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Sahbi Atig s'improvise puriste du langage
Après la bourde du week-end
Publié dans Le Temps le 18 - 07 - 2013

Après les lapsus, place à la symbolique du langage et aux métaphores, côté Ennahdha, on se veut être innovateurs. C'est logique, car pour chaque étape sa tactique. Ces aventures rocambolesques que nous font vivre les frères musulmans s'avèrent riches en événements au point d'affecter l'entendement : Sahbi Atig se montre, subitement, un puriste de la langue et manifeste un grand souci de la correction du langage, qui aurait pu l'imaginer ?
C'est lundi dernier sur les ondes de Mosaïque que nous découvrons chez lui ce talent. Après sa bourde du wee-kend dernier, il jongle avec les mots pour lui donner une acception autre que celle que lui ont accordée ses détracteurs qui parlent de menaces criminelles et même terroristes tombant sous la coupe du code pénal. Non ! On ne va pas faire pareil qu'eux, nous aussi, nous allons emprunter la voie de la sagesse frayée par notre grand sage Sahbi Atig et ce en faisant usage de la finesse langagière ; la conjoncture exige qu'on apaise les esprits en évitant d'appeler les choses par leurs noms et de recourir donc à l'euphémisme. En effet, appeler un fouteur de troubles un fouteur de troubles ou bien un putschiste un putschiste, ne ferait que mettre du feu au torchon qui brûle déjà. Qu'on cesse d' « interpréter, de forcer le sens et de le sortir de son contexte » comme le dit M le député. Cette opposition est, vraiment, incorrigible, elle tente, toujours, de semer la subversion.
Violence imagée
Notre jongleur de mots assimile ses menaces à des métaphores telles que « assassinat de la raison », « assassinat de la volonté du peuple » ou « viol de la liberté » qui ne dépassent pas le seuil de l'imagerie et ne produisent, par conséquent, aucun effet sur le plan des faits selon la théorie de notre grand linguiste. On dit d'habitude que le lapsus est révélateur, on ne sait pas si on peut dire que le choix l'est autant, car la raison, la volonté et la liberté sont bel et bien assassinées et violées.
« Celui qui porterait atteinte à la volonté du peuple serait discrédité par ce dernier», déclare Atig. Par cette déclaration, il essaye de neutraliser ce dernier sinon en faire une partie prenante dans ce conflit et, donc, un adjuvant pour appuyer sa thèse. Il agit comme s'il y avait une réelle complicité entre son parti et le peuple qu'il présente comme un allié se rangeant à ses côtés contre cette opposition qu'il dénigre. Il use d'arguments d'autorité pour donner l'impression qu'il existe une certaine unanimité autour de la « légitimité ».
Ce procédé appartient à la culture islamique qui fait de l'unanimité des juristes une autorité sacrée, ce qui veut dire que ceux qui ne s'y soumettent pas sont considérés comme de purs impies. Atig s'inscrit en faux contre les accusations que porte l'opposition à son parti en raison de la politique désastreuse qu'il mène et qui favorise un climat de violence et, donc, d'insécurité à cause de l'indulgence qu'il affiche face aux actes perpétrés, en particulier, par les groupes dits « ligues de protection de la révolution » qui agissent, de ce fait, en
toute impunité. Les responsables de la violence, à ses yeux, sont les partis de l'opposition qu'il accuse, abusivement, d'appeler au meurtre. On ne les a ni vus, ni entendus lancer de tels appels, bien au contraire, ces partis ont pris part, à côté de la société civile, au congrès national contre la violence et le terrorisme organisé par l'UGTT. Soixante-quatorze partis et plus de trois cent associations ont signé la charte excepté Ennahdha et le CPR, son antichambre. Le refus de ce consensus national ne peut être compris que comme un encouragement tacite à la violence et au terrorisme, ce parti pris est conforté par le soutien inconditionnel apporté par ces derniers aux vrais auteurs de ce projet « putschiste », dont ils accusent à tort l'opposition, à savoir les « ligues de protection de la révolution ». Elles constituent l'armée de réserve de Ennahdha qui serait déployée le jour j, le jour où son pouvoir serait menacé.
