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Avez-vous compris le discours de Kaïs Saïed ?
Publié dans Business News le 14 - 12 - 2021

Schopenhauer serait encore vivant, il aurait sans aucun doute publié un ouvrage intitulé « L'art de parler sans rien dire » en complément de ses ouvrages « L'art d'avoir toujours raison » ou « L'art d'être heureux ». Pour pondre son nouvel ouvrage, le philosophe allemand se serait largement inspiré des différents discours de Kaïs Saïed et particulièrement de son allocution du lundi 13 décembre où il n'a vraiment parlé que moins de dix minutes, alors que cette allocution a duré plus de 38 minutes.
Kaïs Saïed est passé maître dans l'art de parler pour ne rien dire, de tourner en rond, de dire les mêmes choses des dizaines de fois, de dire la chose et son contraire, de lancer des phrases sans sens et des accusations sans preuves. Il fait tout le contraire de ce que font les chefs d'Etat et de ce que l'on apprend dans les sciences politiques, à savoir, chronométrer son discours de telle sorte que chaque phrase porte un sens et chaque mot porte un message.

Au bout de 38 minutes de discours de Kaïs Saïed, qu'a-t-on retenu finalement ?
Il n'a commencé à parler du fond du sujet, c'est-à-dire les nouvelles décisions qu'il a prises, que vers la 28e minute. Pour le reste du discours, Kaïs Saïed a répété ce que l'on sait déjà et a vilipendé et diabolisé ses adversaires qu'il a qualifiés d'escrocs, de voleurs, de fraudeurs, de non patriotes. Il s'est même interrogé si ces adversaires sont de l'espèce humaine.
Dans un arabe qu'il voulait châtié, mais en vérité rébarbatif, le président de la République est revenu sur la période de sa « cohabitation » avec les islamistes avec qui les réunions s'assimilaient à « des séances de torture ». Il est également revenu sur ses propres performances puisque, à l'entendre, c'est seulement lui qui était derrière l'arrivée des vaccins, de l'oxygène lors de la crise Covid. « Normalement, le travail que je faisais devait être réalisé par les responsables du secteur », a fait remarquer Kaïs Saïed, oubliant que c'est lui-même qui a nommé l'ancien ministre de la Santé.
Se jetant des fleurs et s'auto-congratulant, il déclare sans sourciller que grâce à lui, la Tunisie a pu réaliser un record mondial en termes de vaccinations par jour en évoquant un chiffre jusque-là inconnu de 50 mille vaccinations par heure !
Après avoir épinglé les anciens dirigeants, Kaïs Saïed s'est attaqué aux autres composantes de la classe socio-politique tunisienne et toujours sans nommer personne distribuant, à volonté, l'article indéfini « ils ».
Il injurie ainsi Echaâb, qu'il remercie pour ses mensonges après que ses membres aient déclaré avoir participé à l'élaboration des décisions du 25-Juillet.
Il tacle Attayar qui ont approuvé, dans un premier temps, ses décisions, mais qui se sont rétractés ensuite parce qu'ils n'ont pas eu les postes et les valises, d'après lui.
Il moque l'UGTT qui travaille à une troisième voie pour lui dire « faites même une quatrième ou une cinquième voie, moi la seule voie que je prends est celle du peuple ».
Toujours avec le « ils » de l'indéfini, il parle de valises d'argent entrées de l'étranger et de valises d'argent dérobé qui sont sorties. Il parle également de transfert d'argent. A-t-il voulu insinuer Jawhar Ben Mbarek ? Kaïs Saïed ne cite personne, comme d'habitude, mais il parle de rapports de la Commission tunisienne des analyses financières (Ctaf, dépendant de la Banque centrale de Tunisie) qui viole visiblement et allègrement son devoir de neutralité ainsi que le secret bancaire.

