C'est une promotion qui est intervenue un peu tard, un homme aurait certainement mis beaucoup moins de temps -
- Tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont égaux devant la loi.- (art. 6). La loi a placé les deux sexes sur un même pied d'égalité, mettant ainsi fin à la discrimination. La législation est adossée par la politique, les décisions présidentielles et gouvernementales ne cessent de conforter la position privilégiée de la femme. Cependant, ce processus visant sa libération qui a démarré depuis 1956 avec la réforme du code du statut personnel a tardé à donner des résultats tangibles qui soient à la mesure de ces efforts continus, puisque c'est récemment qu'on a commencé à voir des femmes occuper des postes de responsabilité importants qui étaient jadis la chasse gardée des hommes et ce, en dépit du nombre très important des diplômées femmes qui est égal sinon supérieur à celui de ces derniers. Qui est responsable de ce retard, elle ou lui ? Et d'où proviennent ses difficultés quand elle parvient à s'imposer sur le plan professionnel ? Est-ce que le mal réside dans la mentalité de son partenaire qui refuse de partager avec elle les postes des grandes responsabilités ou bien dans celle de son mari qui ne participe pas aux tâches ménagères ?
Pour répondre à ces questions et clarifier la situation, nous nous sommes adressé à deux grandes dames occupant de hauts postes de responsabilité où on avait l'habitude de voir des hommes. Elles sont toutes les deux directrices, la première travaille dans une grande banque de la place, elle a préféré garder l'anonymat. La seconde dirige les installations électriques dans la TRANSTU et elle est chef du projet du métro de La Manouba, il s'agit de Mme Hajer Bellil. Nous avons donc là deux profils différents, l'une est administratrice, l'autre technicienne. En voici les portraits.

Mme la directrice de banque : -Au début des années quatre-vingt, j'ai énormément souffert à cause de l'attitude très hostile des hommes à mon égard -

Le Temps : L'accession à ce poste supérieur a-t-elle été facile pour vous ?
Mme la directrice de banque : Cela n'est jamais facile pour une femme, d'y parvenir, elle doit travailler dix fois plus que l'homme. Moi personnellement, j'ai dû fournir des efforts doubles et consentir beaucoup de sacrifices pendant des années pour bénéficier de cette position privilégiée, en plus clair, avec le même diplôme, un homme est promu au grade supérieur plus rapidement que la femme et en se fatiguant beaucoup moins qu'elle.

Une femme cadre supérieur est-elle bien acceptée par ses collègues hommes ?
Les choses ne sont plus ce qu'elles étaient avant, les mentalités ont évolué, aujourd'hui, la situation est meilleure sans être toutefois parfaite. Quand j'ai commencé ma carrière au début des années quatre-vingt, j'ai énormément souffert à cause de l'attitude très hostile des hommes à mon égard, j'étais une jeune diplômée universitaire qui affichait beaucoup d'ambitions et révélait beaucoup de qualités, cette allure m'a fait des jaloux, j'étais constamment en butte à des vexations, ma présence dérangeait en particulier les vétérans parmi eux qui supportaient mal qu'une « gamine » serait dans peu de temps leur supérieure. Cette animosité était devenue encore plus vive le jour où le PDG m'a nommée à la tête d'une direction régionale, mais avec la persévérance, la compétence et surtout la force de caractère, j'ai réussi à m'imposer et à me faire respecter. Donc, il est vrai qu'actuellement je travaille dans un cadre amical et que je suis mieux acceptée qu'avant, cependant je suis dans l'obligation de maintenir la même cadence dans l'effort si je tiens à sauvegarder mon statut, le niveau relationnel s'est amélioré, mais on continue à vivre dans une société d'hommes, il ne faut jamais perdre de vue cette vérité.

Ces sacrifices que vous consentez ont certainement un prix pour votre vie de famille, comment conciliez-vous entre votre foyer et votre métier ?
Je dois reconnaître que cela est très dur à réaliser, mes enfants me manquent beaucoup au cours de la semaine, je ne les vois pas avant 19 heures, donc j'essaye de compenser la quantité par la qualité en m'occupant d'eux le soir, pendant la journée aussi je les contrôle depuis mon bureau quand j'ai l'opportunité de le faire. Je sais que c'est insuffisant pour assister des adolescents à notre époque, mais malheureusement je n'ai pas le choix, je n'y peux rien, je vous avoue que j'ai des inquiétudes pour leur éducation et leur scolarité, sincèrement, la meilleure solution pour une femme de prendre soin de ses enfants c'est de ne pas travailler.