Tautologie
Le slogan « les ennemis de la légitimité » procède de la langue de bois. C'est une expression figée sans un sens précis qui nous en rappelle d'autres telles que celle de « les pêcheurs en eau trouble », chère aux régimes précédents de Bourguiba et Ben Ali. Atig ne donne aucune signification du terme « légitimité », qu'il emploie contre ses adversaires politiques qu'il n'identifie, d'ailleurs, pas avec précision. Donc, on n'est renseigné ni sur la nature de l'acte qu'il leur impute, ni sur l'identité de ces acteurs, ce qui ôte tout intérêt à l'information dont l'importance se trouve, considérablement, réduite, puisqu'elle ne répond pas aux deux questions fondamentales qui en constituent l'ossature, à savoir qui ? Et quoi ? Atig emprunte un style littéraire se caractérisant par l'emploi excessif de qualificatifs, le développement d'une opinion et de déductions qui ne sont pas appuyées d'arguments. Traiter ses adversaires « d' anarchistes », «d' aventuristes » et « de démolisseurs», leur reprocher de courir après des intérêts particuliers et d'avoir des agendas propres sans avancer de preuves tangibles dans ce sens, c'est user de signifiants sans signifiés.
Cette tautologie se vérifie davantage quand il parle du « consensus», ce consensus qu'ils ont autant assassiné que tant d'autres valeurs et qu'ils continuent à afficher au niveau du discours juste pour la consommation médiatique dans le cadre de leur double langage devenu leur marque déposée. Ce truisme apparaît encore lorsqu'il emploie des phrases opaques comme « je défends le peuple » et « ils veulent briser le processus révolutionnaire ». Il s'agit là d'une stratégie de langage qui consiste à vider les mots de leur sens et de les en imprégner d'autres qui coïncident avec leurs intérêts partisans.
Atig sanctifie ses partenaires et diabolise les autres, ses opposants qu'il accuse de tout bloquer et de négliger l'intérêt national. Il présente son parti et ses alliés comme étant les sauveurs de la Tunisie qui tendent la main à toutes les parties sans exception aucune, alors que celles du camp opposé refusent de conjuguer leurs efforts, de répondre favorablement à cet appel de la sagesse et de faire prévaloir des impératifs qui profitent à tous sans, toutefois, préciser ni sur quelle base, ni comment cette entente et ce consensus devaient se faire. Il multiplie les critiques à leur encontre et les fait endosser l'entière responsabilité de la crise du moment et, en contre partie, il en épargne son parti et ses alliés.
Légitimité falsifiée
La défense des intérêts du peuple ne se fait pas par les paroles, mais par les faits, et tous les faits montrent d'une manière indubitable que vous l'avez ruiné ce peuple que vous prétendez défendre. Alors, respectez sa volonté et partez si vous êtes sincères d'autant plus que cette prétendue légitimité électorale est périmée depuis près d'un an. D'ailleurs, vous ne pouvez plus nous assourdir avec ces élections qui se sont avérées ni transparentes, ni démocratiques, ni honnêtes après les récentes révélations de l'ex président de l'ISIE, Kamel Jendoubi qui a fini par parler et par confirmer des soupçons qui étaient appuyés, depuis le départ, par les associations civiles de supervision des élections telles que « Atid » qui a recensé, dans son rapport final, dans les six cents mille dépassements dont la plupart étaient commis par Ennahdha. Pliez-vous devant la légitimité populaire, la vraie, celle qui vous dit basta ! Assez de duperies, de diversions, de manœuvres frauduleuses pour qu'on puisse mettre un terme définitif à la discorde, à l'écoulement de sang et établir une paix sociale durable qui constituerait le socle d'une vie démocratique prospère.
