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La qualité des soins, l'équation non encore résolue
Mortalité infantile
Publié dans Le Temps le 24 - 10 - 2013

• Le taux le plus élevé est observé dans les zones rurales avec 25 décès pour mille naissances
L'hôpital de la ville du Kef a vécu au début de cette semaine un drame sans pareil dans son service de maternité.
Un nouveau né vient de perdre la vie à cause de l'absence des trois médecins supposés exercer dans ledit service. « Ils étaient tous en congé de maladie », selon les déclarations faites après le drame. Il a fallu en fait, avoir recours à des spécialistes de libre pratique pour venir en aide à la mère qui a failli elle aussi mourir. Pour remédier à cette situation, le ministère de la Santé a dépeché dans l'urgence sept médecins de la capitale pour exercer durant une semaine dans l'hôpital de la région. Cette solution urgente ne résout en aucune façon, le problème de la mortalité infantile ni celle maternelle, car il se pose depuis une longue date et nécessite des moyens colossaux lesquels tardent à être mis en place. Comme de coutume. Ce sont les zones rurales et les régions défavorisées qui payent le plus les factures des stratégies et des politiques mises en place jusque là incomplètes et non équitables. Notamment, le taux de mortalité infantile dans les zones rurales est le double de celui affiché dans les grandes villes. Pis encore. Il dépasse de loin la moyenne nationale. Cette réalité inquiétante est confirmée très récemment par l'Enquête par grappes à indicateurs multiples MICS 4.
Une moyenne de 25 enfants pour mille naissances meurent en Tunisie dans les zones rurales. Le chiffre est beaucoup moins élevé dans les zones urbaines où, le taux de mortalité infantile est de l'ordre de 12 pour mille seulement. Il est même moins important que la moyenne nationale (17 pour mille naissances). Cette réalité dramatique semble s'éterniser en Tunisie de l'après révolution, où la disparité entre les régions, les riches et les pauvres se creuse davantage à cause de l'absence de politiques claires. A ce rythme, il sera d'ailleurs difficile d'atteindre l'un des principaux objectifs de la déclaration millénaire pour le développement (OMD) qui consiste à réduire de deux tiers la mortalité infantile et celle des enfants âgés de moins de cinq ans d'ici 2015. « Le suivi des progrès vers cet objectif est certes important mais difficile », relève la MICS 4. Cela se justifie entre autres, par des politiques incohérentes adoptées jusque là.
Les conditions d'accouchement
En fait, l'UNICEF a prouvé que la majorité des décès infantiles en Tunisie sont concentrés aujourd'hui, « dans la période néonatale (0-28 jours) et surtout néonatale précoce (0-6 jours) ». Ils sont dus aux conditions de la grossesse souvent difficiles et mal contrôlées, mais également à celles de l'accouchement. Preuve à l'appui, le drame survenu dans le service de maternité de l'hôpital de la ville du Kef cette semaine alors qu'il aurait pu être évité. Le directeur de cet établissement tout comme les médecins qui exercent dans le service auraient pu faire preuve d'un peu plus de sens d'organisation, de responsabilité et d'esprit humain de dévouement.
En fait, nul ne peut nier que les services de maternité dans les différents hôpitaux de la Tunisie manquent de moyens, d'où une répercussion néfaste sur la qualité des soins offerts dans ces services. Cependant, « les enquêtes épidémiologiques montrent que les causes immédiates de mortalité et de morbidité néonatales sont pour une grande part évitables et relèvent essentiellement de la qualité des soins », confirme l'UNICEF en faisant l'état des lieux de la situation des enfants en Tunisie. La Tunisie perd encore ses nouveaux nés à cause des déficiences enregistrées au niveau de la qualité de prestations, de la qualité d'accueil voire de la qualité technique. D'ailleurs, les spécialistes soulèvent des carences dans le plateau technique, la démarche thérapeutique et diagnostique adoptée jusque là.
Cela se constate le plus souvent dans les zones démunies qui manquent d'infrastructures et de cadres compétents pour assurer les prestations nécessaires susceptibles de limiter la mortalité des enfants. Les analyses effectuées dans ce sens montrent que plusieurs facteurs interviennent dans l'explication de ces disparités, dont les conditions relevant du système de soins et la densité régionale des médecins, y compris les spécialistes, et le personnel paramédical. La réduction de ces disparités passe ainsi par plusieurs conditions. Il importe en effet, d'assurer l'équilibre entre les régions en termes de médecins spécialistes et du personnel para médical pour aider les femmes au cours de la grossesse et au moment de l'accouchement.


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