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« On ne peut pas faire de Révolution avec la religion...quand celle-ci devient idéologie! »
Publié dans Le Temps le 03 - 04 - 2015

* « Jusque-là je n'ai vu aucune création arabe anti-terroriste, parce qu'il faut, avant tout, être contre le régime et le système qui engendre le terrorisme. »
* « Combattre les terroristes peut être possible, mais vaincre la pensée terroriste n'a jamais été une sinécure » dit-il
* On change les choses avec des lois et des institutions. Il faut repenser l'école, l'université, et l'administration. »
« Je voyagerai au creux d'une vague d'une aile
Je visiterai les âges qui nous ont quittés
et les sept galaxies
Je visiterai les lèvres
et les yeux lourds de glace
et la lame étincelante dans l'enfer divin »
Adonis
D'emblée, à la découverte de ses poèmes, nous nous évadons et accédons à des sphères inconnues de sens et de sensations, permettant une interprétation plurielle, voire infinie. Notre perception sensorielle s'éclate et engendre une multitude d'idées poétiques car, les signes et les symboles, sont riches et profonds, loin des clichés et des tropes usés... Lui, c'est l'illustre poète syrien Ali Ahmed Said Esber, alias Adonis, un pseudonyme très significatif ! Il est l'auteur d'une palette poétique : « Prends-moi chaos dans tes branches » 2015, « chroniques des branches », « les Résonances, les origines », « La Terre a dit », « Singulier », « Célébrations » et bien d'autres. Nous l'avons rencontré à Tunis. Il est l'invité de marque de la Foire Internationale du Livre. Il nous a accordé cette interview avec tant de délicatesse. Nous avons discuté de la poésie, de la réception poétique et de la mission du poète aujourd'hui. Interview.
Le Temps : Nous avons l'impression qu'un certain hermétisme couvre vos poèmes, est-ce un choix esthétique ?
Adonis : Non, je ne suis pas hermétique parce que l'hermétisme est une vision du monde particulière et un point de vue esthétique auxquels je n'adhère pas. Mes poèmes sont peut être difficiles parce que liés à la pensée, à la philosophie, à l'humain et à la technicité... La poésie est en quelque sorte une vision philosophique, non pas la philosophie en tant que système, mais la pensée ! Pensée et poésie est indivisible. D'ailleurs, il n'y a aucune poésie dans l'histoire qui n'est pas pensée, depuis Héraclide, en passant par Hölderlin, Rimbaud, Nietzsche... Chaque grande poésie est une pensée en même temps. Il ne faut pas les dissocier.
Donc, votre poésie n'interpelle pas un public large, elle n'est pas à la portée de tous les lecteurs, comme si vous écriviez uniquement pour l'élite. Qu'en dites-vous ?
D'abord, il n'y a pas un public, il y a des individus. Ensuite, je suis contre l'idée de l'élite. Il n'y a pas élite et populace. La société est un tout, néanmoins, il y a une différence entre un individu et un autre, c'est une différence de degrés, cela relève de la culture, de l'éducation... autrement dit, vous trouverez des paysans qui comprennent la poésie mieux que des professeurs à l'université.
Est-ce une question de sensibilité ?
Il n'y a pas un écrivain ou un poète qui écrit pour un public. Le mot public n'existe pas. Le public c'est des goûts différents, des mentalités différentes, de l'éducation différente ; comment peut on écrire à un public ? Un poète écrit pour mieux exprimer son être, pour mieux voir le monde et pour mieux vivre. Le poème est un lieu de rencontre avec l'autre. Il n'est pas un message à décoder. Il n'y a pas d'engagement dans la création. Personnellement, je suis contre tout ce qui est engagement politique ou idéologique. Mais plutôt c'est une ouverture sur le monde, une manière nouvelle de voir et de créer des rapports entre les mots et les choses, entre le poème et le lecteur. Il n'y a pas le Lecteur, il y a des Lecteurs. Moi j'ai des lecteurs et non pas un public !
Un lecteur averti, non passif au sens de Diderot ?
On ne peut pas comprendre une musique, un tableau, un poème, si on n'a pas une culture poétique, une culture de peinture ou une culture musicale. Pour comprendre Beethoven, il faut comprendre l'histoire de la musique, le sens d'une composition musicale, l'expression de son rapport avec la vie et le monde ; de même pour la peinture et la poésie. Comment demande-t-on à quelqu'un de comprendre un poème, s'il ne connaît pas la spécificité de la poésie ? Ce qui me relie au lecteur, c'est son sens de la recherche, du questionnement, de l'ouverture sur l'autre. C'est ce qui me travaille. Je n'écris pas pour faire l'éloge d'un régime ou pour le critiquer ou encore pour faire de la poésie engagée.
Est-ce le culte de l'art pour l'art ?
Plutôt l'art pour l'homme et pour la vie ! Il faut se désengager de la culture de l'engagement et de l'idéologie.
