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Hamdi Mazhoudi peint la magnificence de la femme
Publié dans Le Temps le 19 - 03 - 2016

Hamdi Mazhoudi est caricaturiste professionnel à Dar-Assabah. Il a, avant cela, suivi des études d'art à l'Ecole des Beaux-Arts de Tunis. Cette exposition est la première exposition personnelle que l'artiste organise et pourtant, il a choisi de traiter une thématique que les artistes tunisiens évitent d'aborder depuis la montée de l'islamisme dans notre pays et de l'iconoclasme qu'il n'a pas manqué de susciter, surtout à travers toutes les actions salafistes entreprises contre l'art, le cinéma, la peinture et le théâtre.
L'université elle-même, n'est pas sortie indemne de cette ambiance. Le salafisme s'y est installé et l'on a vu les cours et les ateliers de dessin anatomique disparaître sous les menaces de certaines forces rétrogrades, considérant la représentation figurée blasphématoire, alors qu'elle a été autorisée depuis plus d'un siècle par les savants réformistes, Mohamed Abdou et Ben Achour, en 1904.
Cette ambiance négative par rapport à l'image artistique, était confortée par l'attaque contre El Abdiliya, en juin 2012, sous le gouvernement de la Troïka et du ministre de la Culture, Mehdi Mabrouk et de son fameux conseiller en Art, Khelil Gouiâa.
La journée du 12 juin 2012, Trafalgar de l'art
et de la liberté de créer
La journée du 12 juin 2012 fut l'apothéose de l'iconoclasme salafiste. Des œuvres, celles de Lamia Gmara furent dilapidées, massacrées à El Abdelliya. Les artistes furent menacés de mort, (une centaine). Leur liste fut livrée aux salafistes, paraît-il, par des services officiels du ministère de la Culture, de l'époque. Des artistes, comme Nadia Jlassi, Mohamed Ben Slama, furent soupçonnés de blasphème et des plaintes furent déposées contre eux... Des interrogatoires s'ensuivirent et une ambiance terriblement chargée de tension répressive plomba la scène artistique et menaça les libertés de création et d'expression. Cette attaque contre l'art, contre la représentation figurée, contre la représentation du corps d'une manière générale, a suscité un tollé de tous les hommes libres tunisiens, et surtout des artistes et plus particulièrement des femmes parmi eux. La résistance fut organisée contre le terrorisme salafiste et allié.
Des expositions véhémentes féminines et autres ne manquèrent pas de riposter aux velléités de limiter la liberté des artistes.
L'exposition d'aujourd'hui, de Hamdi Mazhoudi est une action courageuse de l'artiste de se sortir de l'isolement et de la solitude dans lesquels les forces rétrogrades l'ont placé depuis quelques quatre années. Rien n'est plus sacrilège devant la liberté. La création reprend ses aises et voilà Hamdi qui ose s'attaquer au corps en le magnifiant.
Renouer avec le nu artistique
Vingt trois tableaux sont accrochés à El Teatro. Personne ne les conteste. Tous ceux qui entrent à El Teatro ou qui viennent voir l'exposition, admirent sans problème et semblent trouver normal et intéressant le retour à la figuration du corps et à la retrouvaille avec le nu artistique.
Le travail de l'artiste par rapport à la représentation du corps n'est plus le modèle vivant mais plutôt la photographie, mais aussi, les modèles peints de la peinture orientaliste et également, de son propre imaginaire et l'imaginaire de Hamdi est réellement très développé.
La thématique essentielle trouvée par l'artiste est consacrée à la femme.
Le tableau de la femme descendant l'escalier est très expressionniste. Elle est représentée dans une explosion de couleurs rouges et vertes. Le mouvement de la descente créé une dynamique très réaliste mais aussi poétique.
Une autre représentation évidemment d'une autre femme se passe en pleine campagne magnifie la femme dans toute sa beauté naturelle épanouie.
D'autres tableaux inspirés d'œuvres anciennes reprennent des thématiques orientalistes. Les couleurs sont reprises mais l'environnement est actualisé comme cette femme représentée et derrière elle, se faufile le monument de l'avenue Bourguiba, en plein Tunis.
