70 ans de relations Tunisie–Allemagne : Elisabeth Wolbers trace les perspectives d'une coopération renforcée    Arab Tunisian Bank publie son premier reporting de durabilité ESG – Exercice 2024    La Tunisie au Conseil de Sécurité : Rien n'a changé dans les territoires palestiniens occupés, le cessez-le-feu reste violé par la puissance occupante (Vidéo)    Maledh Marrakchi - IA en 2026: D'après Stanford, l'heure des comptes a sonné    Tunisie-France : 19,5 M€ investis dans l'éducation et la culture    Amer Bahba met en garde : une situation climatique préoccupante et persistante jusqu'à la mi-février    Match Tunisie vs Algérie : où regarder la demi-finale de la CAN Handball 2026    Philip Morris Tunisie confirme son leadership RH : 8e certification Top Employer    Constituants sans constitutionnalisme, thème des Journées Abdelfettah Amor    En Tunisie, seules 103 000 entreprises sur 800 000 paient réellement des impôts    Alerte météo : fortes pluies et vents violents frappent plusieurs régions    Le Forum Chokri Belaid des Arts se déroule dans sa 9ème édition du 1er au 7 février 2026    Voici comment : Tunisiens, profitez de l'amnistie fiscale 2026 pour régulariser vos dettes !    Quand et où regarder en direct la demi-finale Tunisie vs Algérie ?    Rim Abdelmalek : Le virus Nipah ne représente pas un danger sanitaire global    Les experts confirment : la Tunisie peut-elle connaître des ouragans ?    La CAF frappe fort : sanctions contre le Sénégal et le Maroc après la finale    Les soldes d'hiver 2025 démarrent aujourd'hui : huit semaines de bonnes affaires    Rapport entre monde de la recherche et monde de la pratique: La recherche collaborative    L'Inde fête sa République à Tunis aux côtés de partenaires tunisiens    QNB : Résultats Financiers Q4 2025    L'Ecole nationale d'ingénieurs de Tunis abrite la finale de la troisième édition du concours UTM Innov    Concours – Tunisie : recrutement de 726 enseignants d'éducation physique dans le secondaire    Météo en Tunisie : temps nuageux, températures en légère hausse    Le cirque Paparouni s'installe à Carthage durant les vacances scolaires et présente Jungle Book    D'où vient un trésor historique découvert à Houaria ?    Forum Chawki Gaddes pour les droits numériques - Journée d'étude sur la protection des données personnelles : Mercredi 28 janvier 2026, faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis    Les judokas Tunisiens remportent 5 médailles dont 2 en or à l'Open international seniors de judo à Casablanca    LG Electronics repense l'expérience de la laverie en résidence universitaire avec Laundry Lounge    Décès d'une star du football, Mahfoudh Benzarti : une carrière singulière    Inondations : Kaïs Saïed appelle à des mesures concrètes et à une mobilisation nationale    Vagues géantes à Nabeul : des vestiges antiques dévoilés après les tempêtes    Baker Ben Fredj revient avec l'exposition 'Le Reste' à la galerie Archivart après 20 ans d'absence    Kais Saied reçoit l'ambassadrice de Pologne à l'occasion de la fin de sa mission en Tunisie    Intempéries : fermeture temporaire du Palais Ennejma Ezzahra    Justice : trois ans et demi de prison pour Borhan Bsaies et Mourad Zeghidi    Document – Le discours-évènement du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : privilégier les valeurs, face à la domination    Tahar Bekri: Saule majeur    Penser le futur par le passé: Carthage antique et le boomerang colonial dans la géopolitique du Groenland    Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux en souvenir    Professeur Amor Toumi: Père de la pharmacie et du médicament en Tunisie    Programme Ceinture Verte en Tunisie : reboisement pour lutter contre la dégradation des sols et la désertification    Match Maroc vs Sénégal : où regarder la finale de la CAN Maroc 2025 du 18 janvier ?    Khadija Taoufik Moalla: Mourad Wahba, le philosophe qui voulait réconcilier raison, foi et humanité    USA: La suspension de la délivrance de visas affecte-t-elle un visa en cours de validité et s'applique-t-elle aux visas de tourisme ? Voici la réponse    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    L'Université de Sousse et le Centre Universitaire de Maghnia (Algérie) scellent un partenariat stratégique    Tunisie–Mali (1-1, tab. 2-3): Une élimination frustrante    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Mont de Matmata : au pays des Troglodytes
Promenade dominicale
Publié dans Le Temps le 03 - 11 - 2013

A la fin d'un article récent nous avions laissé nos lecteurs à la sortie de Gabès, au pied du massif des Matmata, en leur disant que nous allions bientôt poursuivre nos promenades dans cette région. Il est « normal » d'aller dans le Sud en cette saison.
