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Pourquoi «défigurer» la «Douce Tunisie» de naguère ?
L'image du pays ne cesse de se dégrader
Publié dans Le Temps le 05 - 09 - 2013

Le tourisme menacé, les Investissements freinés, la Bourse inquiète, le gouvernement français, après avoir appelé ses concitoyens à venir en Tunisie, lance des conseils de prudence ... Que se passe-t-il ? Depuis l'attaque de l'Ambassade des Etats-Unis, les assassinats politiques, la tragi-comédie des « Femen », le jugement repoussé du Recteur de la Manouba, aujourd'hui les combats dans le Chaambi et l'insécurité qui s'étend, « l'Image » de la Tunisie ne cesse de se dégrader.
Pourquoi « défigurer » ainsi la « Douce Tunisie » de naguère ? Regardons les « choses en face » !
Le domaine historique
Certes, la collaboration avec « Atout-France » en vue de promouvoir le tourisme historique dans le Nord-Ouest, la mise en valeur de Dougga, la rénovation du musée national du Bardo sont à glorifier, mais les « squatters » des ports puniques de Carthage, qui ne sont pas des ignorants, mais des gens sans scrupuleux et sans cultures, les montagnes d'ordure dans les sites historiques du Cap Bon, l'abandon du site préhistorique de Sidi Zin au Kef, un des sites très importants etc. ... sont à blâmer.
Le domaine culturel
La remise en état des mausolées consacrés à Sidi Bou Saïd et Lella Manoubia, l'entretien des remparts de Kairouan, les succès des festivals de Carthage et d'El Jem sont des réussites incontestables. Mais l'état de la zaouïa de Menzel Bou Zelfa, de très nombreuses destructions de monuments beaucoup plus culturels que cultuels, les nombreux festivals en perte de vitesse en particulier ceux qui assuraient la promotion des chevaux pur-sang arabes et barbes, pour ne pas dire « berbères » sont à déplorer.
La protection de la faune
La création de nouveaux parcs au Jebel Orbata, par exemple, l'introduction d'animaux disparus au Parc de Doughmess près de Gafsa sont des actions louables. Mais l'extermination des gazelles du Parc de Sidi Toui par les clients « d'entreprises de chasse » de la région de Tataouine, l'éradication des dernières outardes par des princes « argentés », l'énorme braconnage qui sévit dans tout le pays, le développement rapide des pêches à l'explosif, la capture des passereaux endémiques protégés, sont absolument condamnables.
La protection de la flore
L'existence de grands parcs nationaux, les réalisations du projet international « Med Wet Coast » protégeant les lagunes du Cap Bon et les dernières loutres, la création de zones humides d'importance internationale, couvertes, théoriquement, par la Convention de Ramsar sont admirables. Mais la destruction presque totale de la forêt de Dar Chichou, les coupes anarchiques d'arbres dans toutes les forêts, le surpâturage jusque dans les réserves et les parcs nationaux sont éminemment critiquables.
La protection de l'artisanat
Un salon de l'Artisanat, sa promotion à l'Etranger, l'aide particulière aux potières de Sedjnène, les efforts des artisanes de Kerkennah, la diversification des produits artisanaux lancée par de jeunes artisans, c'est magnifique. Mais l'introduction, en contrebande souvent, de véritables cargaisons de pacotille, chinoise en très grande partie, la baisse de qualité des produits locaux pour convenir aux bourses désargentés des touristes indigents, clients d'un tourisme actuellement bradé, c'est inéluctablement la mort de l'artisanat national.
Le visage du pays
Le tourisme, tout le monde en parle pour annoncer sa ruine imminente. Mais que fait-on pour que vive une des principales activités du pays ? Veut-on vraiment qu'il vive ?
Parler de zones touristiques au moment où des régions entières : l'Ouest et le Sud lancent une campagne de promotion, c'est annihiler tous les efforts ! Pourquoi aller dans ces régions, se demandent les touristes potentiels et les tour-opérateurs, quand les plus hautes autorités du pays déclarent qu'elles ne sont pas touristiques ? Tant pis pour les investissements déjà consentis et les campagnes de promotion déjà payées et lancées ! Tant pis pour les populations locales qui espéraient améliorer leur revenu ! Tant pis pour longtemps, sans doute, pour tout le pays, parce que les gens déçus par le triste visage de la Tunisie, actuellement « saupoudrée » de tas d'ordures et de morceaux de plastique qui couvrent même les arbres, les gens rebutés par l'existence de « zones non-touristiques » où ils comptaient aller, non seulement ne reviendront plus avant longtemps, mais feront aussi une « publicité » tout à fait négative et surtout découvriront d'autres horizons qu'ils fréquenteront, avec leurs amis, désormais. Tant pis pour la Tunisie toute entière !
