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C'était un beau rêve
Cinéma: Film «Alice au Pays des Merveilles» de Tim Burton au CinemAfricArt
Publié dans Le Temps le 30 - 04 - 2010

Désormais âgée de dix-neuf ans, Alice retourne au Pays des Merveilles. Une aventure du XXIème siècle servie par un délectable génie burtonien.
Aucun autre cinéaste n'aurait pu réadapter au cinéma le grand classique de littérature enfantine signé Lewis Carroll (1832 – 1898). Il fallait l'esthétique baroque du réalisateur des «Noces funèbres» pour revisiter cette histoire immortalisée par les dessins animés de 1951, dont la même production, Disney, reconduit ici l'expérience, plus d'un demi-siècle plus tard.
Fallait-il donc attendre que l'univers macabre et mélancolique du réalisateur d'«Edward aux Mains d'argent» mette en évidence la dimension psychanalytique de l'œuvre de Carroll ? Cette réécriture du conte, plus adulte, devait parfaitement s'y prêter.
En effet, treize ans se sont écoulés depuis qu'Alice (Mia Wasikowska) a rêvé du Pays des Merveilles. Orpheline de père, c'est une enfant rebelle que le puritanisme victorien excède et qui n'a que faire des règles de convenance – ce qui augure de son comportement au Pays des Merveilles. Maintenant, elle se rend à une fête où un fils de lord, roux et aux grandes dents, doit la demander en mariage. Mais, au moment où elle est censée accepter, elle prend la fuite en suivant les traces d'un lapin blanc, jusqu'à s'abîmer dans un terrier. Elle atterrit alors dans un monde souterrain où l'attendaient des personnages qu'elle a connus à l'âge de six ans mais dont elle n'a plus aucun souvenir, hormis ce qu'elle voyait dans un rêve récurrent. Le lapin pressé, les jumeaux Tweedeldee et Tweedeldum, le Loir, le Lièvre de Mars, le Chat du Cheshire et le Chapelier fou (Johnny Depp). Ce dernier, condamné avec ses acolytes à vivre à l'heure du thé, finit par quitter son siège à l'arrivée d'Alice, signe que le jour «Frabieux» est pour bientôt.
Le compromis de Burton
Le scénario, écrit par Linda Woolverton (auteur du «Roi Lion»), réunit «Alice au Pays des Merveilles» et sa suite «De l'autre côté du miroir». Voilà pourquoi la Reine de Cœur s'appelle la Reine Rouge (Helena Bonham Carter, dotée d'une tête aussi grosse que celle des extraterrestres de «Mars Attack !») qui, ayant volé la couronne de sa sœur cadette la belle Reine Blanche (Anne Hathaway), fait régner la terreur sur son royaume, en asservissant les animaux, et en criant, à la moindre contrariété : «Qu'on lui coupe la tête !» Le spectateur est heureux de retrouver cette réplique culte, ainsi que la galerie des personnages carrolliens, les dialogues existentialistes entre Alice et le Ver à Soie fumeur de narguilé (une des rares fidélités à la portée philosophique de l'œuvre originale), le sourire en forme de lune du chat évanescent, etc.
Malheureusement, le scénario, tout ce qu'il y a de plus conventionnel, est assez faible, aussi bien en profondeur qu'en rebondissements. La féérie propre à l'œuvre originale a été ébréchée au profit d'une version heroïc fantasy, plus à l'air du temps (un combat final, conformément à une prophétie, et selon un manichéisme ennuyeux, oppose Alice à un dragon). La fin est prévisible, les dialogues préfabriqués. Le tout est un peu trop commercial pour un Tim Burton dont l'inventivité avait un peu lâché du leste depuis quelques films, mais dont le délire familier finit – toujours – par nous consoler.
Si l'effet du relief s'estompe après le premier quart d'heure, et qu'il fatigue à la longue, le film continue à enchanter avec un graphisme irréprochable. Burton rend la magie possible dans un Pays des Merveilles gothique et inquiétant à volonté – trop effrayant, en relief, pour les plus jeunes. Monsieur Jack et Beeteljuice y auraient trouvé leur bonheur. Les personnages, pour la plupart expressifs et hauts en couleur, sont parfaits dans la démesure : un Johnny Depp égal à lui-même, une Helena Bonham Carther fascinante, une Anne Hathaway décapante en Barbie poudrée. Burton arrive à honorer son contrat tout en se faisant plaisir, et cela donne quelque chose de jubilatoire, voire de psychédélique, propre au rêve qu'Alice est certaine de vivre, une fois de plus… Comme a pu nous faire rêver cet autre des mondes burtoniens possibles, qui n'est certes pas le meilleur. Peut-être sera-ce celui de «La Famille Addams», dont la sortie est prévue pour 2012.


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