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Conjoncture :
Publié dans L'expert le 25 - 12 - 2009

Depuis l'installation des supermarchés et hypermarchés sur le territoire tunisien, le monde du petit commerce souffre et tente de survivre. C'est un vrai débat qui s'ouvre car les consommateurs changent de comportement et les épiciers doivent s'adapter.
L'épicerie tunisienne a été pendant longtemps comme le seul point d'approvisionnement alimentaire des ménages mais a un concurrent de poids le supermarché depuis une dizaine d'années.

Pour répondre aux exigences des clients, les épiciers ont peu à peu transformé leurs échoppes. Les écriteaux «Pas de crédit» se sont mis à disparaître, Le comptoir a pour ainsi dire disparu. Il laisse la place à la superette. 264 000 épiciers opèrent en Tunisie, à 84% indépendants et autofinancés.
Certains s'accrochent à leur comptoir, d'autres se diversifient ; le marchand de fruits secs vend du yaourt et du lait, un autre s'est converti en agent immobilier.
Certains épiciers d'une ville touristique comme Hammamet se sont mis à proposer tout et n'importe quoi : de la location de voiture ou des stylos et des cahiers durant la rentrée scolaire. D'autres proposent des comprimés pour les maux de tête, et même des tatouages pour les touristes, etc…
Selon le sociologue Ridha Boukraa «Les épiciers ont souvent fonctionnés en réseau. Le réseau des Djerbiens a longuement investi l'univers de l'épicerie, allant même jusqu'à s'établir en France. Seules trois villes ont échappés à cette tendance : Sfax, Nabeul et Hammamet. Les communautés de ces villes ont effectivement développées des compétences commerciales sérieuses pour marquer le terrain. Aujourd'hui à Hammamet, ce sont les exodés qui s'installent et ouvrent des épiceries polyvalentes et non plus alimentaires».

LJ est épicier dans la ville touristique dans un quartier résidentiel. Découragé, il s'accroche à un métier qu'il a hérité de son père.. Une chose est sûre, l'été toute sa marchandise s'écoulera. Au pire, ce sont les Algériens qui dévaliseront son magasin. Le tout est de tenir jusque là. «Je me débrouille plutôt pas mal mais je touche à tout. Dans ce quartier, je fais office de marchand de légumes, de fruits secs, d'épices, je vends les journaux, les cartes téléphoniques, l'harissa de ma mère et le pain tabouna de ma belle sœur ...Je fais même des sandwiches, tout en sachant que je n'en ai pas le droit. Je fais crédit et exploite ma femme, mes enfants, mes frères et mes neveux. (…) lorsque je vois mes clients rentrer de chez Carrefour ou Géant, je suis hors de moi. Font-ils vraiment des économies ?. A quoi cela sert-il de stocker quand on a des commerces de proximité ?» regrette t-il amèrement.

Cette tendance est spécifique à Tunis capitale et aux villes limitrophes telles que Nabeul, ou Bizerte. Les épiceries les plus touchées sont celles installées autour des quartiers d'El Menzeh, Manar, Carthage ou la Marsa... Ces épiciers ne décolèrent pas. Ils en sont réduits à uniquement «répondre aux urgences». La loi interdisant aux hypermarchés de s'installer dans les agglomérations n'a été promulguée que depuis cinq ans. Bien longtemps après l'ouverture de «Carrefour» ! Un rapide coup d'œil au parking bondé des deux hypermarchés de la capitale en fin de semaine est plus qu'édifiant. Il y a incontestablement foule.
Il faut dire que la voiture et l'amélioration du pouvoir d'achat des tunisiens provoquent chez le consommateur un engouement sans précédent pour la grande distribution.
Pour le moment, la crise et l'endettement poussent le consommateur à la prudence. Les ménages ont enregistrés de très fortes dépenses ce dernier trimestre.

Si certains crient aux menaces de la grande distribution sur le commerce de proximité, d'autres temporisent. Outre le fait de considérer ces petits commerces comme un refuge pour les consommateurs, on peut y voir un important acteur de la chaîne sociale et économique du pays. Il convient de les préserver et valoriser leurs savoir-faire au risque de les voir disparaître peu à peu.


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