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Harcèlement sexuel: Le silence coupable
MŒURS SOCIALES
Publié dans Le Temps le 23 - 11 - 2009

Pas facile d'en parler. Encore moins de le prouver. Ici, comme ailleurs. Car le sujet demeure tabou. Difficile à aborder. Difficile à définir. Qui plus est pour la personne qui l'a vécu. Et qui préfèrera le plus souvent faire la politique de l'autruche, en attendant que cela passe, plutôt que d'affronter la réalité en prenant le taureau par les cornes, quitte à essuyer du plâtre.
Car dans ce genre de situation où l'équivoque règne bien souvent en maître, prouver que l'on a fait les frais d'un harcèlement sexuel, en bonne et due forme, cela relève d'une gageure. Parce que cela se passe bien souvent à huis clos, et que si témoins il y a, il n'est pas du tout certain qu'ils acceptent de soutenir la « victime » potentielle, si cette dernière décide de porter plainte devant les tribunaux. Sans doute la peur d'éventuelles représailles, une certaine forme de lâcheté, de l'indifférence, ou tout simplement l'idée préconçue qu'un adulte, pourra toujours se défendre tout seul, « comme un grand », face à n'importe quelle situation, son statut d'adulte lui assurant justement une invulnérabilité, qui est dans la plupart des cas, une invulnérabilité de façade.
Sauf que tout le monde ne réagit pas pareil face à la pression, quelle que soit son origine d'ailleurs. Mais pour une femme, dans le cadre de son travail, (car il est rare qu'un homme soit la proie d'un harcèlement sexuel sur son lieu de travail, rare mais pas impossible), c'est toujours dur à admettre. En ce cas de figure, la « victime » aura beau se voiler la face, esquiver du mieux qu'elle peut, user d'un flegme à toute épreuve, et jouer les diplomaties de haute voltige, quand le degré du harcèlement monte d'un cran, qu'il n'y a plus de fuite en avant possible, qu'il n'existe plus aucune échappatoire, les nerfs finissent par lâcher. Alors, ne reste plus qu'une seule alternative : céder du terrain, concéder quelques écarts histoire d'éviter le pire, avec l'espoir d'éteindre ainsi la flamme d'un désir équivoque, ou prendre son courage à « quatre mains », et déposer plainte. Ce qui est en soi une démarche des plus ardues. Susceptible de décourager d'avance n'importe quelle initiative qui irait dans ce sens. Car il y a une loi qui règne, en maîtresse absolue de nos destinées : la loi du silence.

Choc !
M.H travaille comme secrétaire dans une entreprise étatique. Dont nous tairons le nom. Célibataire, très discrète dans son attitude et dans son accoutrement, la première fois que son patron lui demanda de rester après dix-huit heures, parce qu'il avait un courrier confidentiel à lui dicter, elle accepta, ne doutant pas une seule seconde qu'il allait en profiter pour passer à des choses plus sérieuses. De but en blanc d'ailleurs. « Il m'a demandé de fermer la porte de son bureau en la verrouillant à double tour. J'étais surprise et très gênée. Alors quand il s'est approché de moi pour m'embrasser, j'ai amorcé un mouvement de recul et je lui ai demandé poliment de me laisser sortir. Il a fait comme s'il n'avait rien entendu. Impassible et sûr de lui, il m'a pris par la main malgré mes protestations, et je dois vous avouer qu'il a fait tout ce qu'il voulait. Parce que je n'osais pas crier, et ne savais quelle attitude adopter. J'étais sous le coup du choc et de la surprise. Quand il a fini, il m'a tout simplement dit que je lui plaisais, et qu'il allait m'allouer une augmentation de salaire substantielle. J'étais sidérée... Après coup, je me suis rendu compte que je m'étais laissée faire, et que ça serait pour lui par la suite, un jeu d'enfants. A qui oserais-je me plaindre alors que je n'avais pas réagi sur le champ ? Je me suis trouvée dans l'obligation de garder le silence. Et ça m'a rongé pendant longtemps. Tout le temps que dura le mandat de ce dernier, et qu'il me sollicita dans son bureau autant de fois qu'il en eût envie, pour obtenir ce dont il avait envie. Jusqu'à aujourd'hui j'en rougis de honte, mais je n'ai pas réagi et je ne compte pas porter plainte. Ça serait très mal- vu dans ma famille. Et puis encore une fois, je m'étais laissée faire. Quelque part moi aussi je suis coupable. Je sais que personne ne comprendra. Ce que je ressens, et ce que j'ai pu ressentir ».

