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Perspectives économiques du FMI
Publié dans L'expert le 23 - 04 - 2010

● La Tunisie poursuivra une croissance de 4,25 à 5% en 2011, à la mesure de la progression des exportations, du tourisme et des IDE
● En 2010, la production mondiale devrait progresser d'environ 4¼ %, après une contraction de ½ % en 2009
Les perspectives de croissance de l'économie mondiale ne sont pas encore fixés vu la divergence des manières avec laquelle les différents opérateurs (gouvernements et privés), répondent et font face à la crise économique. Les problèmes de la Grèce et derrière elle la zone euro, les difficultés du Portugal, l'augmentation du chômage dans le monde ; sont des signes qui font persister le flou. Le FMI publie chaque trimestre ces prévisions pour les perspectives économiques dans le monde, qui sont constamment améliorés à la lumière de quelques signes de sortie de crise.
Il vient de publier hier, ses perspectives pour la prochaine période et qui tablent sur une croissance de l'économie mondiale de 4.25%. Pour la Tunisie, les perspectives semblent encourageantes et témoignent de la solidité des bases de l'économie nationale.

Une reprise de la croissance à l'échelle mondiale :
En 2010, la production mondiale devrait progresser d'environ 4¼ %, après une contraction de ½ % en 2009. Les pays qui ont bien redémarré resteront probablement les principaux moteurs de la reprise, car la croissance dans les autres pays est freinée par les dégâts durables qui ont été causés aux secteurs financiers et aux bilans des ménages. L'activité reste tributaire de politiques macroéconomiques très accommodantes et risque d'être révisée à la baisse, car des fragilités budgétaires sont apparues. Dans la plupart des pays avancés, les politiques budgétaires et monétaires devraient rester accommodantes en 2010 afin de soutenir la croissance et l'emploi. Toutefois, un grand nombre de ces pays doivent aussi adopter d'urgence des stratégies crédibles à moyen terme pour limiter l'endettement public et ensuite le ramener à des niveaux plus prudents. Il est aussi prioritaire d'assainir et de réformer le secteur financier. De nombreux pays émergents ont retrouvé un taux de croissance élevé et plusieurs d'entre eux ont commencé à modérer leurs politiques macroéconomiques accommodantes face à des entrées de capitaux massives.
Etant donné les perspectives d'une croissance relativement faible dans les pays avancés, il s'agira pour les pays émergents d'absorber des apports de capitaux de plus en plus élevés et d'alimenter la demande intérieure sans provoquer un nouveau cycle de surchauffe.

