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Tunisie - Paix sociale:
Grèves sauvages ou terrorisme économique?
Publié dans WMC actualités le 06 - 03 - 2014

Ce n'est pas la première fois que la firme aéronautique française, leader dans son domaine, Aerolia, menace de fermer définitivement ses portes pour mettre fin à un bras de fer, qui n'a que trop duré, avec les syndicats de base de l'UGTT et les représentants de la centrale syndicale au niveau de la zone de Ben Arous.
Un représentant de l'UGTT Ben Arous serait même allé jusqu'à menacer d'incendier toute la zone si les revendications «légitimes» des travailleurs ne sont pas satisfaites. Des revendications qui n'ont pas, depuis le fameux 14 janvier, arrêté de pleuvoir sur les entreprises aussi bien locales qu'étrangères.
Avec l'apparition sur le "marché syndical" de nouveaux syndicats, les surenchères sont encore montées, c'est à qui mieux mieux pour avoir le plus d'adhérents même si cela peut menacer l'existence de l'entreprise et causer la mise en chômage de tout le monde. La valeur travail dont n'arrête pas de parler Mehdi Jomaâ, chef du gouvernement, est un langage banni de la terminologie des militants syndicalistes qui pensent que la Tunisie, pourtant en situation critique, peut encore souffrir leurs récriminations, à la longue interminables et destructrices.
Le pire est que même quand les bases syndicales entrent dans des grèves sauvages, elles sont, solidarité oblige, automatiquement couvertes par leurs représentants dans les bureaux régionaux, elles ne sont jamais pénalisées ou remises à l'ordre. Tant pis si l'économie du pays s'effondre. Ne sont-ils pas les plus forts?
L'UGTT, qui a construit un siège rappelant celui édifié par le RCD, il y a quelques années, devrait peut-être réfléchir à créer une caisse spéciale pour les anciens travailleurs qui se retrouveront très bientôt dans la rue par force de frénésie revendicatrice. C'est d'autant plus surprenant que le contrat social, initié avec l'UTICA et le gouvernement, stipule l'importance de résoudre les litiges entre employeurs et employés par la négociation et non par les menaces et les chantages aux grèves.Nous devrions peut être recenser les états dépressifs chez les opérateurs privés ou ceux qui ont des maladies de coeur...
Wided Bouchamaoui, présidente du patronat, a, à maintes reprises, assuré que l'UTICA est ouverte à toutes les propositions et réceptives à toutes les solutions à partir du moment où elles ne se font ni aux dépens des entreprises ni des droits des travailleurs. Elle a même affirmé qu'elle se porterait garante du respect des engagements des entreprises envers les syndicats et qu'elle serait prête à lâcher celles qui ne se plieraient pas aux lois et aux accords.
Mais comme le dit ce dicton bien de chez nous, «Dhahkoulou, tmad ala toulou»…, ce n'est pas parce que la patronat est fragilisé par trois ans d'attaques incessantes à son encontre et nuisant à son image et à ses symboles qu'il faut croire qu'il est «écrasable». Car en l'écrasant sans raisons valables, ce sont les créateurs de richesses que l'on attaque de front et que nous poussons vers la porte de sortie, les encourageant à aller investir ailleurs, là où le travail est respecté et la productivité assurée. Ce n'est pas non plus parce que l'UGTT a participé à la lutte pour la libération nationale, soit dit en parfaite symbiose avec les commerçants et propriétaires de l'époque, ou à la réussite du dialogue nationale qu'elle n'a pas été la seule à mener, qu'elle doit aujourd'hui décider de la fermeture ou de l'ouverture d'une zone économique. Il s'agit des hauts intérêts du pays. C'est comme si, dans les esprits de certaines personnes psychorigides de la centrale syndicale, la Tunisie qui luttait contre l'occupation française et celle qui lutte aujourd'hui pour sa survie ne sont pas un même et unique pays. En attendant et si ça peut leur faire plaisir, les investisseurs étrangers sont en train de délocaliser leurs entreprises en direction du Mexique et du Maroc.
Un exemple éloquent : Aerolia
Dix hectares ont été réservés à Aerolia dans la zone industrielle El Mghira, où il y a eu installation des sous-traitants et du centre de formation. L'UGTT pourrait peut être si la firme aéronautique part au Maroc, transformer le centre implanté par la sueur et l'argent des contribuables en un centre sportif où les férus des luttes et des combats dévastateurs pourraient venir se défouler… Car l'histoire d'Aérolia est celle de celui à qui on a offert tout juste un doigt et qui a exigé ensuite toute la main.
Car avant que cela ne se transforme en un bras de fer entre syndicats et responsables de la compagnie aéronautique, des discussions ont d'ores et déjà eu lieu et dans lesquelles il était question de répondre positivement aux revendications réalistes et légitimes et conformes à la législation en vigueur relative à la convention de la fonderie, métallurgie et constructions mécaniques. Quelques temps après, tous les accords signés précédemment avec le syndicat ont été remis en cause.
L'Union régionale de l'UGTT de Ben Arous est allée très loin. Après avoir voulu diminuer le nombre d'heures de 48 à 45 heures, elle exigerait aujourd'hui un planning de 37 heures par semaine. Pire, elle exige le passage de l'ensemble des employés d'Aérolia Tunisie en collège Maîtrise, pour être payés non plus en horaires mais en forfait mensuel, ce qui est une aberration, les augmentations salariales seraient même de l'ordre de 140 D.
Mohamed Ali Zaouali, directeur régional de l'UTICA à Ben Arous, intervenant au micro de Tarek M'rad, a exprimé son indignation face à ces pratiques irrespectueuses des principes et des accords conclus entre différents vis-à-vis. Aérolia, qui emploie environ 1.300 personnes, a pour sa part décidé de prendre une mesure exceptionnelle de lock-out de cinq jours, c'est-à-dire l'arrêt de travail non rémunéré décidé par l'employeur lui-même.
Les représentants de l'UGTT Ben Arous n'ont pas compris qu'ils ne peuvent pas gagner à tous les coups et qu'à un certain moment, ils vont avoir à payer pour leur aveuglement et leur inconscience de la gravité du contexte tunisien.
L'image de l'aéronautique en Tunisie, déjà bien entamée avec les 2 grèves sauvages à Aérolia et la grève à CCAT et Latelec est définitivement ternie. Mais les virtuoses de l'UGTT nous offriront peut-être des solutions miracles pour employer les nouveaux chômeurs qu'ils comptent mettre sur une liste déjà très longue de demandeurs de l'emploi.
On n'ose peut pas le dire à haute voix, mais aujourd'hui la Tunisie souffre d'une autre forme de dictature, celle du corporatisme et du syndicalisme aveugle et inconscient des enjeux socio-économiques dans lesquels se débat le pays.
La "dictature du prolétariat" n'est plus d'actualité, la Russie, elle même, n'y croit plus et s'en est affranchie...Nous sommes aujourd'hui à l'ère d'un libéralisme à dimension humaine où chacun doit jouer un rôle dans le développement économique de son pays et être rétribué pour ce qu'il fait. L'égalité absolue n'existe que dans la tête de ceux qui veulent tout sans rien céder.
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