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Pour en finir avec le projet de réconciliation de Kaïs Saïed
Publié dans Business News le 15 - 12 - 2021

Kaïs Saïed a passé les dix dernières années, dont deux au pouvoir et quatre mois avec les pleins pouvoirs, à tenter de vendre une idée de réconciliation pénale. Il n'a manifestement pas réussi. Ceci devrait nous interroger sur ses capacités à formuler, expliquer et faire adopter une idée, n'importe laquelle. Mais ce n'est pas le sujet.

Cette idée, en termes simples, consiste à ce que le corrompu le plus véreux prenne en charge la délégation la plus pauvre du pays. Un ordre décroissant sera établi de sorte que le corrompu le moins véreux s'occupe de la délégation la plus riche. Le corrompu en question va investir dans la région et exécuter les projets qui lui seront soumis par la population locale dans la limite des fonds qu'il devrait, normalement, restituer à l'Etat. Voilà pour le principe.
Ce projet est une chimère. Il n'existe pas d'expériences comparables dans le monde, mais cela est balayé d'un revers de la main par le président qui considère que l'esprit humain ne cesse d'innover, même en dehors des textes établis. On en a d'ailleurs vu le résultat. Mais plus concrètement, ce projet contrevient à des principes fondamentaux. Est-ce que la réconciliation pénale va se substituer au cheminement judiciaire ? Ce corrompu qui a volé des sommes astronomiques à l'Etat se trouvera-t-il lavé de tout tort dès lors qu'il aura financé la construction d'un dispensaire à l'autre bout du pays ? En plus, nous n'aurions aucun droit de regard sur les ramifications de l'opération de corruption perpétrée par la personne en question. Mais d'abord, il faudrait répondre à une autre question à propos de laquelle le président ne donne aucune précision : qui est éligible à cette forme de réconciliation pénale ? Ou est-ce une porte ouverte à tous les corrompus pour se refaire une virginité et dire, plus tard, qu'ils ont même participé à la construction du pays ?

En tout cas, la liste des candidats est connue. Il s'agit de la liste d'hommes d'affaires et de présumés corrompus contenue dans le rapport de feu Abdelfattah Amor. Cette liste serait également extensible à l'après-révolution, selon des critères, eux aussi, inconnus. Mais il faut savoir que ledit rapport n'est aucunement une condamnation judiciaire ou pénale. Il s'agit d'un rapport qui documente certaines choses mais qui a vocation à être suivi d'actions en justice. Mais le président de la République a décidément beaucoup de mal avec cette notion, comme on l'a vu avec le rapport de la cour des comptes sur les élections de 2019. Mais admettons qu'il s'agit réellement de corrompus. Depuis 2011, des personnes figurant sur cette liste ont régularisé leurs situations, d'autres ont fait de la prison et d'autres encore sont carrément décédés. Que faut-il faire quand par exemple l'un des corrompus est décédé en laissant un héritage partagé par ses enfants ? Faut-il les punir eux en saisissant quand même cet argent ? Laisser couler en prenant le risque d'attirer des centaines de recours de la part des autres corrompus de la liste ?
Pour répondre à cela il faudrait d'abord savoir de combien on parle. Encore une question sur laquelle le président de la République maintient le flou. Non pas qu'il essaye de cacher l'information, mais il ne sait pas la lire. Les millions et les milliards, après tout, c'est du pareil au même. Prenons par exemple la modique somme de 1000 dinars, un million de millimes. Cette somme, volée à l'Etat en 2011, n'a pas du tout la même valeur que 1000 dinars en 2022. Faudrait-il, à ce moment-là, procéder à une correction de la somme ? Sur quelle base ? Est-ce que les montants que le président de la République espère attirer avec ce projet répondront aux aspirations qu'il y attache ? A l'écouter, il s'agirait d'un véritable plan Marshall pour le pays, comme si c'était un vecteur de développement à l'instar d'une politique agricole ou de la loi 72 de Hédi Nouira. Il faudrait que, dès maintenant, Kaïs Saïed tempère drastiquement ses ardeurs à propos de ce projet.

Mais même en admettant que les rêves les plus fous se réalisent à propos de ce projet. Comment déterminer quels sont les projets qui doivent être réalisés ? Prenons un exemple concret. Les trois délégations les plus pauvres en Tunisie, d'après un rapport sur le sujet, élaboré par l'INS en collaboration avec la Banque mondiale et publié en septembre 2020, sont Hassi Frid, Jedeliane et Al Ayoun. Les trois délégations se trouvent dans le gouvernorat de Kasserine. Si les habitants des trois délégations souhaitent avoir un hôpital par exemple, que ferait l'Etat ? Surtout que contrairement à ce que l'on pourrait croire, le plus difficile dans un hôpital ce ne sont ni les murs, ni les équipements mais avoir du personnel pour y travailler. Si le plus véreux des corrompus finance un hôpital à Hassi Frid, ce sera ensuite à l'Etat de reprendre le relai, de fournir du personnel et de le payer ? Que ferions-nous alors de la carte sanitaire nationale ? De la nécessité d'une cohérence dans les politiques de l'Etat au niveau national ? L'autre question que l'on pourrait poser est celle du rapport avec la pauvreté. Ce sont les délégations les plus pauvres qui sont censées recevoir les financements les plus massifs. Mais la pauvreté se combat avec l'emploi et l'activation de toute une roue économique au niveau local, ensuite régional. Les corrompus véreux auront-ils le droit de créer de la richesse à travers des projets à valeur ajoutée ? Auront-ils le droit de gagner de l'argent ? Logiquement, non. A ce moment-là, ce sera à l'Etat de gérer, et on connait tous les facultés extraordinaires de l'Etat tunisien à gérer des entreprises. Celui qui perd de l'argent même en situation de monopole ne devrait pas se frotter à un tel exercice.

On pourrait multiplier les questionnements de ce type à longueur de pages pour arriver à la même conclusion : le projet de réconciliation pénale ne tient pas la route, sera inapplicable et légalement très contestable. Ce projet est en fait à l'image de toute la politique de Kaïs Saïed. Sa principale caractéristique est d'être totalement déconnecté des réalités et d'émaner d'une sorte d'idéalisme béat. Outre ce projet irréalisable, Kaïs Saïed n'a pas jugé utile, du moins au cours de ses deux ans de présidence, de formuler la moindre initiative concernant la situation économique, c'est dire son incompétence à ce sujet. Le caractère têtu des chiffres et la persistance de la réalité qu'ils décrivent ne laissent pas de marge suffisante aux envolées lyriques du président. Par contre, c'est une réalité qui s'impose, violemment, à tout le peuple tunisien. Pour finir, une pensée à tous les tenants du mouvement « Manich Msemah » et tous ceux qui s'étaient opposés, avec des manifestations et des campagnes digitales, à la loi sur la réconciliation. Aujourd'hui, une décision bien plus grave passera par un simple décret.


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