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J-69 avant le référendum
Publié dans Business News le 16 - 05 - 2022

Très belle performance d'Ons Jabeur au tournoi de Rome où elle a atteint la finale. Une semaine après avoir brillamment remporté le tournoi de Madrid, Ons continue à nous émerveiller. En cette période remplie de médiocrité, de haine, d'incivisme et d'amateurisme, la tenniswoman est l'unique à nous offrir de la joie et à nous rendre fiers d'être Tunisiens. Merci Ons pour ces inoubliables moments et merci Moez Sinaoui, notre ambassadeur en Italie, d'avoir été présent à ses côtés. Ça fait un bail que les représentants de l'Etat n'ont plus la notion de l'Etat et du devoir. Rendez-vous, dès la semaine prochaine, à Roland-Garros, le plus prestigieux des tournois.

À Tunis, les choses ne vont pas mieux sur la scène politique. Le président Kaïs Saïed continue à s'asseoir sur les lois, la constitution et les règles basiques de la démocratie.
Ainsi, il a pondu un décret nommant les nouveaux membres de l'Instance supérieure indépendante des élections (Isie). Sous prétexte que les anciens membres, élus par l'assemblée, ne seraient pas indépendants, il a décidé de son propre chef de les changer. Les nouveaux seraient plus indépendants que les premiers, à l'entendre.
Première mission de cette nouvelle Isie, l'organisation du référendum qui devrait se dérouler le 25 juillet. Nous sommes à 69 jours de la date et nous savons déjà que les Tunisiens vont l'avoir dans le baba. Ce référendum ne sera pas démocratique, il sera frauduleux. Cinq raisons justifient cette prise de position.

Le référendum est un vote qui permet à l'ensemble des citoyens d'approuver ou de rejeter une mesure proposée par le pouvoir exécutif. C'est un outil démocratique dont on se sert pour trancher un sujet qui fait polémique et qui divise l'opinion.
Le référendum tunisien du 25 juillet devrait trancher sur la nouvelle constitution. Quelle constitution ? Personne ne le sait, personne ne l'a encore lue !
Dans les pays démocratiques, la période précédant le référendum est exclusivement consacrée aux débats contradictoires entre les politiques, les leaders d'opinion, les chercheurs, les universitaires, les experts, etc. Les uns militent pour le oui et les autres pour le non. Les uns avancent des arguments, les autres des contre-arguments. Les uns présentent les avantages, les autres les défauts. Bref, il y a obligatoirement et inévitablement un débat sur la place publique.
Une constitution est théoriquement le texte le plus sacré dans un pays démocratique. Elle ne s'écrit pas à la hâte dans un recoin du palais, elle ne se décide qu'après une longue et mûre réflexion.
A 69 jours du rendez-vous, les Tunisiens n'ont encore rien de tout cela ! On demande notre avis sur un sujet dont on ignore tout !
Faute d'avoir laissé suffisamment de temps aux citoyens pour débattre et réfléchir cette à constitution, le résultat de ce référendum ne saurait être recevable.

L'instance chargée d'organiser le référendum et de valider ses résultats s'appelle l'Isie. Théoriquement, elle est neutre et indépendante.
Les membres de l'Isie de 2011 ont été élus par la commission Ben Achour. D'après les observateurs nationaux et internationaux, cette Isie de Kamel Jendoubi, a répondu favorablement aux critères exigés.
Sauf que voilà, les élus de 2011 ont remis en question son intégrité et ont décidé de modifier sa composition. Depuis, les membres de l'Isie ont toujours été élus par les députés de l'assemblée, eux-mêmes élus par le peuple.
Mais voilà que Kaïs Saïed décide de remettre en question l'intégrité de la dernière Isie et d'en changer quelques membres.
Rien que le fait que les nouveaux membres soient nommés et non élus, remet en question leur intégrité et met en doute le résultat de leur travail. De fait, ils ne sont pas neutres, puisqu'ils sont directement nommés par le pouvoir exécutif. Dans le cas du référendum, ils sont carrément nommés par celui-là même qui propose le texte objet du référendum ! Kaïs Saïed se met en position de juge et partie. C'est lui qui propose la constitution et c'est lui qui désigne le jury.
Quand on voit de près le parcours des membres désignés, on s'interroge vraiment sur leur neutralité et s'ils ne sont pas de simples faire-valoir.
De prime abord, relevons cette contradiction de Kaïs Saïed lui-même. Il a bien dit que les anciennes élections étaient frauduleuses. Or les membres qu'il vient de nommer sont majoritairement issus des anciennes Isie, théoriquement responsables des fraudes qu'il a évoquées ! Comment alors qualifier d'intègres des gens que le président lui-même a accusé de manquer d'intégrité !
Le cas de Farouk Bouasker, président de la nouvelle Isie, est le plus emblématique. Il fait partie de l'Isie de 2019 qui a validé la participation des membres de Qalb Tounes et d'Errahma, élus grâce à des médias pirates, à savoir Nessma TV et Radio du Saint Coran. La Haica, gendarme de l'audiovisuel, a bien signalé ces dépassements et le rôle flagrant joué par ces médias dans l'élection, ceci n'a pas empêché M. Bouasker and co de valider les tricheurs. Une Isie réellement indépendante et neutre aurait invalidé l'élection de Saïd Jaziri et ses trois camarades (qu'il a lui-même qualifié de brebis) et de Ghazi Karoui et de Yadh Elloumi et leurs 36 camarades.
Autre cas emblématique, celui de Sami Ben Slama, un véritable pro de la brosse à reluire et du retournement de veste. Avant le 25 juillet, il injuriait Kaïs Saïed. Après, il est devenu son ardent défenseur. Avant d'être nommé à l'Isie, il jurait ses grands dieux qu'il n'accepterait jamais le poste. Il a accepté tout de suite dès qu'on lui a soumis la proposition.
Dès lors, comment peut-on se fier à un homme qui agit comme une girouette ? Un homme dont la parole (publique) compte pour du beurre !