La reprise a évolué mieux que prévu
La reprise de l'économie mondiale a évolué mieux que prévu : l'activité se redresse à des rythmes différents, timidement dans de nombreux pays avancés, mais vigoureusement dans la plupart des pays émergents et en développement. L'appui des pouvoirs publics a été essentiel pour donner un coup de fouet à la reprise. La politique monétaire a été très expansionniste et a été soutenue par des mesures non conventionnelles d'injection de liquidités. La politique budgétaire a offert un soutien important face au ralentissement sensible de l'activité. Parmi les pays avancés, les Etats-Unis redémarrent mieux que l'Europe ou le Japon. Parmi les pays émergents et les pays en développement, les pays émergents d'Asie donnent l'impulsion. La croissance s'accélère aussi dans les principaux pays d'Amérique latine et d'autres pays émergents et en développement, mais elle reste inférieure dans de nombreux pays émergents d'Europe et divers pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI). L'Afrique subsaharienne surmonte bien la crise mondiale, et elle devrait rebondir plus vigoureusement qu'après les récessions mondiales antérieures.
Les reprises de l'activité réelle et financière sont complémentaires, mais l'accès au crédit reste difficile pour certains secteurs. Les marchés monétaires se sont stabilisés. Les marchés d'obligations de sociétés et d'actions ont rebondi. Dans les pays avancés, le durcissement des critères d'octroi de prêts bancaires prend fin et la crise du crédit semble en passe de se terminer. Dans un grand nombre de pays émergents et en développement, la croissance du crédit reprend.
Néanmoins, la situation financière reste plus difficile qu'avant la crise. En particulier dans les pays avancés, la situation des fonds propres bancaires restera probablement une entrave à la croissance, les banques continuant de réduire la voilure. Les secteurs ne disposant que d'un accès limité aux marchés des capitaux, c'est-à-dire les consommateurs et les petites et moyennes entreprises, resteront probablement confrontés à des plafonds d'endettement stricts. Dans quelques pays avancés, la hausse du déficit et de l'endettement publics a fait monter sensiblement les primes de risque souverain, ce qui fait peser de nouveaux risques sur la reprise. De même que l'activité réelle et financière, les flux de capitaux des pays avancés vers les pays émergents se sont redressés vivement. Cette hausse s'explique notamment par la croissance rapide dans les pays émergents, les écarts de rendement élevés en leur faveur et le retour de l'appétit pour le risque. Le redressement des flux de capitaux internationaux est allé de pair avec des variations des taux de change effectifs réels (dépréciation du dollar américain, et appréciation des monnaies flottantes d'autres pays avancés et de pays émergents), mais, par rapport aux niveaux d'avant la crise, ces variations ont généralement été limitées, et les déséquilibres courants mondiaux devraient de nouveau s'aggraver à moyen terme.
La reprise demeurera une reprise à plusieurs vitesses
La reprise devrait se poursuivre à des rythmes variables d'une région et d'un pays à l'autre. La croissance mondiale devrait atteindre 4¼ % en 2010 et en 2011. Les pays avancés devraient enregistrer une croissance de 2¼ % en 2010 et de 2½ % en 2011, après une baisse de la production de plus de 3 % en 2009.
Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance devrait dépasser 6¼ % en 2010–11, après un taux modeste de 2½ % en 2009.
Les perspectives restent exceptionnellement incertaines, bien que plusieurs risques aient diminué. De manière générale, les perspectives pourraient être révisées à la baisse, les risques relatifs à l'augmentation de la dette publique dans les pays avancés étant devenus nettement plus évidents. À court terme, les inquiétudes du marché concernant la liquidité souveraine et la solvabilité de la Grèce risquent, si elles ne sont pas maîtrisées, de se transformer en une crise de la dette souveraine dans le plein sens du mot et contagieuse.
De manière plus générale, la principale inquiétude est que la marge de manœuvre dans de nombreux pays avancés a été épuisée dans une large mesure ou est bien plus limitée, de sorte que les reprises fragiles sont maintenant exposées à de nouveaux chocs. En outre, les engagements des banques dans le secteur immobilier continuent de constituer une menace, principalement aux Etats-Unis et dans certaines parties de l'Europe.

Il convient de soutenir et de renforcer la reprise
Etant donné la dette publique élevée qui s'est accumulée pendant la récession, les stratégies de sortie doivent privilégier le rééquilibrage budgétaire et l'assainissement du secteur financier dans de nombreux pays avancés. Cela permettrait à la politique monétaire de rester accommodante sans provoquer de tensions inflationnistes et sans déstabiliser les marchés financiers.
Dans les pays émergents et en développement, les priorités dépendent de la marge de manœuvre budgétaire disponible et du solde courant. Les effets d'entraînement liés aux politiques budgétaires sont particulièrement importants pour les principaux pays avancés : des déficits élevés et l'absence de stratégies bien établies de rééquilibrage budgétaire à moyen terme pourraient avoir des effets négatifs sur les coûts de financement des autres pays avancés ou des pays émergents.

Mise en place des stratégies de rééquilibrage budgétaire à moyen terme
La politique budgétaire a fourni un soutien important face au ralentissement sensible de l'activité. Par ailleurs, la chute de l'activité et, dans une bien moindre mesure, la relance ont fait monter le déficit budgétaire des pays avancés à environ 9 % du PIB. Le ratio dette/PIB dans ces pays devrait dépasser 100 % en 2014 à politiques inchangées, soit 35 points de pourcentage du PIB de plus qu'avant la crise.
À court terme, la reprise restant fragile, il convient d'appliquer intégralement les mesures de relance budgétaire prévues pour 2010, sauf dans les pays qui enregistrent déjà une forte hausse de leur prime de risque; ces pays doivent commencer à rééquilibrer leur budget dès maintenant. À plus long terme, si la situation macroéconomique évolue comme prévu, la plupart des pays avancés devraient entreprendre un rééquilibrage budgétaire substantiel en 2011. Les pays doivent d'urgence concevoir et appliquer des stratégies crédibles d'ajustement budgétaire, en privilégiant des mesures qui soutiennent la croissance potentielle.
Ces stratégies doivent inclure des calendriers bien établis pour la réduction des ratios dette brute/PIB à moyen terme. Il convient aussi d'opérer des réformes des prestations automatiques qui réduisent les dépenses à terme, mais ne pèsent pas sur la demande aujourd'hui.
Les enjeux budgétaires sont différents dans plusieurs pays émergents, avec quelques exceptions importantes. Le problème de l'endettement public dans ces pays est plus localisé : pour l'ensemble de ces pays, le ratio dette publique/PIB avoisine 30 à 40 % et, étant donné leur croissance vigoureuse, il devrait bientôt diminuer de nouveau.

