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De l'Empire à la francophonie
Bonnes feuilles: A propos du 45ème Anniversaire de la Francophonie
Publié dans Le Temps le 21 - 03 - 2010

Samedi 20 mars 2010 la Francophonie fête son quarantième anniversaire. A cette occasion, il nous a semblé de circonstance de publier quelques extraits du texte de Mahmoud MESSADI "De l'empire à la francophonie" tirés de ses "Œuvres complètes" Volume IV.
Par un de ces paradoxes curieux de l'histoire, grâce à la mise en œuvre résolue et au soutien initial que lui apporta la France en lui fournissant, dans les années cinquante et soixante, d'importants contingents de coopérants enseignants,
la réforme (de l'enseignement, n.d.l.r.) fit que l'usage de la langue française, enseignée dès l'école primaire généralisée, s'est étendu à l'ensemble de la population. Et ceci, le Protectorat n'avait pas voulu ou osé l'entreprendre de peur de fournir au peuple tunisien par une extension de l'instruction, l'un des instruments de son émancipation.
C'est par l'évocation de ce dernier trait que nous achèverons ce large rappel du caractère, à la fois typique et exemplaire, du rapport de la Tunisie avec la francophonie. (…)
Il est tout d'abord clair, comme nous l'avons déjà dit, que dans l'ensemble des pays africains du sud du Sahara, le français est appelé à se maintenir indéfiniment, par nécessité et intérêt national à la fois, tant qu'il ne sera pas remplacé (mais le sera-t-il un jour ?) par une autre langue officielle et véhiculaire, d'extraction nationale ou extra-nationale.
Il est non moins clair que dans les pays, africains ou autres, où il a joué le même rôle que dans le cas typique de la Tunisie, le français est destiné à un sort plus aléatoire.
Il continuera sans doute à être recherché comme instrument de progrès et moyen d'accès à la civilisation moderne, mais pour une durée à laquelle la politique de restauration et de modernisation de la langue nationale mettra, un jour ou l'autre, un terme inéluctable.
D'ores et déjà, dans l'ensemble des pays arabes d'Afrique du Nord et du Levant, l'arabe se rend de plus en plus apte à véhiculer les sciences exactes et les techniques modernes, et tend à reconquérir une place exclusive, ou tout au moins prépondérante, dans l'administration, l'enseignement, et la culture. Ce phénomène, appelé improprement "arabisation", n'est en fait que le retour à la normale d'une situation « anormale", et est donc investi d'inéluctabilité par nature. Dans tous ces pays, le retour du français au statut plus modeste de simple langue étrangère s'inscrit dans une perspective plutôt prochaine. (…)
Réalité plurielle (la francophonie, n.d.l.r.), ne cesse de poser la question de sa véritable vocation et de sa véritable dimension. Prise entre plusieurs exigences contradictoires, elle est grosse de malentendus (...). Elle inspire tout à la fois les aspirations à l'unité par la référence à une même partie spirituelle forgée par la connaissance intime de la langue française et un appel à la diversité qui ne peut que favoriser sa " babilisation ".
Plus sévères et plus désespérées encore sont ces lignes qu'on est à peine surpris de trouver sous la plume d'un homme qui a pourtant profondément cru à la francophonie et l'a beaucoup servie, Jean Marc Léger :
" J'éprouve à parler de francophonie désormais un malaise croisant en même temps qu'un sentiment d'accablement. il m'arrive de penser que si la francophonie n'existait pas, il faudrait surtout ne pas l'inventer ".
Ce jugement est-il sans appel ?
On ne sait. Mais il est certain que cette tare originelle, génératrice plus que d'ambiguïté, d'inconsistance même, tient à un déséquilibre congénital dans sa constitution et sa visée : c'est fondamentalement la France qui donne, et ce sont les autres, notamment ses anciennes colonies, qui reçoivent, c'est le rayonnement de la culture et du génie français qu'assure d'abord la propagation de l'usage du français chez d'autres peuples.
Or, le " donner et recevoir " n'a-t-il pas toujours été la règle d'or dans les rapports entre membres de toute association mutuelle durable ? Ah ! Quelle plénitude de dignité ressentiraient tous les peuples groupés sous la bannière de la francophonie, s'ils étaient appelés, à titre égal, à enrichir leur vie commune par les apports originaux de leurs cultures nationales, et si le français ne servait que comme véhicule d'échange, et moyen de transfert et d'intégration dans le patrimoine culturel commun de la francophonie, des trésors de leurs civilisations respectives ? Et quelle admirable contribution apporterait alors la francophonie à l'édification de cette " civilisation de l'universel " dont a tant rêvé cet autre grand français qu'a été Jean Maheu.
Et encore une fois, on se trouve comme malgré soi ramené à De Gaulle et aux percées souvent géniales de son esprit. Et quelle magnifique page que celle-ci, extraite de son discours du 30 octobre 1943, prononcé à Alger à l'occasion du soixantième anniversaire de l'Alliance française :
" Si la pensée française, bien loin d'être dans ses sources, doit, au contraire, reparaître renouvelle, rajeunie, ne serait-ce pas tant mieux pour le monde où la société des peuples vit et se développe par l'échange, dans le domaine de l'esprit, comme dans celui de la matière ? A cet égard, je ne crois pas qu'en contemplant ce qu'Il ya Ehrenburg appelle
" les trésors qu'elle a jetés à toute la terre " la France ait à se défendre d'une fierté justifiée. (...)
" Mais la flamme claire de la pensée française, comment eût-elle pris et gardé son éclat si, inversement, tant d'éléments ne lui avaient été apportés par l'esprit des autres peuples ? Cela lui eût été impossible si elle n'avait eu le goût et fait l'effort de se laisser pénétrer par les courants du dehors. En pareille matière, l'autarcie mènerait vite à l'abaissement.
" Sans doute, dans l'ordre artistique, scientifique, philosophique, l'émulation internationale est-elle un ressort dont il ne faut pas que l'humanité soit privée, mais les hautes valeurs ne subsisteraient pas dans une psychologie outrée de nationalisme intellectuel. Nous avons une fois pour toutes tiré cette conclusion que c'est par de libres rapports spirituels et moraux, établis entre nous-mêmes et les autres, que notre influence culturelle peut s'étendre à l'avantage de tous et qu'inversement peut accroître ce que nous valons.
" Organiser ces rapports, telle fût la raison de naître, telle est la raison de vivre, telle sera la raison de poursuivre, de l'Alliance française. "
Mais où sont les " Alliances françaises " d'antan !
Immense est l'espace laissé par les chênes qu'on abat.
Mahmoud MESSADI


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