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Peu importe les coupables, assez de récriminations
Etat des lieux
Publié dans Le Temps le 27 - 02 - 2013

Beaucoup de gens en ce moment devraient se souvenir que : « la critique est aisée mais l'art est difficile ». Les médias font étalage de critiques acerbes venant de toutes parts alors que la « majorité silencieuse » souhaiterait écouter des propositions constructives. Ce n'est pas en dénigrant le programme des autres qu'on se grandit parce que « C'est au pied du mur qu'on voit le maçon » !
Le tourisme
«Le tourisme est sinistré » aurait pu se lamenter Jérémie. Qu'est-ce qu'on propose pour remettre au travail les dizaines de milliers de personnes qui en vivaient ? Un tourisme nouveau ? Il n'y en aurait beaucoup et la Tunisie bénéficie de nombreux atouts inexploités jusqu'à présent, susceptibles d'intéresser au moins, les européens de l'Est qui semblent vouloir venir visiter la Tunisie.
On pourrait proposer un « tourisme culturel à thème ». Par exemple, un circuit des sites « romains », incluant El Jem, Sbeïtla, Makthar, Bulla regia, Chemtou, Dougga et Carthage, serait intéressant tout en permettant de faire le tour du pays. « La route des Haouanet » traverserait La Tunisie en partant des environs de Kélibia, passant au Jebel Mangoub près de Bir Bou Regba, allant sur le Jebel Ansarine, puis à Chaouach ensuite dans la région de Sedjenane et se terminant en Khroumirie. Elle serait typiquement tunisienne à l'instar d'un circuit des Kasbah et Médina fortifiées, d'un rallye des Grandes Mosquées, d'une recherche de l'héritage andalou ou d'un raid à dromadaires : une « méharée dans l'Erg et le Jérid ». Il n'y a que l'embarras du choix.
La Tunisie élève les meilleurs chevaux du monde : le pur sang arabe et le cheval, dit « Barbe », alors qu'il devrait être « Berbère », et ... personne ne propose de raid équestre dans un pays encore essentiellement agricole où l'on peut trouver tous les soirs une ferme accueillante pour y camper.
Le Sud-Est est doté de nombreux ksour abandonnés peu à peu. Qui propose des trecks dans ces paysages pittoresques, à la faune et à la flore singulières ? La population a un mode de vie très particulier. Même le tourisme de chasse est mal géré ! Alors qu'il se paie 1.000 € = 2.000 DT, le week-end par personne, en Europe de l'Est !
Il y a donc beaucoup d'autres opportunités : les ports de plaisance, les golfs, la thalasso, le tourisme médical ou le thermalisme, etc. ... La Tunisie semble être trop « riche » ! « Dieu leur a donné des fèves, mais pas de dents » !
L'environnement
Il semble qu'en ce moment chacune s'ingénie à salir la Tunisie. Comment se fait-il qu'il y ait un tas d'ordures tous les kilomètres – parfois bien moins ! – partout : en ville comme à la campagne, à la plage comme à la montagne, en forêt comme au bord des champs cultivés ? Cette pollution est sûrement dangereuse pour tout le monde mais personne ne semble vouloir y remédier. Combien faudrait-il d'« employés » – puisque tout le monde parle de poste d'emploi ! – d'abord pour arrêter cet « épandage » anarchique et « incivil », ensuite pour ramasser ce qui a déjà été répandu ?
Une politique sérieuse de recyclage et de destruction des déchets emploierait des milliers de travailleurs, de l'ingénieur au « manœuvre ». Les ordures ménagères brûlent mal parce qu'elles contiennent beaucoup de végétaux. Un tri sélectif permettrait de récupérer ces « déchets » et de les transformer en un compost vendable.
Par ailleurs, la reprise d'une politique de reboisement, de protection raisonnée des pâturages non seulement fournirait du travail aux employés des services compétents mais aussi procurerait des ressources : bois, zgougou et pignons, distillats de plantes : thym, romarin, myrte, menthe, eucalyptus et surtout préserverait, en partie, le pays des méfaits de l'érosion. Seraient-ce des tâches inutiles et trop coûteuses ? Et il y en a bien d'autres !