Il convient de s'affranchir prudemment de la politique monétaire accommodante et de gérer les entrées de capitaux
Les taux encore faibles d'utilisation des capacités et la bonne maîtrise des anticipations inflationnistes devraient maintenir l'inflation à un bas niveau dans la plupart des pays. Les risques importants de hausse de l'inflation sont limités aux pays émergents qui ont des antécédents d'instabilité des prix ou une marge limitée de capacité inutilisée. Dans les principaux pays avancés, la politique monétaire peut demeurer accommodante tandis que le rééquilibrage budgétaire se poursuit, à condition que les tensions inflationnistes restent modérées. Cela peut se faire alors même que les banques centrales commencent à retirer le soutien d'urgence qu'elles avaient accordé aux secteurs financiers.
Dans les principaux pays émergents et quelques pays avancés qui enregistrent une reprise plus rapide, les banques centrales ont déjà commencé à réduire le degré d'accompagnement monétaire, ou les marchés s'attendent à ce qu'elles le fassent au cours de l'année à venir. Comme la reprise dans ces pays devrait être plus rapide que dans les principaux pays avancés, ces pays resteront probablement à la tête du cycle de durcissement. Dans quelques-uns de ces pays, les surcapacités dans certains secteurs et la détérioration de la qualité du crédit mettent aussi en avant la nécessité de resserrer le crédit.
Dans les pays émergents affichant un excédent excessif, il convient de compléter le durcissement de la politique monétaire par une appréciation du taux de change effectif nominal à mesure que la pression de la demande excédentaire s'intensifie, notamment en réaction au soutien budgétaire qui continue d'être fourni pour faciliter le rééquilibrage de la demande ou en réaction aux entrées de capitaux. Dans les autres pays, il se peut que le durcissement de la politique monétaire soit compliqué, car il pourrait attirer davantage de capitaux, entraîner une appréciation de la monnaie et ainsi nuire à la compétitivité. Si le surajustement du taux de change devient une préoccupation, les pays devraient envisager de durcir leur politique budgétaire pour atténuer la pression sur les taux d'intérêt, d'accumuler des réserves et peut-être de réglementer plus strictement les entrées de capitaux— en étant conscients du risque de créer de nouvelles distorsions — ou d'assouplir la réglementation des sorties de capitaux.

Il faut assainir et réformer les secteurs financiers
En plus du rééquilibrage budgétaire, l'autre priorité absolue pour plusieurs pays avancés est de continuer d'assainir et de réformer le secteur financier pour soutenir la reprise. Les inefficiences des marchés financiers et les défaillances de la réglementation et du contrôle ont joué un rôle essentiel dans la crise, et il faut y remédier pour mettre en place un système financier plus solide. Pour les pays avancés, l'édition d'avril 2010 du GFSR a abaissé de 2,8 à 2,3 billions de dollars, pour la période 2007–10, son estimation des pertes de valeur et des provisions pour pertes sur prêts des banques, effectives et prévues, dont deux tiers avaient été comptabilisés fi n 2009. Les progrès accomplis dans l'élimination de ces inefficiences et la réforme des politiques et des dispositifs prudentiels accroîtront aussi l'efficacité de la politique monétaire et réduiront le risque que l'abondance de liquidités conduise à de nouvelles distorsions spéculatives. Par ailleurs, les pays émergents doivent continuer de renforcer leurs politiques et dispositifs prudentiels en prévision d'une hausse des entrées de capitaux.

Il est essentiel d'aider les chômeurs et de stimuler l'emploi
Le niveau élevé du chômage pose des problèmes sociaux considérables. Dans les pays avancés, le chômage devrait rester proche de 9 % jusqu'à la fin de 2011, et ne diminuer que lentement par la suite. Il est noté au chapitre 3 que le chômage a évolué de manière très différente parmi les pays avancés en raison de différences dans les baisses de la production, les institutions du marché du travail et des facteurs tels que les tensions financières et les effondrements des prix du logement. Par ailleurs, dans beaucoup de pays, le problème est plus sérieux que ne l'indiquent les statistiques du chômage officiel, parce que nombreuses sont les personnes sous-employées ou ne faisant plus partie de la population active. Dans ces conditions, le risque qu'un chômage temporaire se transforme en chômage à long terme et abaisse la croissance potentielle constitue une préoccupation majeure. Pour limiter les dégâts, les politiques macroéconomiques doivent soutenir la reprise autant que possible. Par ailleurs, les pouvoirs publics doivent encourager la flexibilité des salaires et fournir un soutien adéquat aux chômeurs.

