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Par l'autre bout de la lorgnette...
Rencontre avec le psychanalyste tunisien Gérard Haddad – Parution de son essai «Tripalium, Pourquoi le travail est devenu une souffrance »
Publié dans Le Temps le 01 - 05 - 2013

«Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin ». Cette phrase de Voltaire résonne t-elle encore dans le sens où l'entend son auteur ? La réponse à cette question pourrait se trouver dans l'œuvre du psychanalyste et écrivain tunisien Gérard Haddad intitulé «Tripalium, Pourquoi le travail est devenu une souffrance». Disciple de Jaques Lacan dont la rencontre aux années 1969 a marqué sa vie. Agronome de formation après avoir quitté son pays natal, la Tunisie où il est né en 1940
et pousuivi ses études jusqu'à la terminale. Mis à part ses études en psychiatrie en France, il a fait des études en mathématiques et biologie qui lui ont permis de consolider sa pluridisciplinarité.Il est également journaliste et traducteur de plusieurs ouvrages. Sa formation en agronomie lui a valu d'effectuer beaucoup de missions en Afrique, particulièrement, au Sénégal où il a passé cinq ans pour développer les cultures vivrières ainsi que le riz . Auteur de maints ouvrages : Le jour où Lacan m'a adopté, Le Péché originel de la psychanalyse, Lumière des astres éteints, Les biblioclastes, L'enfant illégitime. La majorité de ces livres ont été traduits dans plusieurs langues. Son récent essai «Tripalium, Pourquoi le travail est devenu une souffrance » est réparti en trois volets contenant à raison de 3 et 4 chapitres. L'œuvre est une profonde réflexion sur la notion du travail à partir d'une expérience qui a duré plus de quarante ans :«Cet essai sur le travail humain aurait dû être mon premier opus. Les méandres et la logique souterraine d'une vie en font mon ultime essai. (…)Il fallut toutes ces années pour donner aux idées qui germèrent dans l'après-coup de cette expérience une forme adéquate et transmissible»,écrit-il dans la postface. Rapproché différemment , le travail tel qu'il est traité dans cet essai est à la croisée de plusieurs disciplines : psychanalyse, agronomie, médecine et littérature.C'est le constat d'un travail d'expertise d'où sa portée instructive ne serait ce par la remontée à l'étymologie latine de ce mot qui figure dans le titre ‘'tripalium''synonyme de torture.Dire que travailler c'est torturer physiquement et psychiquement depuis la nuit des temps ne demeure pas en soi une idée originale mais la placer sous un auspice structural pour en étudier les causes et les répercussions tant sur le plan individuel que collectif est ce qui constitue l'originalité de cet essai.G érard Haddad semble tendre une passerelle entre l'agronomie et l'ergonomie bien que les deux domaines sont différents. Il présente une analyse structuraliste du travail humain à partir de l'agricole tout en y associant la psychologie freudienne pour mieux saisir le travail dans toutes ses dimensions en Afrique et partout ailleurs.
Gérard Hadda, «Tripalium, Pourquoi le travail est devenu une souffrance »,François Bourin,2013, 107pages.
*Le Temps : Votre ouvrage est-il la synthèse d'une double vision, celle de l'agronome et du psychanalyste ?
_Oui, tout à fait, c'est un essai qui combine les deux professions. En tant qu'agronome je me suis posé la question suivante : comment l'agriculture des pays sous-développés peut se traiter pour lutter contre la faim ? Il faut y réfléchir surtout après l'indépendance de plusieurs pays africains comme le Sénégal et, plus précisément, à la région de Casamance. C'est là où j'ai commencé ma recherche, dans un milieu traditionnel, rural dont la réticence de ses habitants a empêché l'usage des techniques agricoles modernes.
*A quoi est due cette réticence qui a pour but de faciliter leur travail agricole et de le rendre plus efficace et rentable ?