Comment réagit votre mari vis-à-vis de cette situation, accepte-t-il vos absences prolongées et répétées ?
Eh bien ! Il est très compréhensif, je dois m'estimer heureuse de l'avoir comme mari, sans son apport, je n'aurai pas réussi ma carrière, il est vraiment le gage de cette réussite, ce n'est pas n'importe quel homme qui va permettre à sa femme de rentrer tard la nuit à cause des réunions incessantes ou bien de partir en voyage. Moi de mon côté, j'essaye, en signe de reconnaissance, de lui rendre la pareille, je n'épargne aucun effort pour préserver la chaleur familiale au sein du foyer, par exemple, c'est moi qui fait la cuisine bien que ce soit aux dépens de mon repos et de mes loisirs : tous les week-ends, je fais la cuisine pour la semaine.

Mme Hager Bellil, la Directrice des Installations Electriques de la TRANSTU : - C'est une promotion qui est intervenue un peu tard, un homme aurait certainement mis beaucoup moins de temps -
Le Temps : L'accession à ce poste supérieur a-t-elle été facile pour vous ?
J'ai dû batailler pour l'avoir, un aperçu sur mon parcours professionnel vous donnera une idée sur les difficultés que j'ai rencontrées: j'ai été recrutée en 1981 au grade d'ingénieur, j'ai attendu l'année 1992 pour devenir ingénieur de direction, et c'est quinze ans après cette date, c'est-à-dire en 2007 que j'ai pu accéder au grade supérieur d'ingénieur général et être désignée comme directrice des installations électriques, c'est une promotion qui est intervenue un peu tard, un homme aurait certainement mis beaucoup moins de temps, et les exemples sont nombreux parmi mes collègues. D'ailleurs il n'y a qu'une seule femme dans la direction centrale.

Une femme cadre supérieur est-elle bien acceptée par ses collègues hommes ?
Je ne vous cache pas que depuis ma jeunesse, j'étais animée par l'idée de défi contre le monde des hommes qui excluait la femme de certains domaines, et c'est pourquoi j'ai fait l'école des ingénieurs(l'ENIT), on était deux filles dans la filière génie électrique. En 1981, date de l'obtention de mon diplôme universitaire, j'ai intégré le bureau d'études qui préparait la création de la Société du Métro Léger de Tunis(SMLT) pour l'année suivante, j'étais la seule femme recrutée. Ce bureau était constitué d'unités de projets qui étaient en fait des divisions virtuelles, j'étais affectée à celle de l'électromécanique. Dans ces services, il n'y avait pas de hiérarchisation, on avait tous le même grade et on dépendait du PDG, c'est ce qui, à mon sens, m'a fait éviter la discrimination, donc je peux dire que mes débuts n'étaient pas difficiles. Mais plus tard surtout avec la fusion entre la SNT et la SMLT et l'élargissement de l'organigramme la concurrence est devenue très poussée, et là, les hommes qui faisaient montre d'une ouverture d'esprit ont repris leur statut de machos et laissé apparaître leur misogynie, je suis redevenue la femme que j'ai toujours été à leurs yeux. Mais grâce à mes compétences, ma volonté tenace et ma force de caractère, j'ai su m'imposer et je suis actuellement chef du projet du métro de La Manouba, tâche qu'il n'est pas facile à accorder à une femme, la plupart des hommes voient en cela une atteinte à leur propriété, une intrusion dans leur terrain, car ils considèrent que le domaine technique leur est exclusivement réservé. L'affectation des femmes à ce domaine reste encore difficile en dépit de l'évolution des mentalités, par exemple, on montre de grandes réticences pour les recruter dans tout ce qui est opérationnel prétextant qu'elles ne sont pas aussi disponibles que les hommes, leur recrutement est un vrai champ de bataille pour moi. On est trop exigeant à l'égard de la femme, elle doit allier savoir scientifique, savoir-faire, forte personnalité et disponibilité. Pour réussir et aller jusqu'au bout de ses ambitions, il faut qu'elle conjugue les dons virils aux dons angéliques, elle est tenue d'être à la fois homme et femme.

Ces sacrifices que vous consentez ont certainement un prix pour votre vie de famille, comment conciliez-vous entre votre foyer et votre métier ?
J'ai beaucoup peiné quand mes enfants étaient plus jeunes, à l'époque, je faisais la mère et le professeur, je préparais à manger et j'assurais le cours particulier, c'était très éprouvant pour moi, mais maintenant ils sont grands, je suis soulagée, ils ont tous réussi dans leurs études.

Comment réagit votre mari vis-à-vis de cette situation, accepte-t-il vos absences prolongées et répétées ?
Heureusement que mon mari n'est pas oriental par l'esprit, il est à l'origine de toutes mes réussites, sans ses encouragements et ses sacrifices, je ne serais pas là où je suis. A l'adage arabe qui dit que derrière tout grand homme, il y a une femme, j'ajouterai que derrière toute grande femme, il y a un homme. J'avoue que quelles que soient ses qualités et ses ambitions, une femme ne peut pas accéder à des postes supérieurs si elle ne bénéficie pas de l'assentiment de son mari.


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