Il est essentiel de rééquilibrer la demande mondiale pour dynamiser et pérenniser la croissance
Pour que l'économie mondiale maintienne une trajectoire de croissance élevée, les pays qui accusaient des déficits extérieurs excessifs avant la crise doivent rééquilibrer leurs finances publiques de manière à limiter les effets néfastes sur la croissance potentielle et la demande. Dans le même temps, les pays qui dégageaient des excédents courants excessifs devront encore accroître leur demande intérieure pour soutenir la croissance, tandis que les pays ayant un déficit excessif réduisent leur demande (et leurs importations), car ils s'attendent à une baisse de leurs revenus. Si les monnaies des pays enregistrant un déficit excessif se déprécient, logiquement celles des pays en situation d'excédent doivent s'apprécier.
Le rééquilibrage doit être appuyé par des réformes du secteur financier et des politiques structurelles tant dans les pays en excédent que dans les pays en déficit. Les pouvoirs publics devront exploiter les synergies, en particulier entre la politique budgétaire et les réformes structurelles.

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord se rétablit à bonne allure
Selon le rapport, le Maroc et la Tunisie poursuivront une croissance de 3¼ à 4 % en 2010 et de 4½ à 5 % en 2011, sous réserve que les exportations, le tourisme, les envois de fonds et les investissements directs étrangers continuent à progresser. Précisément pour la Tunisie la croissance sera de 4% cette année et de 5% l'année prochaine. Ces prévisions concordent avec ceux du gouvernement qui tablent sur une reprise de la croissance après la chute de régime au cours de l'année écoulée ou on a enregistré seulement 3%.
Du côté des prix à la consommation, la Tunisie enregistrera une hausse de 4.2% cette année et 3.5% en 2011. L'Indice des prix à la consommation a enregistré 5.2% au cours des 3premiers mois de l'année. On s'attend normalement à une baisse des prix au courant de cette année.
Du côté du solde extérieur courant, qui a été de -3.4% en 2009, il sera cette de -2.7% et de -3% en 2011, ce qui témoigne d'une bonne gestion des finances publiques.
Le FMI, évalue que la région Moyen-Orient et Afrique du Nord(MOAN) sort de pays à l'autre, du fait des différents ensembles de forces qui les sous-tendent. Deux forces au moins lui donnent de l'élan. Premièrement, la hausse des cours des produits de base et la demande extérieure dopent la production et les exportations de nombreux pays.
Deuxièmement, les programmes de dépenses publiques jouent un rôle majeur d'accompagnement de la reprise.
Dans quelques pays, elle est entravée par la vulnérabilité du secteur financier et la faiblesse du marché immobilier (Emirats arabes unis, Koweït). La mollesse de la reprise en Europe pèse sur la croissance des exportations, les envois de fonds de l'étranger et les recettes du tourisme dans d'autres parties de la région MOAN (Maroc, Tunisie), encore que les données récentes indiquent une amélioration graduelle de ces flux. Compte tenu de ces facteurs, entres autres, les projections
indiquent pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord un taux de croissance du PIB de 4½ % en 2010, qui passerait à 4¾ % en 2011. Comme dans les autres régions, les perspectives sont très différentes d'un pays à l'autre.
Le Qatar est le plus performant des pays exportateurs de pétrole : l'activité réelle est, d'après les projections, promise en 2010 à une croissance de 18½%, tirée par l'expansion persistante de la production de gaz naturel et par de fortes dépenses d'investissement. En Arabie Saoudite et au Koweït, on attend une progression du PIB d'environ 3¾ % et 3 %, respectivement, soutenue cette année par des investissements publics considérables dans les infrastructures. Pour les Emirats arabes unis, les projections font état d'une croissance atone de
1¼ %, du fait d'une nouvelle contraction des secteurs liés à l'immobilier.
Parmi les pays importateurs de pétrole, l'Egypte devrait connaître une croissance du PIB de 5 % en 2010 et de 5½ % en 2011, grâce à une politique de relance budgétaire et monétaire.
Une grande incertitude entoure ces perspectives, pour deux principales raisons. Premièrement, la croissance plus lente que prévu des pays avancés pourrait peser sur les cours des produits de base et le tourisme. Cela aurait des effets négatifs sur les exportations, les soldes courantes et budgétaires et la croissance de la région. Le second risque se rapporte aux suites de la crise de la dette de Dubaï World, dont les retombées économiques ont été limitées jusqu'à présent, mais dont le plein effet pourrait se faire sentir pendant quelque temps.


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