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Les merveilles de la Khroumirie
Promenade dominicale
Publié dans Le Temps le 01 - 09 - 2013

La Khroumirie est une région singulière où se mêlent la mer, la montagne, l'Histoire et la forêt. Chacun de ces éléments sollicite la curiosité du visiteur. Les découvertes y sont fréquentes et variées. Allez y voir : le dépaysement est assuré !
La mer
La Méditerranée est, ici, vive, profonde, poissonneuse et souvent fraîche, agitée par des brises puissantes, même en plein été. Elle abrite, dans ses fosses obscures, l'or rouge de la Méditerranée: le corail rouge presque aussi cher que l'or.
Dès la préhistoire, il a été apprécié par les Berbères qui le préféraient rouge vif. Comment le pêchaient-ils même si, à cette époque, il devait se trouver à faible profondeur ? Considéré comme un objet prophylactique dans l'Antiquité et même aujourd'hui encore peut-être, sang de la mythique méduse, ce « végétal », doté de nombreux pouvoirs par les Romains, s'est exporté chez les Celtes et même jusqu'en Extrême-Orient.
Objet de très vives convoitises et de concurrences violentes, Catalans, Génois, Siciliens et Pisans se sont affrontés pour le pêcher jusque sous la Renaissance. Plus tard, les Français ont réussi à obtenir le privilège exclusif de sa pêche et l'ont gardé jusqu'au XIXème siècle. Sa pêche et son commerce leur ont permis de bâtir des fortunes colossales. Altière sur son rocher, la citadelle Génoise témoigne de l'âpreté des luttes.
On regrette que Tabarka ne se soit pas dotée – ne disons pas d'un musée ! – d'une « maison du corail » où l'on pourrait découvrir les particularités de cet « animal », ainsi que celles du corail noir, qui existe aussi. Pourquoi l'artisanat du corail n'est-il pas davantage mis en valeur ? En Italie, le corail est vraiment un « produit de luxe », souvent pêché dans les eaux tunisiennes.
La mer recèle d'autres « merveilles ». Dans cette région, elle est très poissonneuse mais Tabarka n'abrite aucun bateau de « pêche au tout gros » alors que d'énormes thons, des liches amies de plus de 50 kilogrammes, des limons, des serres aux dents acérées « croisent » au large. Pourquoi est-il si difficile de se rendre à la Galite qui offre le spectacle d'une terre méditerranéenne avant que les hommes ne la polluent ? Qu'est-ce que Tabarka attend pour prendre une place de choix dans les ports de croisières : on a toutes les raisons d'y venir, durant la belle saison, en particulier, pour déguster une langouste, une cigale ou du poisson frais, indépendamment des autres centres d'intérêt offerts : les fonds marins et les plages sont si attrayants !
Les plages
Avant de grimper dans la montagne, prenons le temps de profiter des bords de mer. De l'embouchure de l'Oued Zouara aujourd'hui « barré » aux criques de Melloula, pas moins de 7 plages de sable magnifiques invitent les baigneurs. La grande étendue de dunes qui cachent ou découvrent, selon les « humeurs » du vent, des foyers préhistoriques, à l'Ouest de l'Oued Zouara, invite les curieux. La forêt de pins qui la borde permet des pique-niques et des campings merveilleux.
Les plages de Berkoukech, Jabara, Somaa ne se découvrent qu'après une promenade en forêt. Elles sont une vraie récompense parce qu'elles sont encore peu fréquentées.
Plus à l'Ouest, la « zone touristique » et la plage de Tabarka attirent, chaque année, des amateurs assidus et convaincus.
Les criques de Melloula, masquées par des arêtes de grès rouge, dentelées, émergeant des maquis touffus et plongeant dans une mer bleue foncée parce que vite profonde, sont le rendez-vous privilégié des pêcheurs sous-marins. Les bancs de saupes, les rougets de roche, les poulpes, parfois une belle ombrine ou une grosse daurade sont souvent au « tableau ».