Machisme
Le harcèlement sexuel ou le « Droit de cuissage » tel qu'on le taxait au moyen- âge, est une pratique très courante. Toutes latitudes confondues. Et si elle touche majoritairement les femmes, les hommes n'en sont pas exempts. Sauf que cela demeure une exception. Et puis il ne faut pas occulter le fait que le machisme ambiant n'encourage pas les hommes à se « confesser » le cas échéant, par peur du ridicule.
Mais il importe aussi de faire la part des choses. D'être précis dans les faits. Car il y a une différence fondamentale entre un harcèlement sexuel et une « promotion canapé ». Laquelle existe bel et bien. Même s'il arrive bien souvent qu'un harcèlement sexuel, ne se transforme, s'il y a consentement du côté du harcelé, et demande de contre- partie par la suite, en promotion canapé. Mais ça c'est une autre paire de manches...
N.S pour son cas a découvert en même temps, et le monde du travail, et celui du harcèlement. Moral et sexuel. Sitôt débarquée dans une entreprise de la place, et à peine installée sur sa chaise, son « patron » vint par derrière et l'enlaça. Outrée, elle le repoussa sèchement. Ce à quoi il lui rétorqua illico- presto : « si tu veux travailler et être bien payée, il faudra t'y faire. Autrement, dégage... ». En ces termes. Ni plus ; ni moins. Elle « dégagea ».
M.M vécut au sein de son travail, une sorte de descente aux enfers perpétuelle. Au début, c'était de grands sourires, des petites attentions, puis ce fut le temps des oeillades appuyées, qui se sont transformées en regards lubriques, avant que son employeur ne décide de passer à la vitesse supérieure, et de jouer les mains baladeuses à tout va. Le plus dur pour M.M c'est qu'elle était mariée, et ne pouvait se résoudre à en parler à son mari parce qu'elle avait peur d'une réaction trop violente de sa part. Et elle ne voulait pas qu'il paye les « pots cassés » ou, ce qui serait pire, qu'il l'accuse d'avoir joué les allumeuses, de s'être montrée trop aguichante, ou permissive, ce qui aurait eu pour résultat d'encourager l'attitude « grivoise » de son supérieur hiérarchique. Mais elle eut le courage de le repousser à chaque fois. Alors il se vengea, à sa manière. Ce furent brimades successives, propos dévalorisants devant ses collègues, désobligeants même, l'acculant petit à petit à perdre pied et à s'enfoncer dans la dépression. Elle n'en dormait pas la nuit. Et le matin, elle allait à son travail comme si elle allait à l'abattoir. La mort dans l'âme et le pas lourd. Pour retrouver l'atmosphère malsaine et le regard porcin de son « tortionnaire ». Car elle avait vécu pendant deux ans une vraie torture. Et un jour, n'y tenant plus, elle démissionna.