Il fallait donc attendre la 28e minute pour que Kaïs Saïed entre dans le vif du sujet et le calendrier. Une réponse au G7 et la classe socio-politique qui exigeait de lui un échéancier ? Ça en a tout l'air, en dépit du tacle envoyé aux pays du G7 à qui il a dit (encore une fois) que la Tunisie est souveraine et considère tous les pays à égalité. La France et les Etats-Unis apprécieront ce tact diplomatique.
Kaïs Saïed donne donc ses dates et force est de reconnaitre son attachement à des dates symboliques pour fixer son propre calendrier. On ne dépend pas de délais précis liés à la faisabilité des choses et l'efficacité des mesures. L'avenir politique du pays sera ainsi lié à ses fêtes.
Pour le lancement de la plateforme de la consultation numérique, ce sera le jour de l'an. On remarquera que le président n'utilisera pas le mot « premier » pour désigner le 1er janvier comme de coutume et préfère le mot « fateh » si cher à Mouammar Kadhafi.
Pour la clôture de cette consultation, ce sera le 20 mars, date de la fête de l'indépendance. Ainsi donc, et ça doit être vachement scientifique, la consultation de douze millions de personnes exige exactement deux mois et vingt jours. Ni plus, ni moins.
Pour la présentation du projet de révision de la Constitution par référendum, ce sera le 25 juillet 2022, date de la fête de la République et du premier anniversaire du putsch. Quand aura lieu le référendum proprement dit ? Il ne le dit pas.
Les élections législatives anticipées auront lieu le 17 décembre, date de la fête de la Révolution. Pourquoi pas maintenant puisque la situation politique l'exige ? Il n'aborde même pas le sujet, le président a juste lancé des dates fétiches.
Il évoque également, durant les dix minutes restantes de son discours, la question de la réconciliation pénale et ne manque pas de les entrecouper par une salve d'injures à l'encontre des fraudeurs qui ont spolié le pays et appauvri le peuple ou pour lancer des piques et avertissements à la justice qui se doit de prendre les choses en main.
Fin du discours et les questions essentielles restent pendantes.

On est à deux semaines de la fin de l'année et on ne sait toujours rien de la Loi de finances 2022. Les caisses de l'Etat sont vides et Kaïs Saïed n'a pas dit un mot comment il va financer le budget durant toute cette période allant jusqu'aux élections de décembre 2022. Il faut savoir que la situation économique est au plus mal, ce que le président ignore royalement. Loin de rassurer les investisseurs, l'hypothétique calendrier annoncé par Kaïs Saïed ne fait qu'inscrire le pays dans le flou et dans l'inconnu. Ce calendrier, sorti tel un lapin du chapeau d'un magicien, n'accélèrera pas les investissements et ne poussera pas les détenteurs de capitaux à tenter l'aventure avec la Tunisie. Même chose pour les bailleurs de fonds internationaux. Du côté des institutions de Bretton Woods, la décision sera d'attendre que la Tunisie ait fini sa transition pour ensuite envisager une collaboration avec un gouvernement légitime issu d'élections démocratiques, en attendant, stand by. Or, il se trouve que c'est aujourd'hui que la Tunisie a besoin d'aide pour payer la myriade de fonctionnaires du secteur public et pour honorer ses engagements.
Par ailleurs, le cheminement annoncé avec une grande confiance par le président de la République comporte plusieurs zones d'ombre. Nous nous serions abstenus de faire la remarque si nous savions qu'il y aurait une communication plus explicite de la part de la présidence de la République. Mais nous savons que ce n'est pas le cas.
Comment garantir la transparence de toutes les étapes évoquées par le président ? Connaitrons-nous, par exemple, le résultat de cette consultation nationale ? Quand est-ce que les membres de cette fameuse commission vont être nommés ? Selon quels critères ? Ceux de la compétence ou de l'allégeance ? Si l'on admet que Kaïs Saïed considère la constitution de 2014 comme caduque, il serait légitime de penser qu'il pense la même chose des instances issues de cette constitution, dont l'Isie particulièrement. Ces fameuses élections auront donc lieu sous la houlette du ministère de l'Intérieur comme ce fut le cas il y a des années ?

En annonçant une feuille de route, le président de la République pense certainement avoir fait une avancée notable sur le chemin d'une nouvelle démocratie dont il serait l'instigateur. Mais il ne suffit pas de balancer des dates pour en faire un plan viable et exécutable. Pensant certainement apporter la lumière dans la nuit, comme il l'a insinué dans son discours, le chef de l'Etat ne fait qu'assombrir encore plus l'horizon car il démontre qu'en réalité, il improvise et n'a aucune garantie à présenter.


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