Au fait, ce refus s'explique par leur attachement à tout ce qui est ancestral y compris, bien entendu, la terre et les outils de travail. Adopter des moyens plus avancés c'est à leurs yeux abandonner une partie de leur patrimoine casamançais au profit d'un autre qui leur est étrange et imposé.
*L'on sait bien que vous vous réclamez de Lacan qui est très imprégné par le structuralisme. Y a-t-il les traces de sa théorie dans votre ouvrage ?
Assurément, je suis un partisan du structuralisme dont l'impact est clairement présent dans mon analyse. Tout d'abord, j'ai divisé mon travail en 3 entités : un travailleur, un outil et une matière première à transformer. Par la suite''ces structures minimales''de base vont avoir 3 formes: primaire, secondaire et tertiaire.
*En quoi consiste chacune de ces trois classifications ?
La primaire inclut plusieurs personnes accomplissant la même tâche sans aucune distinction qualitative sauf celle d'homme/femme. La secondaire se caractérise par une division qualitative puisqu'il y a eu l'introduction de ce qui pourrait être considéré comme une machine à l'époque, la charrue. Elle va causer le licenciement de la main d'œuvre agricole et par conséquent l'exode rural dans un milieu profondément de paysans. La dernière étape, tertiaire résume ce que j'appelle la condensation des tâches, dit-il, en un seul agent qui est le tracteur. Il remplace le travail du laboureur et de l'animal dont il se sert. La mécanisation du travail est à l'origine de ‘'la centrifugeuse'',c'est-à-dire, l'éloignement des agriculteurs du travail agricole pour être embauchés dans les usines. Déjà, à l'horizon, se profile le spectre du recul de l'homme travailleur devant la nouvelle ére industrielle.
*Là vous faites allusion au problème du chômage lié à l'industrialisation ? Et à propos duquel vous dites au chapitre quatre : «Voici venu le temps du chômage de masse dont nul, à ce jour, ne connaît le traitement».
Certes, c'est à quoi je fais référence. De toute évidence, l'homme est remplacé par la machine qui lui a rendu la vie plus facile et commode. Mais en même temps, elle a rapidement précipité l'émergence de l'épineux problème du chômage jusqu'à présent. A cela s'ajoutent les retombées d'un travail mal assumé. Car même ceux qui ne sont pas en chômage souffrent d'une dépression, d'un ‘'burnout'', état chronique de fatigue et épuisement au travail .Il ne leur procure aucun réconfort qu'il soit psychique ou moral, voire n'a aucun sens. Ils se sentent vraiment aliénés.
*Dans votre essai vous citez maints écrivains, théoriciens et psychologues, particulièrement, Freud dont l'ouvrage «Interprétation des rêves »recelant trois structures qui correspondent à celles que vous venez d'évoquer. Y a-t-il un parallèle entre le travail psycho-onirique et le travail tout court ?
_Je me suis bien rendu compte en lisant cette œuvre freudienne que les structures du travail telles que je les ai expliquées sont analogues aux siennes. Pour lui, le travail psychique s'effectue selon trois moments.Le premier est appelé la nomination, les choses, généralement, ont besoin d'être nommées et désignées. Puis, le second , le déplacement, c'est-à-dire, le travail se déplace d'un agent à un autre. Le troisième est la condensation qui englobe toutes les tâches en une seule. Ainsi l'analogie entre le travail onirique et l'agricole s'éclaire-t-elle structurellement, chacune de ces étapes fait écho au trio : primaire, secondaire et tertiaire.
Le travail resterait une question lancinante aussi bien pour les pays dits développés que ceux en voie de développement, notamment, en cette conjoncture mondiale traversée de toutes parts par une crise économique qui de surcroît l'aggrave. Gérard Haddad à travers un regard pluridisciplinaire établit un pont entre d'un côté le travail dans sa phase rudimentaire et d'un autre côté celui le plus technisé. Il convie le lecteur à un voyage au fil de l'histoire du travail humain qui lui rappelle son origine d'homo faber depuis sa mise au monde.


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