A qul « saint » se vouer ?
Porter plainte ? Garder le silence ? Accuser le coup ? Bien souvent la victime ne sait pas à quel saint se vouer. Et s'il arrive qu'elle porte plainte, elle devra attendre, longtemps, avant que la procédure ne prenne son cours et qu'on lui fasse justice. Cela dans le meilleur des cas. Ce qui ne relève pas d'une évidence.
H.K en a fait les frais à ses dépens. Elle a porté plainte, qui plus est avec des collègues qui ont accepté de témoigner pour elle, pour se voir au final, reléguée au banc des accusés, tandis que le harceleur était affublé d'une auréole de saint. Les jeux étaient truqués d'avance, car tout un corps de métier soutenait son employeur, tandis qu'on l'accusait elle, d'avoir inventé de toute pièces cette histoire, pour créer des problèmes à son supérieur hiérarchique. On la taxa de « nymphomane », et pour donner l'exemple, et afin de décourager quiconque à réagir comme elle, on la renvoya... après avoir convaincu les personnes qui avaient accepté de témoigner en sa faveur, de s'abstenir. Ces derniers, illico- presto, et avec le « retournement de vestes » le plus rapide de l'histoire, s'exécutèrent sans plus tarder.
H.K se retrouva dans une telle situation d'isolement, de marginalisation, qu'elle douta elle-même de ce qu'elle avait vécue et se mordit les doigts d'avoir parlé pour se défendre. Aux dernières nouvelles, elle se mord toujours les doigts...
Parce que le plus dur dans ce genre d'affaires, c'est d'apporter la preuve tangible de ce qui a été vécu. Et à moins d'enregistrer les propos du « harceleur », à moins de porter physiquement les traces d'une quelconque violence, et qu'un examen médical l'atteste, comment démontrer, sans l'ombre d'un doute, que l'on a bel et bien été sujet à un harcèlement sexuel ? C'est là le drame, vécu par pas mal de femmes, qui hésitent entre l'omerta et le « scandale ». Car, et c'est là où le bât blesse, une fois porté plainte, il y a à chaque fois comme un revirement de la situation, et c'est généralement elles, les victimes, qui sont pointées du doigt et éclaboussées par le scandale. Même les amis (es) les plus proches s'en éloignent, comme si elles étaient des pestiférées, parce qu'en parler, jusqu'au jour d'aujourd'hui, cela relève encore d'un tabou. On ne parle pas de ces choses-là... « Hchouma » !
Samia HARRAR
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Yosra Gmach (Avocate) : « Il faut réagir »
Nous recevons beaucoup de plaintes pour harcèlement sexuel. Les femmes commencent à comprendre que le silence n'est pas la bonne solution. Et qu'il faut réagir. Même au niveau de la législation, les choses sont devenues plus claires. La loi n° 2OO4- 73 du 2 août 2004 est venue modifier et compléter le code pénal, concernant la répression des atteintes aux bonnes mœurs et du harcèlement sexuel. Les articles : 226 bis, 226 ter, 226 quater, qui ont été ajoutés au code pénal, en attestent.
Le terme « harcèlement sexuel » a été explicitement défini avec l'article 226 ter, où il est précisé que le coupable est passible d'un an d'emprisonnement et d'une amende de 3000 dinars.
Est considéré comme harcèlement sexuel, toute persistance dans la gêne d'autrui, la répétition d'actes ou de paroles ou de gestes, susceptibles de porter atteinte à la dignité ou d'affecter sa pudeur. Et ce, dans le but de l'amener à se soumettre aux désirs sexuels d'autrui, en exerçant sur lui une pression de nature à affaiblir sa volonté de résistance à ces désirs.
La peine est doublée lorsque l'infraction est commise à l'encontre d'un enfant, une personne affaiblie mentalement, ou physiquement, et l'affaiblissement l'empêche de résister au harceleur.
Cela étant, l'article 226 quater stipule que les poursuites ne peuvent être exercées qu'à la demande du ministère public, suite à une plainte faite par la victime. Après cela, il faut qu'il y ait le témoignage de quelqu'un, fût-ce celui d'une seule personne, pour qu'on commence les poursuites et qu'on engage la procédure.
S'il y a une preuve physique, que l'on peut déterminer à travers la médecine légale, c'est encore mieux évidemment pour la justice.
Nous recevons de plus en plus de plaintes pour harcèlement sexuel, et ce sont évidemment les femmes qui subissent ce harcèlement là ; moral et physique. Mais c'est vrai que s'il y a beaucoup d'affaires portées devant la justice, bien souvent elles pèchent par manque de preuves. Et par manque de témoignages. Ce qui n'empêche qu'elle a tranché bien souvent en faveur de la femme. La loi, le code du travail ne pardonnent pas ces abus. Quand il y a preuve bien évidemment, car il ne faut surtout pas que cela soit la porte ouverte à des dérives ou des dépassements...


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