Le rebond du Sahara
Les monts de Matmata, une succession de collines arrondies et de tables, ceintes de falaises verticales, émergeant de grands cônes, profondément creusés par des oueds énormes et profonds. Des arbres rarissimes, malgré les efforts de reboisement, émergent ça et là.
De tout temps, ces monts ont exercé sur l'homme un très fort pouvoir de séduction. Voulait-il échapper aux tribus qui avaient conquis la plaine côtière ? Avait-il envie d'y mener une vie d'arboriculteurs soigneux dont les traces subsistent dans maintes vallées où le ruissellement de l'eau des pluies, barré par des « Jessour » ingénieux et souvent bien entretenus encore, irriguent de petites parcelles disposées en escalier le long de la pente.
Les Carthaginois et les Romains ne se sont guère implantés dans ces monts. Si une résistance farouche a d'abord été opposée aux conquérants arabes, les Berbères acceptèrent la religion et la culture musulmane au point qu'il est difficile, actuellement, de pouvoir dire qui est d'origine arabe ou berbère. Il semble bien que l'occupation de la montagne soit davantage le reflet d'un choix économique que la conséquence de préoccupations défensives. Certes, l'arrivée des Arabes, bédouins éleveurs, Beni Hilel et Souleym, au XIème siècle, a poussé les Berbères autochtones à fuir la plaine envahie par la vie pastorale et à s'accrocher à la montagne où ils pouvaient s'implanter, trouver des moyens de subsister et s'attribuer un terrain.
Matmata : vivre sous terre
Ses habitants ont sans doute fondé la bourgade actuelle il y a environ deux siècles, dans un sol argilo-limoneux après avoir tenté de s'établir sur les sommets.
Leur habitat est le résultat de la convergence du travail de l'homme dans la multitude des vallées encaissées et de l'aspect de la nature. Il a adapté son habitat, dont la forme est déterminée autant par la nature, le relief, le climat et le sol que par des facteurs culturels.
C'est une architecture originale, spontanée, respectueuse de l'environnement, dirions-nous, parce qu'elle s'intègre au site et éminemment « stable » puisqu'elle a très peu varié dans le temps ainsi que l'aménagement intérieur des habitations.
La demeure s'organise en pièces creusées, souvent sur un seul niveau, au fond d'un puits de 10 mètres de profondeur environ sur 8 à 10 mètres de diamètre, foré à flanc de colline. On y entre d'abord par un couloir à ciel ouvert, qui avance dans le versant, puis on passe par un petit tunnel, en pente douce et souvent coudé pour fuir les regards indiscrets. Un renforcement creusé dans une des deux parois latérales, sert de logement à une bête de somme : un dromadaire. Au centre du « puits », sorte de cour circulaire, une fosse recueille les eaux usées. On y jette régulièrement, par souci d'hygiène, une certaine quantité de sel.
La cuisine et les chambres d'habitation, creusées autour de la cour sont dotées de plafond en carène pour éviter un éboulement éventuel. Les « mûrs » sont blanchis à la chaux et le sol est couvert d'un enduit de gypse, bien battu, et lissé qui assure une certaine luminosité à ces chambres qui ne reçoivent la lumière que par une ouverture fermée par une porte en bois de palmier ! Il arriv…ait assez souvent que la demeure entre dans le cadre d'une économie de subsistance de type familial et qu'elle se trouve à proximité des terrains cultivés et d'une citerne, elle regroupait alors plusieurs foyers et nécessitait l'exécution d'un nombre important, 6 à 7 pièces, cylindriques, cubiques ou parallélépipédiques. Les pièces principales pouvaient être dotées d'une ou deux petites chambrettes, creusées au fond ou latéralement. Les provisions pouvaient être rentrées dans une pièce spéciale creusée au même niveau que les chambres ou au-dessus. Elles étaient souvent entreposées dans la cour dans d'énorme « silos » en alfa tressée.