Voilà comment on respecte le peuple et sa volonté et non pas en légitimant l'effusion de son sang. Vous devez savoir que la violence est le moyen des faibles, ceux qui sont à court d'arguments. Oui ! Jilani Hammami a complètement raison quand il dit que la constituante est un terrier où s'accomplit le massacre de la société par le biais de la majorité islamiste et ses sbires, et le député Ahmed Khaskhoussi a bien fait de quitter ce repaire de charlatans et d'arnaqueurs qui coûtent les yeux de la tête au peuple tunisien et qui s'est transformé en antichambre pour le gouvernement où celui-ci prépare ses manigances et intrigues.
Une assemblée nationale n'a rien de sacré, elle se dissout comme toute instance qui faillit à son devoir et l'histoire regorge d'exemples illustrant cette vérité, pour vous en persuader, vous n'avez qu'à consulter la révolution française qui a connu un nombre impressionnant de constituantes. Et il en est de même pour la révolution qui peut se multiplier jusqu'à ce que ses objectifs soient réalisés, en ce sens que la révolution de la révolution s'impose pour lutter contre les contrerévolutionnaires qui tendent à en bloquer le processus. C'est ce que les Egyptiens sont en train de faire et c'est ce à quoi s'apprête le peuple tunisien. La seule chose de vraie prononcée par Sahbi Atig dans son discours c'est l'intervention du peuple pour rectifier le tir quand il constate qu'on a dévié du chemin et que sa révolution est menacée. Toutefois, on n'a pas la même acception du peuple, ni celle du processus révolutionnaire ; le sien c'est celui de ses partisans, et celui-ci est incarné par l'intérêt de Ennahdha. D'ailleurs, en matière de peuple, son regard se métamorphose selon qu'il porte sur les Egyptiens ou les Tunisiens ; chez les premiers, il y voit deux, celui de « Rabaâ El Adaouia », les « légitimistes », et celui de « Attahrir », les « putschistes », tandis que ces derniers il les voit soudés et unis autour de la « légitimité » qu'ils défendent avec acharnement. Ce changement d'optique opéré à 180 degrés se justifie par sa volonté d'occulter la vérité terrifiante qui dérange leur quiétude et menace, très sérieusement, de faire écrouler le château de cartes qu'ils ont construit de chimères.
Les impulsifs de la politique
Il se dégage de ce discours que le président du groupe Ennahdha au sein de l'ANC use du langage comme un acte politique qui instrumentalise les médias et en fait un moyen de persuasion des masses. Il varie les procédés de la langue de bois en vue de récupérer celles-ci et les monter contre ses propres adversaires. Cependant, et en dépit de sa manipulation de ces techniques, la désinformation et la propagande typique, Atig, qui se veut rassurant, ne réussit pas à désamorcer la crise, à mettre son parti à l'abri de l'ouragan qui s'annonce dans les horizons, à lui faire épargner la colère populaire mugissante et à produire l'effet escompté en raison de l'absence d'arguments concrets et du flou caractérisant ses propos qui rendent son discours, tristement, contradictoire. Cette rhétorique dont son auteur a voulu faire une plaidoirie en faveur de la pseudo-légitimité produit un effet contraire en élargissant la sphère des mécontents et en amplifiant le courroux du peuple. En voulant attaquer pour mieux défendre et prévenir le deuxième acte de la révolution, il s'est mis dans de mauvais draps, sa tactique se montre infructueuse et l'attaque se tourne contre lui et son parti qui se trouvent, ainsi, en position défensive très délicate. Le responsable politique numéro 1 du parti majoritaire dans la constituante a fait preuve d'un amateurisme flagrant en donnant libre court à son enthousiasme suscité par la foule, pourtant peu nombreuse, à l'image de son partisan Hamadi Jebali qui est allé jusqu'à promettre le sixième califat tellement il était transporté. L'hystérie et l'impulsivité ne font pas de bons politiciens à moins qu'il ne s'agisse d'une nature propre aux dirigeants d' Ennahdha, et là, il ne faut pas espérer faire long feu dans l'univers politique…


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