Tous les citoyens doivent prendre en charge le « visage » du pays. L'accueil à l'aérogare ou sur le quai du port est primordial. C'est le premier contact et « la première impression est souvent la bonne » !
Ensuite, la saleté qui « garnit » tous les bas-côtés des routes, les terrains vagues et même les trottoirs des villes, que l'Etranger découvre en premier, avant de rentrer dans une maison, un hôtel ou un café, tous les citoyens en sont coupables et pas seulement les Services municipaux. Certes, ces derniers peuvent être critiquables mais, ces déchets, ce ne sont pas eux qui les produisent ni qui les jettent n'importe où.
Nous avons été très agréablement surpris de constater, au cours d'un voyage, dans les monts de Matmata et du Demmer, qu'il n'y avait pas d'ordures qui traînaient, ni à Matmata, ni à Béni Khédache, ni à Douiret, ni à Chénini ! Par quel heureux hasard ? Grâce au civisme des citoyens qui voulaient offrir un « visage » attrayant de leur bourg.
La circulation « anarchique », l'incivisme, l'agressivité, la grossièreté – nous en avons été personnellement victime de la part de dames entièrement voilées ou non, souvent très jeunes et conduisant de grosses voitures ! – sont et font le visage actuel du pays.
Certes, des employés serviables, faisant l'effort de comprendre une langue étrangère, des marchands, bons commerçants mais polis sans être obséquieux, des agents de police indulgents et des passants souriants, il y en a encore énormément. Heureusement ! Mais il convient actuellement de se demander si la population souhaite vraiment la présence de visiteurs étrangers et quelle « image » du pays elle veut leur donner.
Des millions de touristes, à qui l'on offre, à bas prix, le logement dans un hôtel de luxe, théoriquement, mais où le service, la nourriture et l'entretien sont pour le moins, de mauvaise qualité, les veut-on encore, surtout quand ils sont rassemblés le long du littoral, durant la « belle saison » ? Ce type de tourisme n'est-il pas une véritable pollution ? Il vaudrait bien mieux, comme tout le monde le souhaite depuis des années, diversifier les produits, promouvoir les régions désavantagées jusqu'à présent et étaler la ou les saisons ?
Le pays, qui offre de multiples centres d'intérêts, dans toutes les régions, pourrait parfaitement réaliser ce programme s'il s'en donnait les moyens, qui ne sont pas seulement des moyens financiers.
Des suggestions
Il faudrait partir de certains postulats. Des millions de touristes « désargentés » et peu cultivés ne sont pas souhaitables. Il vaudrait mieux recevoir moins de touristes mais des visiteurs aisés et cultivés pour un tourisme d'échanges : « aller ailleurs pour apprendre l'autre ». Ils seraient informés par des « guides » compétents dont la formation n'est pas très onéreuse.
Promouvoir un tourisme réalisé PAR des Tunisiens AU PROFIT des Tunisiens et POUR des Tunisiens car le tourisme local peut souvent pallier les à-coups circonstanciels du tourisme international. Le service et la nourriture pourraient être améliorés sans grands frais. Il faut libérer et soutenir les initiatives privées. L'information par Internet circule mieux, plus vite et moins cher que les salons officiels. Les « Maisons d'hôtes », les « gîtes ruraux », les « campements », les « cabanes » dans les arbres, les « maisons sur pilotis » le long d'un littoral, peu profond et protégé, sont très recherchés. Pourquoi les terrains de camping sont-ils complètement absents ?
Il faudrait organiser le tourisme « itinérant » de petits groupes intéressés par des « spécialités tunisiennes » : les haouanet, l'héritage andalou, les mégalithes, les circuits dans l'Erg, la spéléologie dans le Jebel Serj, etc. ...
Qu'attend-on pour restaurer les chemins de fer tunisiens qui permettraient, entre autres choses, aux gens modestes, des Tunisiens en particulier, de voyager à moindre frais ? Mais le veut-on vraiment, du moins en ce moment ?
On est en droit de ses demander : Qui a intérêt à plonger l'économie dans le marasme et la population dans l'inquiétude, voire la désolation ? A qui profite la politique de la « terre brûlée » ? Qui a intérêt à « défigurer », à ruiner le pays ? Les gens aisés ? Sûrement pas : ils y perdraient leurs biens. La « classe moyenne » ? Evidemment non : artisans, fonctionnaires et petits commerçants ne seraient plus payés. Les gens modestes ? Eux encore moins que les autres catégories sociales : leurs revenus, payés par les « privilégiés », disparaîtraient avec la ruine de leurs « payeurs » ! Alors qui ? Sûrement une minorité extrémiste utilisant tous les moyens qui veut – voudrait – sur les ruines et le chaos, construire une société soumise à leur idéologie. Est-ce que ce sont les mêmes gens qui incendient les forêts ?


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