Parfois, dans les chambres, des étagères, composées d'un treillis de branches d'oliviers et de hampes de palmes enduites d'argile, d'une valeur esthétique certaine, étaient accolées aux murs. Elles facilitaient le rangement des affaires personnelles – peu nombreuses – de l'hôte de la chambre qui dormait sur une haute « banquette » que le creusement de la pièce avait laissé subsister.
Quelques fois, une hutte de branchages, située sur le sol, souvent au-dessus du petit tunnel d'accès à la cour, servait d'habitation estivale.
Réputées isothermes, c'est-à-dire tièdes en hiver – facile de le vérifier ! – et fraîches en été – qui veut essayer ? – ces pièces risquent de s'ébouler en cas de fortes pluies.
Mais aujourd'hui, la prolifération des constructions en dur est en train de modifier complètement la physionomie du bourg qui, par ailleurs, se vide peu à peu de ses habitants attirés par « Matmata – nouvelle » dans la plaine. Seul, un plan d'aménagement d'ensemble, qui réglementerait l'urbanisme et l'architecture serait capable d'endiguer le mal qui finira par tuer Matmata. Quand il n'y aura plus à voir que des « demeures-musées » qui exposent les objets artisanaux d'autrefois et un « hôtel » troglodytique concurrencé, fortement, par des bâtiments modernes et confortables, dotés de l'air conditionné et offrant une cuisine appétissante, certes mais passe-partout, qui voudra venir à Matmata et y rester un peu plus d'une heure : le temps de visiter une demeure « traditionnelle » et d'acheter un souvenir, à quatre sous, made in HongKong ?
Toujane : le coeur altier des Matmata
Autrefois, une piste infernale, un « escalier » géant reliait Matmata à Toujane. Aujourd'hui, c'est presque une autoroute. Mais si l'on part de Matmata – nouvelle et qu'on aille à Toujane, en passant par Beni Zelten et Aïn Tounine, l'étroitesse de la montée, en zigzags serrés et la beauté des paysages traversés rendent la promenade encore plus intéressante.
Le bourg actuel de Toujane est dominé par deux pitons rocheux, escarpés, nus et noirs, couronnés de ruines de fortifications. Il a été formé de trois bourgs : l'ancien, l'actuel et Dakhlet Toujane vers la plaine.
La fondation de Toujane remonterait à quatre siècles environ. Les habitants, bien que très attirés par la plaine, continuent à vivre selon un mode de vie traditionnel fondé sur une arboriculture, d'oliviers surtout, de vallées aménagées et un élevage d'appoint. Ils cueillent aussi l'alfa pour fabriquer ces grands « contenants » ou « silos » à grains appelés kambout ou rounya.
Les habitations traditionnelles, de pierres liées à la « torba », sont couvertes de toits en bois d'olivier ou de thuya, qui a l'avantage d'être imputrescible. Les greniers sont couverts de voûtes munies d'orifices permettant d'y verser le grain à ensiler. Ces plafond empêchent, paraît-il, la prolifération des insectes nuisibles. Mais les constructions « modernes » se multiplient.
La mosquée, un des bâtiments les plus anciens de Toujane, construite peut-être vers 1596 comme l'indique une inscription en relief sur un mur, découpe sa silhouette d'une blancheur immaculée sur le fond ocre brûlé de la montagne.
Pendant combien de temps, les demeures traditionnelles et originales par leur plan à cour centrale précédant des pièces excavées continueront-elles à offrir l'exemple d'un habitat utilisant, au mieux, les possibilités naturelles et apportant une réponse adaptée aux exigences d'un certain mode de vie ? La seule façon de sauver l'originalité de Toujane, en permettant aux habitants, qui voudront y rester, d'y vivre en y gagnant leur vie, c'est de mettre en place, avec leur assentiment, un programme de « tourisme chez l'habitant ».
Certes, comme dans tous les sites du sud tunisien, tout ne pourra pas être sauvé, conservé, mais un peu de tout, partout … peut-être. La création de l'Association de Sauvegarde de Douiret en est la première preuve.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.