L'agriculture
La majeure partie de la population a des tâches directement ou indirectement liées à l'agriculture. Ne pourrait-on pas valoriser davantage les produits agricoles ?
Au moment où des « voix autorisées » vantent les mérites des produits « bio », du régime alimentaire à la « crétoise », pour ne pas dire méditerranéen, d'une agriculture moins « agressive », utilisant moins de produits chimiques polluants et néfastes pour la santé, le « régime novembriste » déchu s'était lancé dans une politique échevelée de plantation d'oliviers « espagnols » et de cueillette mécanique !
L'huile d'olive tunisienne – on doit dire « les huiles » puisqu'à notre connaissance il existe de nombreux « crus » – devrait devenir, très rapidement et principalement « bio ». Elle l'est (était) déjà à 80 ≈ 90 %. Une politique promotionnelle « agressive » devrait être mise en place pour que les huiles tunisiennes soient connues, exportées et vendues à leur valeur réelle.
Par ailleurs, la promotion des dattes nous semble bien timide. A l'heure où le niveau de vie de l'Europe de l'Est, pour ne parler que d'elle, croît rapidement, un « marché » important se crée. S'il se trouvait, en plus, que des touristes satisfaits, ayant apprécié ces produits en Tunisie, se chargent d'en faire la publicité – la meilleure ! – se serait un « plus » indéniable. Pourquoi n'y a-t-il pas sur chaque table, de chaque restaurant tunisien, dans un petit présentoir, en bois d'olivier évidemment, deux ou trois petits flacons ou « amphorettes » – fabriquées à Nabeul ! – contenant différentes huiles : dorée, verte, fruitée et dans une sous-coupe – de Nabeul ! – quelques, bonnes, olives, quelques miettes de thon – de la Méditerranée ! – et un peu d'harissa « diari » parfumée, en particulier ? Est-ce trop demander ?
Les produits tunisiens
Pourquoi ne pas offrir, même en plein été, dans les hôtels-restaurants, quelques dattes au dessert, puisqu'elles se conservent bien longtemps ?
Au lieu de gaver les enfants de boissons gazéifiées, trop sucrées et étrangères, qui leur font du mal, ne pourrait-on pas fabriquer des jus de fruits tout aussi appétissants : les oranges, les citrons, les abricots, les pêches, le raisin ne manquent pas. Bien sûr, il faudrait créer des usines et des circuits de distribution et organiser des campagnes de promotion. Tout cela occuperait pas mal de travailleurs.
N'y a-t-il rien à faire pour « revivifier » l'artisanat ? Les grands tapis, un burnous ou une kachabia sont de « gros achats » mais il y a sûrement dans le pays des stylistes capables de concevoir des productions qui, tout en étant à la mode, reflèteraient des traditions locales. Gandhi préconisait la distribution d'un rouet et de deux hectares de terrains à chaque famille pour libérer l'Inde du colonialisme anglais. Avait-il tort ? Que faudrait-il distribuer pour libérer la Tunisie du chômage qui sévit, en attendant la mise en œuvre de grandes réalisations qui arriveront sûrement ... mais quand ?
Nous avons rencontré de nombreux tunisiens qui avaient des idées mais à qui il manquait soit un petit capital pour « démarrer » soit un circuit de distribution.
L'élevage de petits animaux, d'une « portion » : coquelet, pintadeau, pigeonneaux, etc. ... n'est pas compliqué. Mais comment acheter les premiers géniteurs et où vendre les produits quant on habite Thala ou Sakiet ?
Un appareil fabriquant des briques en terre, les mêmes que celles de Carthage antique et Persépolis, ne coûte pas bien cher. Et une maison pour chaque famille, ce n'est pas un luxe. Comment acheter cet appareil ? Pourquoi vendre le corail brut, au lieu d'envoyer des ouvriers se former en Sicile pour le travailler ? Les cuirs de chevreaux et d'agneaux sont les plus souples du monde. On en fait des objets luxueux. Il y a beaucoup de peaux en Tunisie. Où trouver l'argent pour installer un petit atelier ? etc. ... etc. ...
Au lieu de tant critiquer les politiques macroéconomiques, ne vaudrait-il pas mieux proposer des milliers de petites solutions peu onéreuses qui procureraient du travail, des revenus donc, à beaucoup de gens ?


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