Troisième raison pour remettre en doute le prochain référendum, l'absence d'un membre chargé de la communication.
Il ne s'agit pas d'un détail technique, loin s'en faut.
L'Isie, de par ses fonctions, se doit de communiquer au public chaque étape qu'elle franchit. Elle se doit d'être sous la loupe des journalistes qui, eux-mêmes, rendent compte aux citoyens de ce qui s'y passe.
Quel est le message renvoyé par Kaïs Saïed en supprimant le membre chargé de la communication ? Cette Isie n'a de comptes à rendre qu'à lui et pas au public ! Peut-on accorder du crédit à quelqu'un qui ne vous rend compte de rien ? La réponse est évidente : non !

Le quatrième couac de ce référendum est la probable absence d'observateurs étrangers. Il n'y a pas un pays démocratique au monde qui n'invite pas d'observateurs étrangers à un rendez-vous électoral. Il y a toujours des observateurs étrangers (généralement des ONG et des journalistes) dans les élections que ce soit aux Etats-Unis, en France ou en Inde.
Or Kaïs Saïed rejette cette règle universelle et déclare que la Tunisie est indépendante et n'a pas besoin qu'on surveille ses élections. Il remet carrément en doute l'intégrité de ces observateurs étrangers qui ont validé, d'après lui, d'anciennes élections frauduleuses.
Rien qu'avec cette déclaration, Kaïs Saïed jette le doute sur son référendum et sur les législatives de décembre 2022. Pourquoi va-t-on croire en l'intégrité de ses élections et de son Isie, alors qu'il a lui-même avoué que son pays a organisé, par le passé, des élections frauduleuses. Pourquoi va-t-on croire en l'intégrité d'un scrutin sans observateurs, alors que ce pays a réussi à frauder lors de scrutins où il y en avait ! Qui peut le plus peut le moins !

Dernier point relatif au référendum et c'est un secret de Polichinelle, Kaïs Saïed n'a rien prévu au cas où le peuple dise non à son scrutin. Le calendrier qu'il a établi et le processus qu'il est en train de mener est exclusivement basé sur une adhésion du peuple à son projet. A aucun moment, il n'a dit ce qui se passerait au cas où le « non » l'emporterait.
Pense-t-il transformer l'échec en succès comme il l'a fait avec sa consultation ? Bon à rappeler, il a estimé que cette consultation était un franc succès alors qu'il n'y a eu que cinq cent mille participants sur les trois millions ambitionnés au départ.
Théoriquement, si le « non » l'emporte, le président de la République devrait immédiatement démissionner et organiser une présidentielle. C'est comme ça que fonctionnent les démocraties.
Kaïs Saïed n'a pas prévu le « non », il n'a jamais évoqué le sujet et agit comme si le « oui » allait l'emporter. Comme si les résultats étaient préparés à l'avance.
Quand on voit comment et qui il a nommé à l'Isie, qu'il veut éviter tout grain de sable que peut apporter un observateur tunisien ou étranger et qu'il retarde au maximum tout débat autour de son projet, il parait évident que le président cherche à passer sa constitution en force, comme il l'a toujours fait depuis le 25 juillet 2021.
Le 25 juillet 2022 ne sera pas un rendez-vous référendaire, ce sera juste un simulacre démocratique.


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