D'autres tableaux sont plus personnels comme celui de Sihem, la propre femme de l'artiste saisie dans une démarche presque fauve au premier plan est très expressif.
Les femmes, toujours les femmes, occupent toutes les positions : debout, assises, descendant l'escalier ou tout simplement nues, ne sont jamais traitées vulgairement ou érotiquement. Le nu est représenté « naturellement » et ce n'est pas une grande affaire que d'exposer le nu.
Un genre artistique
à part entière
Le nu est un genre artistique comme tous les autres genres.
Cela fait des milliers d'années que la Tunisie historique présente le « nu » sans scandaliser nos regards ni provoquer qui que soit et que le nu est chose admise.
Un raccourci historique sur l'histoire artistique du nu dans notre pays confirme la légitimité actuelle de pratiquer ce genre artistique.
Des bas reliefs capsiens découverts à El Mektaâ, à Gafsa sont conservés au musée du Bardo, ont été les premières œuvres réalisées en l'honneur de la femme et de sa beauté, déjà il y a quelques milliers d'années.
Les sculptures phéniciennes, puniques ou numides ont toutes représenté des femmes-déesses ou même de femmes ordinaires sur les stèles quelquefois simples, stylisées ou même assez géométriques. Tanit elle-même a été très stylisée.
Les Romains, de culture grecque, ont représenté la femme dans toute sa suprême beauté, vibrant de gracieuses formes et de volumes bien proportionnés. L'idéal de la beauté gréco-romaine a pénétré toutes les réalisations sculpturales de la Tunisie antique. Le musée du Bardo, regorge de ces sculptures merveilleusement proportionnées de divinités de la mythologie de cette grande civilisation. Chaque période, chaque civilisation développe des représentations particulières, propres à elles et produit des nus reflétant leurs visions dominantes.
Les Byzantins et les Musulmans, de par même leur vision du monde essentialiste, n'ont pas opté franchement pour la représentation du nu.
Le nu artistique en Islam
L'Islam, lors de sa période primitive (début de la période omeyyade), a maintenu la pratique du nu artistique surtout dans ses palais de Transjordanie, à Qousein Amra, à Mchatta ou même à Khirbet el Mafjer. La femme nue représentée à Qouseir Amra est bien en chair et semble refléter les idéaux de beauté féminine de l'époque. La miniature arabe ou plus particulièrement, persane, a également illustré des textes forts suggestifs.
L'école picturale développée par l'empereur Akbar n'a pas hésité un seul instant à proposer des représentations figurées très osées.
C'est dire que le nu n'a jamais été interdit d'une manière totale et absolue.
L'orientalisme artistique a réalisé des œuvres d'art du nu quelquefois révoltant parce que fondé sur l'exploitation de certaines images peu reluisantes des femmes de notre pays mettant en exergue un érotisme vulgaire et avilissant. L'orientalisme n'a pas produit que des œuvres de cette sorte.
Le néo-orientalisme de la période 1950-2000 nourri par la tradition académique et orientaliste a laissé des œuvres fort belles. Le maintien de l'enseignement du dessin anatomique confié à Henri Saâda, après l'indépendance, a permis à plusieurs artistes tunisiens de pratiquer l'art du nu. Fehri, Ben Frej, Ben Abdallah et même des étudiantes ont appris à représenter le corps lors de séances pédagogiques très appréciées et normales. Le Nu, dans son approche artistique ne constitue nullement un scandale. Saisir sa propre image à travers le dessin et la couleur, n'est pas un crime. Il est même une fête des sens, une fête purement humaine.
La représentation du corps ou la représentation du nu a eu donc beaucoup à lutter pour s'imposer artistiquement à chaque fois. Quelquefois tolérée, très souvent condamnée mais toujours prête à dévoiler les goûts et les mœurs de chaque époque, de chaque culture et de chaque civilisation où elle a eu à se développer. Le nu même subissant les excès de la divulgation de l'image du corps à travers les nouvelles technologies et les éditions de masse reste l'exercice le plus convoité le plus intime et en même temps le plus sacrilège que l'artiste commet parce qu'il dévoile les choses secrètes et cachées afin de témoigner et d'exprimer l'éloge à un corps libéré de tout prétexte mythologique ou religieux. Le corps est devenu en lui-même sa propre cible et son propre monument.


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