Mais, en longeant le littoral, avez-vous découvert le magnifique golf à 18 trous qui s'étend, nonchalant, sur des dunes couronnées de bosquets ? On peut souvent y « golfer », à l'abri des affluences, dans une ambiance de brise marine qui fait murmurer les pins.
L'histoire-La forêt
Avant de vanter les charmes de la forêt Khroumir, nous devons, hélas, dénoncer les déprédations qu'elle subit. Depuis la « Révolution », des « braconniers », inconscients du mal causé à la région et au pays, coupent des arbres sans autorisation, les sortent de la forêt par des pistes qu'ils ont aménagées », circulent sur les routes et vendent le bois sans que les « Autorités » ne s'y opposent. Est-ce de la liberté ou du pillage ?
Les forêts de Khroumirie, poumons de la Tunisie, sont essentiellement composées de diverses espèces de chênes. Les moins nombreux sont les chênes « afarès ». Ils tendent à disparaître, car ils s'hybrident avec les autres. Leurs feuilles allongées et non « polylobées » comme celles des autres chênes permettent de les reconnaître.
Actuellement, « l'arbre-roi » est le chêne-liège. Le chêne-zéen témoigne du rôle prépondérant qu'il a joué antérieurement à des époques plus numides et plus fraîches. Si le cèdre a presque complètement disparu, les pins sylvestres sont de plus en plus fréquemment plantés. On rencontre aussi de nombreuses autres espèces telles que le châtaigner sur des sols « acides », le saule et l'aulne près de l'eau, ainsi que le cerisier et le noisetier sauvages.
Dans les sous-bois parfois impénétrables se mêlent les bruyères arborescentes aux grappes de fleurettes blanches, les arbousiers aux fruits écarlates l'hiver, le calycotome aux fleurs dorées, la bruyère commune qui tapisse les pentes de mauve et bien d'autres plantes encore dont de superbes orchidées. C'est le domaine des grands mammifères : cerfs de Berbèrie, sangliers abondants, chacals, renards, chats sauvages, porcs-épics et celui de très nombreux oiseaux, migrateurs comme la « Palombe » ou pigeon ramier ainsi que le coucou et sédentaires comme l'aigle botté, le geais des chênes, les pics et les rapaces nocturnes. Ne parlons pas des différents batraciens ou des insectes ; ils ne sont pas très photogéniques exceptés de magnifiques papillons dont le « grand porte-queue » qui migre jusqu'en Europe.
Et si nous allions marcher un peu. A partir údes quelques maisons d'Aïn Snoussi ou des boutiques de Souk Essebt, situées sur la route joignant Béja à Aïn Draham, demandez où sont situés les haouanet creusés dans la falaise de Zouaïnia, appelé aussi Henchir El Ghrifèt. On vous dira que cela se trouve à 1 ≈ 2 kilomètres entre Souk Essebt et Aïn Snoussi. A un endroit, une petite route (la seule) coupe la principale. Une piste s'engage, sur la crête, plein Sud. On la suit. On entre en forêt très claire. On arrive à une « ferme » et on se fait conduire jusqu'à la falaise.
Là, neuf sépultures, très curieuses, s'ouvrent sur 3 étages. Les plus hautes sont très difficiles à atteindre. Certaines sont dotées de moulures d'encastrement pour une dalle de fermeture, sans doute. D'autres ont latéralement ou dans l'axe, une petite « dépendance » : une chambre annexe. Et à moins d'un kilomètre plus à l'Est – on le voit parfaitement du haut de la falaise ! – se dresse l'arbre et le « M'zar » de Sidi Abderrahmen.
La Khroumirie regorge de « curiosités » qu'on peut avoir quelques peines à découvrir, parfois, mais qui font le charme de la région en toute saison. Et, on est rarement à plus de 20 kilomètres d'un bon restaurant !


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