Aujourd'hui certains considèrent, qu'il n'y a pas de poésie mais des expressions poétiques. On cherche des poèmes épurés qui récusent la métaphore et le culte de l'image poétique. Certains novateurs considèrent que c'est plus important de dire « Ce bras est de chair » que de dire « La terre est bleue comme une orange ». Qu'en pensez-vous ?
C'est vrai, il y a plusieurs manières d'expressions et on ne peut pas dire que ce poème incarne la poésie et que l'autre l'incarne moins. La poésie c'est comme l'Amour, elle ne peut être réduite à une définition. C'est une expérience humaine profonde qu'on ne peut définir. La spécificité de la poésie est indéfinissable. On peut décrire et qualifier un poète mais non pas la poésie. La poésie en tant que tel n'existe pas, elle existe dans la personne, dans son rapport avec les choses, dans sa vision du monde. Il ne faut absolument pas généraliser ou extrapoler. Dans le domaine de l'art, chaque artiste, chaque poète est unique en son genre.
Pensez-vous que les poètes, les intellectuels d'une manière générale doivent se rapprocher de la masse pour lutter contre l'extrémisme ?
Non, mais ils peuvent collaborer avec eux pour le bien de l'humanité. Ils doivent créer une rupture avec toute la culture ou la mentalité extrémiste. Le terrorisme n'est pas un simple nuage, il fait partie de l'histoire, de la culture. C'est tout un processus. Donc un écrivain doit créer une rupture avec cette culture qui engendre le terrorisme, à savoir en premier lieu la religion quand on lui donne un aspect idéologique et non pas la religion en tant que croyance. Je suis pour la liberté de l'être humain, donc je défends le droit de l'Homme de croire en ce qu'il veut. On ne peut pas faire une Révolution avec la religion quand celle-ci prend une tournure idéologique. Jusque-là je n'ai vu aucune création arabe anti-terroriste, parce qu'il faut, avant tout, être contre le régime et le système qui engendre terrorisme. Combattre les terroristes peut être possible, mais pour vaincre la pensée terroriste n'est jamais une sinécure. Il faut donc faire changer les choses avec des lois, des institutions. Il faut repenser l'école, l'université et l'administration. Notre histoire est un océan de violence, même les trois ‘'Califes Eclairés'' étaient assassinés ! Notre histoire est fondée sur deux éléments fondamentaux, le commerce (Khadija, le Prophète, les trois premiers Califes étaient des commerçants) et la guerre .Comment voulez vous qu'un écrivain ou un poète soit révolutionnaire s'il ne fait pas la rupture avec son histoire.
Bio express
Qui est Adonis ?
Né à Qassabine, un village des montagnes du nord de la Syrie, en 1930, Adonis, de son vrai nom Ali Ahmad Sa'id, est formé dès son très jeune âge à la poésie par son père, un paysan lettré
Il commence à travailler dans les champs, jeune mais son père l'incite aussi à apprendre la poésie et le Coran. En 1947, contre l'avis de ses parents, il se rend à la ville voisine où il trouve le président syrien Choukri al-Kouwatli. Adonis, alors âgé de douze ans seulement, veut se joindre à l'assemblée des poètes locaux pour honorer le président mais on l'écarte. En insistant il capte l'attention de ce dernier, qui demande à l'entendre. Il proclame sa prose et subjugue toute la foule. Le président décide alors de lui payer sa bourse.
Il part à l'école, au lycée français de Tartous(en 1942), puis à Lattaquié où il obtient son baccalauréat en 1949, c'est également à cette époque qu'il prend le pseudonyme d'Adonis lors de la publication de quelques poèmes. Il entre ensuite à l'Université syrienne de Damas qu'il quitte en 1954 avec une licence de philosophie.
En 1955, il est emprisonné six mois pour appartenance au Parti nationaliste syrien, un parti qui préconise une grande nation syrienne au Moyen-Orient. Après sa libération en 1956, il s'enfuit pour Beyrouth au Liban où il fonde avec le poète syro-libanais Youssouf al-Khal dans les années 60, la revue Chi'r (Poésie).
Adonis abandonne peu à peu son nationalisme militaire pour le panarabisme alors très en vogue avec la montée des partis Ba'as. Il choisit la nationalité libanaise en 1962. Adonis se consacre aussi plus principalement à ses activités littéraires qu'à ses activités politiques.
En 1968, il fonde la revue Mawâkif (Positions) qui se montre être un espace de liberté en même temps qu'un laboratoire de rénovation « destructurante » de la poésie — aussitôt interdite dans le monde arabe. C'est là qu'il traduit en arabe Baudelaire, Henri Michaux, Saint-John Perse et en français Aboul Ala El-Maari.
Suite à la guerre civile libanaise, il fuit le Liban en 1980 pour se réfugier à Paris à partir de 1985. Il est le représentant de la Ligue arabe à l'UNESCO.
Auteur de nombreux recueils poétiques ("Chants de Mihyar le Damascène", "Le Livre des migrations", "Le Livre"...) et d'essais ("Le Fixe et le Mouvant" (3 volumes), "Préface pour les fins de siècles"...), il a reçu de nombreux prix notamment le Prix Goethe en 2011.


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